News - 18.03.2020

La priorité est au paiement des salaires, ni licenciements, ni congés forcés

La priorité est au paiement des salaires, ni licenciements, ni congés forcés

Perplexe face à tant d’inconnus générés par le Covid-19, le chef d’entreprise, en Tunisie comme partout ailleurs, se trouve seul, livré à lui-même. La séance unique appliquée aux cafés, restaurants et fastfoods, la fermeture des lieux de spectacles, l’annulation des manifestations de tous genres, et le couvre-feu, le pénalisent lourdement. Déjà avec une trésorerie en stress, des perspectives peu rassurantes quant à la poursuite de son activité, des clients qui annulent leurs commandes et des salariés apeurés qui risquent de s’absenter, il ne sait plus à quel saint se vouer.

En cas de confinement total, servir pas moins de 80% des salaires

Les maigres ressources financières qui lui restent s’avèrent précieuses. A qui les consacrer en premier lieu ? La réponse est sans équivoque : aux salariés de l’entreprise. La priorité absolue doit leur être accordée. Ni rupture du contrat de travail ou sa suspension, ni licenciement pour motif économique qui ne s’applique pas en la circonstance actuelle, ni mise en congé forcé sans solde : un mode de rémunération est à garantir, à hauteur de pas moins de 80% du salaire servi, recommandent les spécialistes des relations professionnelles. Le professeur Hatem Kotrane l’explique clairement dans son article publié sur Leaders, sous le titre de Covid-19, couvre-feu et contrats de travail.

Le poids à supporter par l’entreprise est très lourd. Il doit être immédiatement soutenu et compensé par un mécanisme d’urgence à mettre en place par les pouvoirs publics. Laisser miroiter une indemnisation totale ou partielle, d’ici quelques mois, sera catastrophique. En essayant de sauver des vies humaines, priorité des priorités, il ne faut surtout pas courir le risque d’étouffer l’entreprise et de tuer l’économie. Alors que les liquidités manquent le plus et les trésoreries se mettent à sec, il s’agit d’injecter dès ce jour de l’argent frais, sous une forme à convenir, pour garantir le paiement des salaires. Un dispositif approprié est à mettre en œuvre également en faveur des travailleurs indépendants, mais aussi des sans revenu.

Des mesures vitales

Le ministre des Finances est sans doute dans l’embarras lui aussi. Il compte sur le recouvrement des impôts pour maintenir l’équilibre des finances publiques, déjà en réanimation, et éviter leur effondrement. Courageusement, il se doit de reporter la date limite fixée au dépôt des déclarations fiscales mensuelles (2020 et annuelles (exercice 2019). C’est ce que lui réclament judicieusement le conseil de l’Ordre des Experts comptables, l’AJECT, et l’UTICA. Quant à la CNSS, un report du paiement des cotisations sociales s’inscrit dans la même urgence.

La batterie de mesures d’accompagnement comprend également un moratoire pour les crédits bancaires, des avances sur les paiements des marchés publics contractés, la prise en charge des frais exceptionnels subis à cause de la pandémie, la mobilisation des ressources financières nécessaires dès l’amorce de la reprise des activités et autres. La Banque Centrale comme le ministère des Finances y planchent. Ils ne tarderont pas, apprend Leaders de bonne source, à les annoncer. De son côté, la Caisse des Dépôts et Consignations travaille sur une initiative utile dans ce même cadre.

Sauver les Tunisiens, c’est aussi sauver l’entreprise et les non-salariés. Servir les salaires, garantir le paiement des factures, reporter les échéances de paiement des impôts et des cotisations sociales, c’est préserver le pouvoir d’achat des ménages et leur survie, et aussi maintenir l’activité économique.

T.H.