News - 05.05.2020

Exclusif - Sélim Azzabi: Comment financer, rationaliser et reconfigurer en ces temps difficiles

Exclusif - Sélim Azzabi: Financer, rationaliser, reconfigurer…

Restructuration des programmes de coopération, conception d’une nouvelle vision d’ensemble, élaboration de nouveaux programmes et négociation avec les partenaires extérieurs pour mobiliser les financements nécessaires, sont au cœur de son quotidien. Mais aussi réarchitecturer le développement régional, renforcer et redéployer ses leviers que sont le Commissariat général au développement régional (Cgdr), l’Institut national de la statistique (INS), l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (Itceq), la Foreign Investment Public Agency (Fipa) et la Tunisian Investment Authority (TIA). Mettre en ordre de marche, en totale cohérence, complémentarité et synergie est pour lui aussi important qu’indispensable.

Quelles sont les ressources extérieures nécessaires dont la Tunisie a besoin ? A combien s’élèvent d’ores et déjà les fonds collectés ces dernières semaines ? Comment poursuivre cet effort ? A quelles conditions peut-on bénéficier de la relocalisation qu’imposent à l’Europe le Covid-19 sévissant en Asie et ses conséquences ? Quelle vision pour le monde rural tunisien ? Et quelles nouvelles missions pour la Fipa, la TIA, le Cgdr, l’INS et l’Itceq ?

Au 11e étage de cet immeuble flambant neuf au Centre Urbain Nord, où le ministère du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale (MDICI) a élu domicile depuis quelques mois, Sélim Azzabi est vent debout. Réitérant sa confiance à l’équipe qui y œuvre depuis longtemps, il imprime ses marques. L’ancien ministre-directeur du président de la République, Béji Caïd Essebsi (2015-2018) et dirigeant du parti Tahya Tounès qu’il avait fondé avec Youssef Chahed, il y a un an, le 3 mai dernier,  représente au sein du gouvernement d’Elyès Fakhfakh le tiers des parlementaires de la majorité au pouvoir.

Financier de formation, rattrapé par la politique en 2011, Sélim Azzabi, 41 ans, se distingue par son esprit de synthèse, son sens de l’État et sa détermination résolue de l’homme d’État qu’il est devenu. Regard bleu, éloquent et vision en 360°, il promène sur la Tunisie post-2011 une analyse attentive. Fort d’un carnet d’adresses bien garni, du fin fond du pays (fruit de son expérience au parti) aux quatre coins du monde (grâce à son passage à Carthage) et d’un suivi des dossiers d’actualité, il est au diapason de ce qui se passe, s’échange et s’écrit.
Il était pressenti aux Affaires étrangères ou à la Défense nationale, avec un statut de ministre d’État, comme ses coéquipiers d’Ennahdha (Anouar Maarouf) et d’Ettayar (Mohamed Abbou), le voilà accepter le MDICI. Sans regret. C’est, à ses yeux, une mission aussi importante, aussi exaltante à laquelle il se dévoue totalement, sous l’autorité du Chef du gouvernement Elyès Fakhfakh. Sans états d’âme, avec l’unique passion de servir, érigée en devoir.

Sélim Azzabi a livré à Leaders ses réponses.

Interview.

Quel est le montant des financements étrangers mobilisés depuis le début de l’année ?

Initialement, mon plan de travail n’était aucunement la mobilisation massive des financements extérieurs. Bien au contraire, c’était de redonner la priorité au développement régional de la Tunisie et de faire du financement extérieur un levier puissant de sa promotion. Mais une semaine après ma prise de fonctions, la réalité de la crise provoquée par le Covid-19 a eu raison momentanément de cette vision. Le MDICI s’est mobilisé en masse pour sécuriser les financements dont les ministères de la Santé et des Affaires sociales, mais aussi la Pharmacie Centrale et surtout le budget de l’État ont un besoin vital pour répondre à cette crise et ses répercussions.

