Farhat Othmani
2009-05-11Sfaxlimou, Memphis

A 44 ans, marié et père de 3 enfants, Farhat Othmani est un homme heureux. Entre Mellita, le chef-lieu de Kerkennah, située à mi chemin entre le port de Sidi Youssef et Ramla, et Memphis, son cœur balance. Enfance au sein d'une famille nombreuse (8 enfants) à Sfax, études primaires à Al Bustan, au carrefour de Sidi Mansour, "Chez Si Bejjar", précise-t-il, puis le collège secondaire Bourguiba du centre-ville, juste à côté de cette prestigieuse municipalité de Sfax. Vient ensuite le Lycée Technique, en section maths. Le bac est raté, mais la vie ne s’arrête pas là, l’ambition aussi.
Farhat décroche un premier job qui, coup de chance, lui offre un stage aux Etats-Unis. Là, c’est le coup de foudre. Il fait la connaissance de celle qui deviendra son épouse et dès lors, il ne rêve plus que de s’installer en Amérique. La voix du devoir l’oblige cependant à rentrer dans sa chère Tunisie pour s’acquitter de sa dette envers la communauté nationale. A la première occasion qui se présente, il officialise son mariage, finalise les formalités et retrouve sa douce moitié en Amérique.
« Je m’en souviens comme si c’était hier, confie Farhat à Leaders. Le 1er janvier 1989, tout commence pour moi. Encore une fois, la chance me sourit et me voilà embauché dans une entreprise de mécanique marine à San Diego, en Californie, à 25 km de Tikhuana au Mexique. La ville est fantastique, son aquarium géant, ses collines de Lajolla, ses malls et Fashion Valley et son port de pêche aux savoureux restaurants, sont attachants. Il y passera 5 ans, le temps de ramasser un bon pécule et de planifier pour l’avenir.

Une belle illustration de l'American Dream
Une ambition le dévore: se lancer pour son propre compte et réaliser son American dream. Flashant devant une limousine rutilante, il l’achète, à crédit, en se promettant de la rentabiliser. « Elle restera 15 jours garée devant mon appartement, se rappelle t-il, sans que je sache exactement ce que je vais faire avec. Au 16ème jour, le compte à rebours du règlement de la première échéance devenant plus pressant, je me décide à en faire une voiture de location. Et c’est parti ! Mais, pas tout-à-fait. Il fallait choisir un nom pour la plaque minéralogique de la voiture et la première idée qui m’est venue à l’esprit fut tout naturellement le nom de ma ville, Sfax. Ainsi naquit Sfax Limousines qui devient une marque-phare, SfaxLimo, avant d’enrichir le vocabulaire américain d’un nouveau verbe : To sfax some one ! »

Farhat Othmani s’installe à Memphis. La ville grouille de stars et de grandes compagnies ce qui peut lui procurer de bons clients. Trois mois après, son business se développe. Il achète une deuxième voiture. A force de travailler nuit et jour et de bien gérer sa mini-entreprise, il gagne de nouveaux clients et le voilà, trois mois après, avec une 3ème voiture.
Une ascension fulgurante
Et de nouveau, la chance est de son côté. Jusque-là, les jeux du hasard et les casinos étaient interdits au Tennessee. Mais grâce au forcing des lobbyistes, les casinos sont autorisés à ouvrir, non pas au centre-ville comme à Las Vegas, mais, dans la banlieue, sur les rives du Mississippi. Quelle aubaine pour Farhat ! Les casinos, c’est les flambeurs, l’argent qui coule et le luxe qui s’installe. SfaxLimou va y trouver de la belle clientèle et connaître une fulgurante ascension.

Le bonheur de Farhat est double : son affaire marche bien et sa femme lui donne trois beaux enfants : Ahmed( 16 ans), qui porte le nom de son grand-père, Skander (14 ans) et Alyssa (8 ans). Il s’achète une maison, des bureaux et des garages. Très proche de ses enfants, il les élève comme l’avait fait avec lui son père, en essayant de cultiver en eux l’amour du travail. Pour gagner leur argent de poche, ils n’ont qu’à se rendre utiles, en lavant les voitures, en répondant au téléphone, et autres petits jobs, dans l’entreprise familiale. « Ca nous rapproche plus et ça les injecte dans le business", dit Farhat.
SfaxJet, les limousines de l'air?
Son parc s’agrandit et comprend à présent 22 voitures. Sa clientèle s’élargit. Il travaille pour de grandes compagnies aériennes (United Airlines, North West, etc.) qui chouchoutent les équipages méritants et les Top Vip. Il décroche aussi des contrats juteux avec des multinationales qui reçoivent CEO’s et invités de marque et parvient à fidéliser pas moins de 6 casinos les plus en vogue. Sa devise est claire : 24/24 et 7/7 toujours disponible, toujours clean, toujours pro ! Pas une seule minute de retard, pas la moindre défaillance, "quitte à ce que je me mette moi-même derrière le volant, quitte à rouler pendant 30 heures, quitte à traverser les Etats-Unis. Par mauvais temps, ou pour un client qui déteste l’avion, la limousine est de rigueur. Alors, j’assure, je file. »
Discret sur l’identité de ses passagers célèbres, Farhat ne résiste pas, pourtant, à évoquer telle reine du Moyen-Orient, des stars du show business (James Brown, Prince, Phil Nike, Bill Gaspy, Jennifer Lopez…) et les rois du sport, basketball en tête (Shaq…). Bien les recevoir, bien les convoyer et leur laisser une bonne impression est important. "Rouler en Limou, dit-il, est un moment magique. tout doit être féérique, dit-il"
Sur son agenda, une date est précieuse, début juillet. Il reviendra en Tunisie, partager avec sa petite famille les grandes retrouvailles et se ressourcer. A Sidi Fonkhal, cette superbe plage des ïles Kerkennah, il aura certainement à cogiter sur ses projets d'avenir: SfaxJet? Il y pense sérieusement. A coeur vaillant, rien d'impossible.
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