Ah! comme ils nous manquent, nos aînés sadikiens qui savaient voyager entre les langues
2009-12-04
De nombreux voyageurs étrangers en ont témoigné au cours des siècles passés. Le Tunisien, est très porté sur les études. Ce trait doit constituer un des éléments de la personnalité de base du Tunisien puisque depuis Carthage et malgré les vicissitudes de l'histoire, notre pays n'a cessé d'être un centre de rayonnement culturel. Et ce n'est pas un hasard si cette terre a vu naître ou attiré depuis la nuit des temps, un nombre impressionnant de savants, de lettrés ou de poètes ayant marqué leur époque ou même l'histoire de l'humanité comme le grand Ibn Khaldoun; ce n'est pas un hasard, non plus si la Tunisie comptait dans les années 20 et 30 autant de bacheliers que les deux autres pays maghrébins réunis (cf. Jacques Berque, "Le Maghreb entre les deux guerres"); ni si le jeune Etat tunisien a consacré le tiers de son premier budget à l'enseignement (record mondial jamais battu ni égalé), malgré le cliquetis des armes sur sa frontière occidentale et la présence d'une armée étrangère sur son territoire. Il n'est donc pas étonnant que le système éducatif tunisien, même s'il est parfois décrié à l'intérieur, soit considéré par les instances internationales comme l'un des meilleurs au niveau du Tiers monde. D'ailleurs, pour s'en convaincre, il suffit de voir le nombre d'étudiants issus de l'enseignement public tunisien qui réussissent dans les meilleures écoles et universités étrangères.
Une stratégie cohérente pour maîtriser les langues vivantes
Cependant, il est un secteur qui est resté à la traîne malgré les réformes qui se sont succédé depuis l'indépendance: l'apprentissage des langues: c'est vrai que le Tunisien a le loisir d'apprendre plusieurs langues dès son jeune âge, malheureusement, il n'en maîtrise aucune, aujourd'hui a qui la faute? aux enseignants du primaire? du secondaire? ou de supérieur? ou aux élèves? La tendance à favoriser, pour cause d'employabilité, les matières scientifiques au détriment des matières littéraires? A t-on oublié que la maîtrise d'une langue est nécessaire pour transmettre les connaissances acquises qu'elles soient littéraires ou scientifiques ou même pour la vie sociale. Ce qui se conçoit bien doit s'énoncer clairement aux plans de la forme et du fond. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il suffit de lire un rapport de fin d'études, un mémoire ou une thèse pour s'en convaincre. Que de fois, des jeunes frais émoulus d'une université ou d'une école supérieure tunisienne ont vu leur demande d'emploi jetée aux oubliettes parce que mal rédigée? Pourquoi, nos débats télévisés ont, parfois, "une vertu dormitive" comme dirait Molière? Parce que certains des invités dont, pourtant, les compétences sont avérées, y apparaîssent empruntés, timorés, se tortillant à trouver les mots justes, ponctuant leurs phrases d'interjections comme EUH...ou de MA3NAHA sans oublier l'inévitable FHIMTCHI WALLA LA et j'en passe et des meilleurs. A quoi servent donc nos connaissances si on n'arrive pas à les communiquer aux autres?
C'est dire qu'il était grand temps de se débarrasser de ce boulet qui inhibait nos jeunes depuis belle lurette. Car depuis quelques années, on a pris ce problème, récurrent depuis un demi siècle, à bras le corps dans le cadre d'une stratégie cohérente. D'ici au début de l'année 2010, tous nos collèges et lycées se seront dotés de laboratoires où on apprendra à écrire, à lire et surtout à parler les langues de son choix suivant les méthodes les plus modernes. En parallèle, l'accent sera mis sur la formation des formateurs.
Ah! comme on a hâte de retrouver cet arabe chatié, ce français exquis de nos aînés sadikiens qui voyageaient du français à l'arabe et vice-versa, avec une aisance déconcertante, munis de leur brevet d'arabe en guise de passeport; comme on voudrait que nos jeunes maîtrisent, aussi, d'autres langues comme l'anglais, l'allemand, l'espagnol, le portugais ou même le chinois qui leur seront, demain, d'un grand apport s'ils veulent se lancer dans une carrière à l'international ou se donner une chance supplémentaire pour décrocher un poste en Tunisie.
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