Il fallait parer illico presto à ces besoins d’une manière novatrice par une ingénierie financière appropriée, avec une contrainte majeure en ligne de mire : limiter au maximum notre exposition en matière d’endettement public. Nos efforts se sont portés alors sur la restructuration de certains projets afin de dégager de l’espace en ressources, la consolidation et l’accélération du décaissement de certains programmes. Il fallait également préparer des dossiers probants en vue d’engager des négociations de nouveaux financements extérieurs (FMI, Banque mondiale, Union européenne, AFD, Agence de coopération italienne, BAD, KFW, Jica, Fades, BID…). Les montants exacts seront bien sûr connus et divulgués dès la signature des différents conventions et avenants. (NDLR : à travers les recoupements opérés par Leaders, voir en encadré le tableau actualisé au 27 avril 2020).

Est-ce beaucoup ou très peu ?

Ils sont à la hauteur de nos attentes dans les circonstances actuelles. Bien sûr, les besoins sont colossaux et nous voudrions pouvoir injecter plus de financements dans tous les secteurs mais notre mission aujourd’hui est de sérier les priorités et de lever des fonds de façon raisonnable et optimale. J’ai instruit mes services d’initier différentes études macro et micro-économiques en interne et au travers de nos partenaires de développement. Il est en effet essentiel de mesurer l’impact du Covid-19 sur l’économie dans un cadrage en constante actualisation. L’enjeu central est d’adapter notre stratégie de mobilisation de ressources en fonction de l’évolution du contexte.

D’autres financements sont-ils attendus ?

Nécessairement ! On traite les besoins exprimés par le ministère des Finances. Le gouvernement est déjà dans l’après-Covid-19. Le défi n’est déjà plus de lever des fonds pour parer à la crise sanitaire, mais plutôt de faire face à ses conséquences économiques, financières et sociales, bien désastreuses. C’est à cela que nous nous attelons déjà depuis plusieurs semaines car nous mesurons l’ampleur du double choc économique (offre et demande) provoqué par la crise.

A combien s’élèvent nos besoins ?

Ils étaient estimés dans la loi de finances 2020 à 1 1248 M TND dont plus de 8 000 MTND en financement extérieur. La crise Covid-19 et ses répercussions en termes de baisse de croissance, de recettes fiscales et de capacité à sortir sur le marché international exigent de mobiliser plus de ressources auprès de nos partenaires habituels dont les coûts sont très avantageux par rapport aux autres sources de financement extérieur.

Sur le plan du financement des investissements publics, mon engagement est et sera toujours de m’assurer que nous n’endettons pas le pays au-delà de ses capacités réelles d’absorption et d’exécution des projets. Cela revient à affiner de manière très précise nos besoins d’injection de nouveaux fonds, quitte à réallouer certains financements déjà existants. C’est d’ailleurs ce à quoi mon département s’emploie actuellement : prioriser et restructurer les projets en cours pour s’assurer de l’allocation optimale des ressources et n’emprunter que les fonds réellement nécessaires.

Comment comptez-vous mobiliser les nouveaux financements ?

C’est la mission essentielle des équipes du MDICI chargées de la coopération internationale. Les discussions avec nos partenaires au développement sont quotidiennes. Grâce à ce dialogue permanent, nous nous employons à mobiliser les ressources dont nous avons besoin, quand nous en avons besoin.

Je tiens d’ailleurs à saluer ici le professionnalisme et l’efficacité de tout le personnel administratif du MDICI qui maîtrise parfaitement les rouages de la coopération internationale et m’a permis d’être opérationnel dès ma prise de fonction. Et aussi rendre hommage à l’esprit de franche collaboration dont témoignent nos interlocuteurs.

Qu’en est-il avec l’Union européenne?

C’est lors des moments difficiles qu’on connaît ses vrais amis. L’appui politique et financier de l’UE et de ses États membres a été rapide et efficace. Je m’en réjouis et je félicite nos partenaires. Qu’il soit dans l’accélération des programmes en cours, l’augmentation financière de programmes en lien direct avec la santé publique tunisienne ou encore la mobilisation de nouveaux fonds d’appui via sa politique de voisinage. 

Les programmes actuels seront-ils réajustés ?

