Anys Fatnassi, à Saigon, ou lorsque l’opportunisme s’allie à la persévérance

2010-06-16
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Quand on m’a présenté Anys Fatnassi comme étant un jeune Tunisien de 28 ans qui représente à Saïgon les activités industrielles d’une multinationale française, j’avais tout de suite pensé à un de ces parcours lisses du genre lycée pilote, Bac avec mention, bourse dans une grande école à l’étranger, recrutement dès la sortie du campus, etc. Et même si au début de l’entretien, Anys me prévient : « mon histoire, c’est un peu le parcours du combattant ! », j’étais loin d’imaginer la formidable aventure qui l’a conduit jusqu’à Saigon la perle de l’extrême orient (Vietnam).

Enfant déjà, Anys Fatnassi a pratiquement fait tous les quartiers du grand Tunis. Naissance à l’Ariana, puis c’est le centre ville de Tunis, le Bardo, El Menzah, El Manar. Ses études primaires sont partagées entre l’école Ibn El Jazzar de la Manouba et celle de Claude Bernard au Belvédère, de même que ses études secondaires, passées entre le lycée El Omrane et celui d’El Menzah 9, de quoi forger une solide capacité à s’adapter. « J’ai jamais été un très bon élève, reconnaît Anys. Les seules matières que j’aimais étaient l’histoire et la géographie.

J’étais fasciné par l’histoire des peuples et j’étais un grand amateur des documentaires historiques et des émissions qui racontaient la vie dans des contrées lointaines. En grandissant, cette passion m’a amené à m’intéresser à la géopolitique et aux voyages. Mais avec une réussite au bac assez moyenne, aucun espoir de faire de ma passion mon domaine d’études. En effet, c’est vers la Faculté des Sciences de Tunis que j’ai été orienté et plus exactement vers la branche MPCI qui comprenait tout ce que je n’aimais pas : Maths, Physique, Chimie, Informatique (NDLR : cette branche, trop généraliste, a disparu maintenant) ».

C’est là que les années galère commencent pour Anys. Année blanche tout d’abord puis de multiples tentatives pour changer d’orientation. On lui propose alors de faire de la comptabilité à l’ISCAE. A prendre ou à laisser. Malgré son bac sciences, il accepte mais ne parvient pas à dépasser le cap de la 1ère Année. Les années passent et le bout du tunnel n’apparaît pas. En parallèle et en désespoir de cause, il intègre l’enseignement supérieur privé pour en sortir après 4 ans avec une maîtrise en Gestion Comptable et Financière. Peu fier de ce parcours qui correspond assez peu à ses ambitions de départ, Anys décide de renouer avec ses premières passions, la géopolitique.

Pour bétonner son dossier de candidature à un master dans ce domaine, il s’engage dans la vie associative. C’est surtout à l’ARFORGHE (Association des responsables de Formation et de Gestion Humaine des Entreprises) qu’il se distinguera en organisant plusieurs manifestations dont des séminaires et des universités d’été. Le choix de l’ARFORGHE n’était pas fortuit mais justifié par la forte concentration de DRH … donc de recruteurs potentiels.

Effectivement, Anys ne tarde pas à se faire remarquer par son dynamisme et son efficacité et décroche, grâce à l’association, plusieurs stages dans divers secteurs d’activité, allant de la banque à l’industrie, en passant par l’hôtellerie.

Faute d'avoir rejoint Sciences Po en France, il devient...Ftaïri

Se sentant alors prêt pour le grand saut, il postule pour continuer ses études à sciences Po en France. C’est le plan A d’Anys. Toulouse lui ouvre les portes, mais ces dernières se referment bien vite suite à un refus de visa par l’ambassade de France. Réaliste, Anys ne baisse pas les bras pour autant. En gardant les mêmes objectifs, il décide de consacrer une année de sa vie pour se constituer des économies et partir ensuite vivre son expérience à l’étranger. Le plan B est en marche. Pour le réaliser, un garage délabré appartenant à sa grand-mère, situé en face de la gare des louages du nord à Bab Saâdoun, fera l’affaire. Après les travaux de réfection nécessaires, Anys Fatnassi se transforme en gargotier. Il travaille pendant une année à Ftaïr et Fricassé et, l’année suivante, rebelote pour postuler à Sciences Po.

Cette expérience originale a, apparemment, rendu son profil plus intéressant puisque cette année-là, ce n’est pas une Sciences Po mais trois qui lui répondent par l’affirmative: Grenoble, Lyon et Toulouse l’acceptent dans leurs rangs. Mais c’est sans compter sur l’intransigeance de l’Ambassade de France qui appose encore une fois un non sur sa demande de visa. Ce jour-là, Anys, attristé mais non abattu, se dirige vers la première agence de voyages et prend un billet … pour la Chine. C’est le plan C, déjà envisagé, qui est alors appliqué.

Pourquoi la Chine ? « C’était un choix réfléchi et envisagé au cas où la France me refuserait encore, je voulais tenter une expérience internationale, répond-il. Les autres pays et surtout les destinations traditionnelles des Tunisiens comme la France ou le Canada étaient soit trop chères, soit difficiles d’accès. En plus, ces destinations étaient saturées et les opportunités très réduites. Par élimination, Shanghai, le poumon économique de la Chine, me semblait être la ville où je devais être». La passion pour les contrées lointaines est toujours là…

« Je n’avais pas une idée précise de ce que j’allais faire en Chine. J’ai débarqué avec un visa d’un mois, un billet d’avion open de trois mois et une promesse d’inscription effectuée par e-mail depuis Tunis dans une université chinoise pour apprendre la langue. J’ai été très bien accueilli. J’ai passé un semestre merveilleux. Nous étions 20 élèves de 16 nationalités différentes. Je côtoyais des gens de toutes races, du Népal, de Mongolie, de Nouvelle-Zélande,… des visages que je ne voyais qu’à la télévision.

