News - 06.12.2018

Michel Lucas, ce grand banquier et ami de la Tunisie qui nous quitte

Michel Lucas, ce grand banquier et ami de la Tunisie qui nous quitte

Ancien dirigeant historique du groupe bancaire français le Crédit Mutuel pendant 40 ans, Michel Lucas s’est éteint lundi 3 décembre à Paris. L’un des tout derniers appels téléphoniques qu’il avait reçus lui parvenait de Tunisie, un pays qu’il a tant chéri. Pendant 20 ans, il avait en effet siégé au conseil d’administration de la Banque de Tunisie (BT), dont le Crédit Mutuel est actionnaire de référence. A l’autre bout du fil, c’était Habib Ben Saad, directeur général de la BT qui voulait s’enquérir de son état de santé, sachant qu’il était alité, et devait bientôt aller en convalescence. Evidemment, comme toujours, la Tunisie et la Banque de Tunisie revenaient sans cesse au cours de leurs échanges. Ben Saad lui avait promis de lui rendre bientôt visite comme il le fait fidèlement à l’occasion de son passage à Paris. En l’appelant ce lundi matin, la ligne était fermée. Paix à son âme. Entré au Crédit Mutuel en 1971, il y avait trouvé 861 salariés. Véritable architecte du grand groupe qu’il construira, il y laissera à son départ en 2016, pas moins de 78800 collaborateurs. C’est tout dire.

Dans un bref hommage rendu à la mémoire de Michel Lucas, « le conseil d’administration de la Banque de Tunisie, écrit qu’il gardera tout particulièrement en mémoire l’intérêt profond et sincère pour la Tunisie et pour la Banque que le grand disparu a manifesté durant 20 ans où il a occupé la fonction d’administrateur. » La concision est éloquente. Un aspect particulièrement édifiant mais méconnu de l’attachement de Lucas, mérite d’être rapporté par Leaders.

C’était le dimanche 29 mars 2015, quelques jours seulement après l’odieux attentat terroriste du Bardo. Ce jour-là, une imposante marche d’indignation populaire et de solidarité internationale se tenait de Bab Saadoun, jusqu’au siège de l’ARP au Bardo. En tête de cortège, autour des présidents Caïd Essebsi et Ennaceur et du chef du gouvernement Habib Essid, on retrouvait les présidents Mahmoud Abbas, François Hollande à la tête d’une forte délégation française, Ali Odingba Bongo (Gabon), Bronisław Komorowski (Pologne), les premiers ministres Matteo Renzi (Italie) et Abdelmalek Sellal (Algérie), Fédérica Moghérini (UE), et bien d’autres illustres personnalités internationales. ‘’Le monde était au Bardo’’ titrait la presse. Parmi cette foule compacte, un humble manifestant se voulait à la fois présent, compatissant, et discret. Il voulait y prendre part, tout voir, sans cependant s’imposer aux premières loges. Veillant au grain, les services de sécurité l’avaient d’abord confondu avec des membres de la délégation française. Par honnêteté, il tiendra à ne pas en tirer avantage.

Discret, compatissant ! 

Au siège de l’ARP au Bardo, j’avais immédiatement reconnu Michel Lucas, son visage étant connu à travers les médias. Il se tenait discrètement près du grand escalier, au rez-de-chaussée. Il me confiera qu’il ne pouvait pas, ayant été fort secoué par l’attentat, ne pas venir à Tunis et exprimer sa solidarité avec un peuple et un pays qui lui sont chers. Au lieu de vaquer à sa partie de pêche matinale du dimanche avant le déjeuner en famille, il s’est excusé auprès de son épouse (aujourd’hui défunte), pour se rendre à Tunis. Tôt le matin, il prendra l’avion (un vol régulier, il venait en avion privé lorsqu’il était à la tête du Crédit Mutuel), et en préviendra son ami, Habib Ben Saad, qui mettra une voiture à sa disposition.
Michel Lucas voulait vivre intensément chaque moment de cette manifestation. En ami proche et compatissant, et en toute discrétion. Le chef du Protocole de la Présidence de la République, l’ambassadeur Mondher Mami qui avait été notamment Représentant de la Tunisie auprès de l’UNESCO à Paris, le reconnaîtra. Il tiendra à le présenter au président Caïd Essebsi. Michel Lucas en était ravi. Le voilà qu’il s’acquitte, plus qu’il ne pouvait l’espérer, du « devoir » de présenter ses condoléances à la Tunisie. 
Humblement, il se retirera ensuite, reprendra la voiture qui l’attendait, pour aller déjeuner en toute simplicité avec Habib Ben Saad, avant de rattraper son vol pour Paris. 
Ainsi était-il. C’était Michel Lucas...
 
Taoufik Habaieb
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