Ils sont déjà en cours de réajustement ou ont été déjà réajustés - ou restructurés. Cela s’opère dans un double mouvement : de restructuration d’un côté et d’accélération des décaissements de l’autre. Nous sommes aujourd’hui dans la phase de négociation d’un appui macro-financier (AMF 3) de 600 millions d’EUR. L’approbation a été faite par la Commission européenne, il ne reste plus que sa validation définitive par le Parlement européen courant mai 2020.

Quel bilan faites-vous de notre coopération avec le FMI, la BM, la BAD, la BEI, etc. ?

Nos relations avec les institutions financières multilatérales sont excellentes et constructives. Nous les envisageons comme un réel partenariat où la Tunisie est le pilote et sollicite le concours de ses partenaires en fonction des besoins et du contexte social, économique et politique, le fameux concept du «political economy».

Évidemment, nos partenaires reçoivent force de propositions et cela est d’ailleurs l’une de leurs valeurs ajoutées. Outre le soutien financier, l’apport en expertise technique de haut niveau est précieux. Ces institutions regroupent des experts internationaux de haut niveau dans leurs domaines respectifs. Elles ont elles-mêmes un réel intérêt pour le développement de la Tunisie et sa stabilité, au cœur de la géopolitique régionale.

Nos échanges humains et intellectuels sont d’une très grande qualité. Ils visent à trouver collectivement, et négocier, les meilleures voies et conditions pour le développement du pays. C’est toujours la Tunisie – en tant que pays souverain - qui choisit la nature et l’ampleur des interventions de ses partenaires, celles-ci étant toujours soumises au vote des représentants du peuple à l’ARP.

Quelles sont (ou seront) les nouvelles demandes introduites par la Tunisie ?

Nous menons actuellement les négociations pour finaliser «la matrice unifiée». Il s’agit d’un nouveau concept qui consiste à consolider un projet de réformes financé par des partenaires de coopération de la Tunisie (BM, AFD, KFW, Jica) et dont l’enveloppe sera, nous l’espérons, supérieure à 500M$.

Nous sommes par ailleurs en pourparlers avancés avec la BAD pour la négociation d’un important appui budgétaire.

INS - Deux nouvelles enquêtes

Quelles sont les enquêtes en cours à l’Institut national de la statistique (INS) ? Avez-vous commandé des enquêtes ad hoc?

Depuis le début du confinement général, seuls les relevés de prix pour l’indice des prix à la consommation sont encore assurés par les équipes terrain de l’INS. Néanmoins, nous avons lancé deux projets d’enquêtes ad hoc concernant l’impact du Covid-19:

La première sur les conditions de vie des ménages dont la collecte devrait commencer cette semaine

La deuxième concerne l’impact sur les entreprises.

L’idée pour ces deux enquêtes est de mesurer, à travers un panel de répondants (ménages et entreprises) interrogés à une fréquence régulière, l’impact de la crise et de suivre l’évolution de leur situation au-delà du confinement. La sincérité des réponses, fruit d’une coopération des ménages et des entreprises, et leur confiance pour faciliter le travail de collecte de données sont essentielles. Les médias ont un rôle important à cet égard. Notre compréhension de la crise et la conception des mesures optimales pour en sortir dépendent de la qualité du diagnostic chiffré qui sera mené, notamment sur la base des enquêtes de l’INS.

Itceq : fournir des éléments pertinents

Quelle contribution spécifique en rapport, enquêtes et indicateurs apporte l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (Itceq) au gouvernement en cette conjoncture ?

L’Itceq est le think tank du MDICI et du gouvernement. En cette, période, il a réussi à développer ses outils de simulation, d’évaluation et d’analyse. Le premier outil permet d’estimer le coût d’un mois de confinement. Le second est conçu pour aider le gouvernement dans les négociations avec les bailleurs de fonds ou encore à simuler les impacts potentiels des mesures à prendre par le gouvernement dans le cadre du Doing Business.

Avez-vous conçu un plan de redéploiement / renforcement de l’Institut ?