L’université m’a aidé à renouveler mon visa mais je n’avais pas beaucoup d’argent. Je me faisais bien envoyer le loyer de Ftaïr et Fricassé mais cela ne suffisait pas. J’ai alors fait plein de petits boulots et j’ai eu la chance de décrocher de petits rôles de figuration dans des séries télé, publicités et films chinois et internationaux tournées en Chine (Lust caution, La Momie 3, …)
Mais cette diversion ne fait pas perdre le cap à Anys qui ambitionne toujours de poursuivre ses études et faire un master. C’est là qu’il entend parler d’une bourse de coopération tuniso-chinoise qu’il arrive à décrocher.

Seul hic, le domaine d’études est prédéfini. Ce sera "International trade & logistics" pour Anys. Qu’à cela ne tienne. Il reprend les études et les petits boulots pour boucler les fins de mois parfois difficiles Jusqu'à ce qu’il réussisse lors d’un entretien d’embauche à attirer l’attention d’une entreprise française leader mondial dans le domaine des terminaux de paiement. Grâce a sa détermination et surtout ses nouvelles compétences en logistique, la société «Ingenico » lui fait confiance et l’intègre dans son usine partenaire a Shanghai (Flextronics), « je me suis trouvé alors à travailler dans une entreprise n°1 au monde dans son domaine, mon bureau était basé dans notre usine partenaire qui est, elle aussi une multinationale, n°2 dans le monde des EMS (Electronics Manufacturing Service) et bien sûr en Chine qui est l'usine du monde. Ce cocktail m'as permis d'acquérir des connaissances et une expérience professionnelle précieuses en matière de Supply Chain... ».

Après seulement 2 ans et 7 mois dans l’entreprise, Anys se trouve à la tête de la nouvelle représentation industrielle de l’entreprise au Vietnam. Pour s’acquitter de ses missions, il se donne à fond, «de 8h du matin à 9h du soir avec follow up à la maison» assure-t-il. Ce rythme ne lui permet pas encore d’envisager une vie de famille. Quant au retour au bercail, sur le long terme, Anys l’envisage sérieusement. «J’aime mon pays et je vais y retourner un jour mais pour l’instant je ne suis pas encore au bout de mes voyages…».

Entre autres, Anys est allé en France plusieurs fois, le pays qui lui a si longtemps fermé les portes. Envoyé en mission par son entreprise, il a profité de tous les avantages des voyageurs d’affaires, tous frais payés, voiture 607 à l’aéroport avec chauffeur … une petite victoire au goût de revanche. Gageons qu’il y en aura d’autres…

Anissa BEN HASSINE




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Les Commentaires
senda 2010-11-26 21:37:24

waooo anis quel parcours de combattant bonne continuation

TAIEB 2010-10-14 11:02:19

Heureux qui comme Anys a fait un beau voyage, bravo et bonne chance

Anouar .C 2010-07-14 21:36:57

Un grand salut pour notre grand ami, tu nous a manquer.... bonne continuation

Elyes Chafter 2010-07-12 15:47:04

Un très grand bravo Anys! !!!!!!! De succès en succès. Et oui il ne faut jamais baisser les bras à la malchance On fonce toujours en avant!!!!!! Un de ces jours ça tout s'arrangera!!!!!

M.G 2010-07-11 03:51:15

il y a une dizaine d'années tu me disais "n7eb nwalli ensen ya7kiw bih la3bed" Et bien tu es devenu cette personne dont tu rêvais tant! mais non pas par le poste que tu occupe aujourd'hui..mais plutôt par la détermination, le sacré courage, la grande patience et la persévérance dont tu as fait preuve pour y arriver! des valeurs qui font d'un homme..; un HOMME! un grand BRAVO!

M.G 2010-07-09 15:25:14

il y a une dizaine d'années tu me disais "n7eb nwalli ensen ya7kiw bih la3bed" Et bien tu es devenu cette personne dont tu rêvais tant! mais non pas par le poste que tu occupe aujourd'hui..mais plutôt par la détermination, le sacré courage, la grande patience et la persévérance dont tu as fait preuve pour y arriver! des valeurs qui font d'un homme..; un HOMME! un grand BRAVO!

samy snoussi 2010-07-09 14:50:02

Un Bravo, a un grand ami, qui a vraiment tout fait pour être ce qu'il est... un GRAND!

samy snoussi 2010-07-08 22:06:49

Un Bravo, a un grand ami, qui a vraiment tout fait pour être ce qu'il est... un GRAND!

S. Guirat 2010-07-07 17:14:05

we are proud: Go ahead Ftiss ;-)

ali S 2010-07-02 21:45:56

Bravo! Si jeune et une si riche histoire! Une bonne leçon,que nos jeunes doivent méditer...A coeur vaillant,rien n'est impossible!!! PS: J'ai une pensée émue,pour une certaine jeunesse de notre pays : pourrie,gâtée.. se limitant à faire un show impossible, de préférence,avec l'argent de papa!!

S. Guirat 2010-07-02 16:39:11

we are proud: Go ahead Ftiss ;-)

BEN FADHEL 2010-06-19 16:31:35

Quel Courage, Que votre histoire soit un exemple pour d'autres jeunes Tunisiens. Un grand salut à votre grand mère et Bnne continuation. Sincèrement

hermassi 2010-06-17 11:11:12

BRAVO EST CE QUE C'EST SUFFISANT

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