Equipe nationale de football: l'heure de la reconstruction a sonné
2010-02-15
Deuxième discipline favorite des Tunisiens après le football, le hand-ball nous a valu bien des satisfactions sur le plan africain avec sept titres de champion et une quatrième place aux Championnats du Monde en 2005. Pourtant, ni ces résultats, ni les prouesses de nos équipes nationales masculine et féminine aux Championnats d'Afrique qui se déroulent actuellement en Egypte n'ont suffi à nous faire oublier la grande déception de la CAN2010.
Trois semaines après l'humiliante élimination de leur équipe nationale au premier tour, on en ai encore à ressasser notre déception. Assurément, les Tunisiens ont mal à leur football. Cela transparait dans la baisse de fréquentation des stades. Les footballeurs eux-mêmes commencent à douter. A preuve, les contre-performances des clubs tunisiens dans les compétitions internationales, incapables de l'emporter face aux modestes nigériens et sierra léonais.
Doit-on parler de crise
CRISE: le grand mot est lâché. Elle n'épargne personne. Ni l'équipe nationale, ni les clubs tunisiens, ni leur instance dirigeante, balayant, tel un typhon, tout sur son passage et notamment la haute idée qu'on se faisait de notre football, non seulement au niveau de la sélection nationale, mais aussi à celui des clubs, jusque-là, les seuls capables de damer le pion aux clubs égyptiens en Afrique. Et comme toujours en pareil cas, on se met à brûler ce qu'on avait adoré la veille. On réclame des têtes. Même Benzarti, appelé tel un deus ex machina, à la rescousse au lendemain d'un certain Mozambique-Tunisie est cloué au pilori. Idem pour les joueurs, copieusement critiqués, avec "une mention" spéciale pour nos joueurs expatriés lesquels après s'être montrés timorés en Angola, ont fait étalage de leur savoir faire sur les stades européens comme pour nous narguer. C'est, notamment, le cas de Jomaa, avec Lens, auteur de deux buts, il y a une semaine, contre Marseille en Coupe de France et meilleur homme du match, de Mikari, Ben Saada et autres Haggi et Ben Khalfallah, même si ce dernier a préféré ne pas prendre part à la CAN. Un paradoxe, il est vrai, dont nos joueurs n'ont pas le monopole. Les équipes du Cameroun, de Côte d'Ivoire comptent en leur sein de grosses pointures comme Etoo, attaquant de l'AC Milan et Drogba, la vedette de Chelsea. Pourtant, ces deux joueurs n'ont été que l'ombre d'eux-mêmes pendant toute la CAN.
Le choc des cultures footballistiques
Peut-être a-t-on là un premier élément de réponse aux problèmes de notre "Onze national" et de toutes les équipes constituées à des degrés divers de joueurs expatriés: Les championnats européens sont interminables avec une moyenne de cent matches par an entre championnat, coupe, compétitions européennes et matches amicaux. La concurrence y est rude, impitoyable. Le joueur y est encadré du point de vue technique, physique et médical. Bien entraîné, bien suivi médicalement, il se donne à fond. Mais sur un terrain où chacun a un rôle précis, le joueur n'a pas besoin de disperser ses efforts. Ce qu'on lui demande, c'est de bien jouer son rôle sans s'occuper du reste. Dans une compétition africaine, et mis à part quelques équipes, un match de football se réduit à 22 bonshommes qui courent derrière un ballon. C'est à qui court le plus vite, frappe le plus fort et...tâcle le plus sournoisement possible. On comprend dès lors qu'un joueur qui vaut des dizaines de millions d'euros, cherche à se débarrasser le plus vite possible du ballon. Car il s'agit pour lui de ménager son capital le plus précieux (au sens propre du terme): ses jambes.
Habitué à une discipline de jeu et pour tout dire à une autre culture, le joueur expatrié va donc se retrouver isolé de ses coéquipiers. à chaque fois qu'il touche le ballon, incapable de la moindre prouesse technique. La seule manière d'y remédier, c'est d'organiser des stages communs aux joueurs locaux et expatriés pour souder l'équipe et créer des automatismes entre les joueurs pour éviter au maximum le "choc des cultures". Or, vu la durée des championnats européens, ces stages ne sont pas toujours possibles. La seule alternative serait donc, soit de faire ces stages en Europe et de s'aligner sur les calendriers européens, comme l'a fait Saadane en pleine vague de froid au risque de s'attirer les lazzis des journalistes et autres consultants qui n'ont rien compris, soit se contenter des joueurs locaux comme l'a fait Chahata en Egypte. Ce n'est pas un hasard si les deux équipes ont été les meilleures de la Can 2010.
Si on arrive à résoudre cette équation, on aura résolu une grande partie du problème. Car, en comparaison, la présidence de la fédération et l'élection d'un nouveau bureau n'ont qu'une importance anecdotique au regard des vrais problèmes. Ce ne sont pas eux qui vont nous qualifier pour la Coupe du Monde 2014, mais les joueurs et le staff technique. Que je sache, et quels que soient les reproches qu'on puisse lui faire, la Fédération n'est jamais intervenue dans le choix tactiques des entraîneurs, ni dans ceux des joueurs et des lieux de stage. Nos structures sont relativement bonnes et en tout cas perfectibles et ce n'est pas un hasard si elles sont citées en exemple par les pays voisins. Alors, prenons garde de disperser nos forces et d'écouter les partisans du "y a qu'à" qui hantent nos émissions sportives. Car l'essentiel pour le moment est de reconstruire une grande équipe nationale. Le reste suivra.
Hedi
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