Il ne s’agit pas d’un plan de redéploiement mais plutôt d’un programme de renforcement et de repositionnement de l’Institut. Les marges de manœuvre ne permettent plus de se hasarder et de se tromper en matière de décision économique. Chaque action/mesure doit être étudiée et mesurée et surtout adossée à des études d’impacts socioéconomiques. C’est dans cette optique que doit se positionner l’Itceq pour devenir la boîte à outils macroéconomiques du gouvernement. Nous travaillons sur un programme de renforcement et de restructuration de l’Institut. La priorité est de faire de l’Itceq le meilleur centre de recherche de la région MENA. Pour cela, il ne devrait plus fonctionner comme une administration classique mais réellement comme un centre de recherche capable d’apporter des réflexions pertinentes pour nourrir de grands débats publics.

IDE : une nouvelle approche plus efficiente

L’Europe apprend à ses dépens le prix de la délocalisation dans des contrées asiatiques lointaines. Sonnée par le déficit démographique, le manque de qualifications professionnelles, surtout après les grandes pertes humaines et la peur du migrant, elle semble favoriser une relocalisation dans notre région. Quels atouts compétitifs offre la Tunisie et quelle sera la nouvelle approche marketing à déployer?

Dès le début de la crise, une veille économique et réglementaire ainsi qu’un benchmark des plans de reprise ont été mis en place par la TIA et la Fipa, deux structures sous la tutelle du MDICI. Il s’agit d’anticiper les tendances futures des IDE dans le monde. Des opportunités importantes se présentent à la Tunisie, notamment dans les secteurs innovants des TIC, de l’intelligence artificielle, des IME ou le secteur pharmaceutique.

Nos atouts sont multiples. Encore plus, en ce moment. La position géographique, la proximité de l’Europe ou encore les qualifications intrinsèques des jeunes constituent autant d’avantages pour le développement de nos relations économiques avec les pays européens, notamment en matière d’attraction des IDE. Ce potentiel ne s’est pas traduit par le flux d’investissements escompté. La fragmentation des chaînes logistiques et de production pour les secteurs automobile et aéronautique a mis en avant l’importance du nearshoring et de proximité des sites de production afin de préserver l’autonomie d’approvisionnement en matière de produits vitaux à l’instar des équipements médicaux et paramédicaux.

Au-delà du positionnement géographique, la stratégie d’attractivité de la Tunisie doit reposer sur d’autres piliers, notamment la qualification de nos ressources humaines saluée par le Global Competitiveness Report de 2018, qui a classé la Tunisie premier pays d’Afrique du Nord en ce qui concerne la qualité de la formation professionnelle, la compétence des diplômés et la facilité d’accès aux talents.

Fipa, TIA et autres leviers sont-ils en synergie, suffisamment opérationnels, bien dotés en compétences et disposants de moyens financiers appropriés ?

La réussite de la nouvelle approche de promouvoir la Tunisie comme une destination d’investissement sera certainement fondée sur la conjugaison des efforts de tous les acteurs de l’écosystème. A ce titre, la TIA et la Fipa ont mis en place un mécanisme de coordination pour mieux répondre aux requêtes des entreprises établies en Tunisie et les assister durant cette période de crise. Cette collaboration a permis de mieux adresser les challenges auxquels font face les acteurs économiques et les rassurer par rapport à la situation en Tunisie et à l’appui des organismes de l’investissement pour préserver leurs activités et faire prospérer les investissements à venir.

Notre stratégie marketing centrée sur la prospection directe sera plus agressive et requiert des moyens financiers (davantage d’exploitation des outils de veille, de la digitalisation) et des ressources humaines (expertises sectorielles) plus importants… La marque «Tunisie» doit être réinventée.

Quel est le bilan des représentations à l’étranger ? Faut-il les fermer, les redéployer, les renforcer, leur donner un nouveau contrat d’objectifs ?

Une évaluation des bureaux de la Fipa est effectuée de manière régulière à travers des contrats d’objectifs préalablement définis (nombre d’actions promotionnelles, de contacts directs et de visites de prospection en Tunisie). Nous allons vers plus d’agressivité dans le domaine de la prospection directe et du nombre de visites d’entreprises étrangères, pour les convertir en projets à implanter.

Un repositionnement de ces bureaux est envisageable et pourrait être accéléré du fait de la crise actuelle.

Un privilège, une mission

Vous attendiez-vous à être nommé ministre, MDICI de surcroît, en cette période de crise aiguë ?

Aucun d’entre nous n’a anticipé cette crise inédite. S’il y a bien une chose que cette pandémie nous a tous enseignée, c’est l’humilité. Du jour au lendemain, nos vies ont été bouleversées, notre quotidien chamboulé et nos projets prospectifs stoppés. Comme tous mes collègues du gouvernement, j’ai à peine pris mon poste qu’il a fallu orienter nos efforts et notre énergie vers la lutte contre le coronavirus et ses conséquences. C’est à la fois très frustrant, tant les défis que je me préparais à affronter sont nombreux et urgents, et en même temps passionnant puisqu’il a fallu être immédiatement opérationnel que ce soit avec les équipes du ministère qu’avec les partenaires. Cela nous a tous poussés vers davantage d’efficacité.

Vous avez eu la main heureuse en mobilisant rapidement un soutien financier étranger significatif. Comment y êtes-vous parvenu ?

C’est dans les crises que l’Humain sait faire le plus preuve de solidarité et de sens des responsabilités. Tous, administration, politiques et partenaires de développement avons compris que nous étions dans un moment historique et qu’il fallait tous agir ensemble pour y faire face. Je dois dire que c’est à ce moment-là que j’ai pu expérimenter de façon très concrète la solidité de nos liens avec nos partenaires de développement et l’importance de la coopération internationale. La mobilisation des fonds s’est faite essentiellement en deux temps: la restructuration de projets comme évoqué précédemment et la mobilisation de nouveaux financements.

Et comment procédez-vous au quotidien ?

Au ministère, nous avons tout de suite organisé le travail de telle sorte que la majeure partie des collègues n’ait pas à se déplacer jusqu’aux bureaux. Nous utilisons plus que jamais le téléphone, les emails et désormais les visioconférences pour travailler ensemble. C’est peut-être d’ailleurs un bénéfice de cette crise que nous avons noté, nous avons révolutionné en quelques semaines la façon de travailler de l’administration et probablement enfin compris combien la digitalisation de l’administration était non seulement indispensable mais aussi à notre portée.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie?

Je subis les contraintes du confinement comme tous les Tunisiens mais je m’y conforme car je sais que c’est ce qui a fortement contribué à atténuer la propagation du virus en Tunisie.

Le fait que ma prise de fonction en tant que MDICI ait été concomitante à la pandémie Covid-19 en Tunisie a alourdi la responsabilité que je porte. Mais cela a donné une autre envergure à l’action gouvernementale. Faire partie de ceux qui œuvrent au service de la Tunisie en ces temps difficiles, est un privilège, une mission !

Développement régional : un repositionnement central, stratégique

La crise a révélé l’ampleur des inégalités, l’obsolescence des politiques publiques de développement régional et l’aggravation de la fragilité des populations vulnérables. Comment comptez-vous vous y atteler ?

Vous avez raison de recentrer le débat sur le développement régional, la réduction des inégalités territoriales et l’aggravation des fragilités. En arrivant à la tête de ce département, cet enjeu majeur s’est imposé comme le plus grand défi. Pour l’affronter utilement, il faut faire preuve de créativité, d’audace et d’engagement. Le développement des régions est au cœur du développement du pays tout entier. C’est la clé de la prospérité, mais aussi de la cohésion sociale. 

Notre outil a toujours été le Plan (de développement économique et social). D’arrache-pied, nos équipes travaillent la préparation du Plan 2021-2025. J’ai demandé à ce qu’il ne soit pas un plan de plus, «à l’ancienne», dans la continuité actualisée de ses précédents, mais plutôt une présentation d’une nouvelle vision stratégique que la Tunisie de demain exige.

L’après-Covid-19 reposera nécessairement sur une redéfinition des secteurs stratégiques, et une refonte de notre modèle économique. La souveraineté nationale aura un rôle prépondérant dans divers domaines. C’est le cas en matière d’énergie, de santé, d’agroalimentaire et également de sécurité. L’une des idées maîtresses est d’instaurer un minima social pour les populations les plus démunies. C’est un choix stratégique.

Plus encore, un réel changement de paradigmes est indispensable à opérer pour rompre avec une manière établie de penser et un «logiciel» qui ne sont désormais plus à jour. Nos partenaires du développement sont pleinement sensibilisés sur cet enjeu, qu’il soit via la mise à notre disposition d’un appui technique précieux pour renouveler notre approche de développement régional, ou encore pour diversifier nos projets de coopération internationale plus axée sur l’agriculture, l’eau et l’énergie.

Comment le Commissariat général au développement régional (Cgdr), les offices de développement, l’aménagement du territoire et les nouveaux pouvoirs locaux (conseils régionaux, etc.) seront-ils réarchitecturés en toute complémentarité et synergie ?

Vous touchez là au cœur de la problématique du développement régional. C’est de la vision stratégique renouvelée que doit tout découler. Les prérogatives et responsabilités de chacun, les objectifs et feuilles de route, tout cela doit s’accorder à la vision stratégique.

Vous mentionnez les conseils régionaux, dans la perspective de la régionalisation. C’est un vaste chantier mené conjointement avec les ministères des Affaires locales et de l’Équipement. Qu’entend-on par région ? Quels pouvoirs ? Quels moyens ? Autant de questions ouvertes qui sont en train d’être discutées par le gouvernement avec l’appui de ses partenaires.

Le monde rural, fort de plus de 3 millions de Tunisiens, est à l’abandon, ballotté entre l’Agriculture, le MDICI et d’autres intervenants. Qui doit en être le chef de file et avec quelle feuille de route ?

L’approche globale du monde rural doit être repensée. Nous nous y employons. Le ministère de l’Agriculture s’occupe du développement et de la promotion de l’agriculture. Mais le monde rural ne peut se résumer à la production agricole. Nos régions rurales sont aussi le berceau de nombreuses entreprises (technologiques, pharmaceutiques ou autres), de savoir-faire ancestraux ou encore de trésors culturels et de chaînes de valeurs diversifiées qui dépassent largement le champ d’action du ministère de l’Agriculture.

C’est là où le travail interministériel s’avère essentiel, sinon vital. Ce n’est que grâce à l’action coordonnée des différents départements (Agriculture, mais aussi Commerce, Industrie, Santé, Éducation, et évidemment Tourisme et Culture) que nous pourrons répondre au défi du développement de ces régions. A mon sens, c’est le rôle même du MDICI que d’assurer la coordination entre les différents départements ministériels avec un engagement fort de l’ensemble du gouvernement symbolisé par un portage politique de ces enjeux de développement régional et de régionalisation au niveau de la présidence du gouvernement.

Levée de fonds

En procédant à une collecte des documents officiels publiés par les autorités tunisiennes et/ou les bailleurs de fonds étrangers et à des recoupements, Leaders a reconstitué dans le tableau ci-après les données disponibles à la date du 29 avril 2020.

Bailleur

Financement des besoins urgents Covid-19

Appui au budget de l’Etat

Appui au financement de l’Economie

Banque mondiale (WB)

58 MD (ligne de financement Covid-19) + 395 MD pour la frestructuration de projets

 

 

Union européenne (UE)

128 MD en don pour le programme Saha Aziza

600 M€ + 250 M€ (appui budgétaire, MAF)

 

Banque islamique de Dévevloppement  (IsDB)

330 MD pour la restructuration de projets

 

 

Fonds arabe de développement économique et social (FADES)

10 MD

 

 

Fonds international de développement agricole (FIDA)

 

 

 

Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) 

 

 

320 MD pour le secteur privé et le secteur bancaire + 960 MD pour la Steg

Fonds monétaire international (FMI)

 

2175 MD

 

Agence française de Développement              (AFD)

 

225 MD

 

Fonds saoudien

70 MD pour la

 

 

Matrice des bailleurs de fonds

 

500 M$ (estimations)

 

Banque africaine de Développement               (BAD)

 

En cours de négociations)

 

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