Opinions - 02.01.2019

Comment la hausse des bas salaires ruine la classe moyenne ? Passons à l’intéressement des salariés

Comment la hausse des bas salaires ruine la classe moyenne ? Passons à l’intéressement des salariés

Depuis 2011, le salaire minimum garanti a évolué au rythme de 6% l’an en moyenne soit un cumul de 48% à la hausse.Cette mesure qui touche environ 275 000 employés, est souvent prise en parallèle avec la majoration dans  les mêmes proportions des salaires des ouvriers payés selon les conventions collectives sectorielles.

La relance économique par la consommation selon Keynes

Ces réajustementsà la hausse de salaires devraient en principe permettre l’amélioration de la qualité de vie des travailleurs, stimuler leur productivité au travail et augmenter le niveau général d’épargne.
Selon la théorie économique, l’augmentation des revenus disponibles des ménages va entrainer une hausse de la consommation et une augmentation des recettes fiscales issues notamment d’une TVA additionnelle sur la consommation, ce qui permettrait une relance économique.

Comment le surplus de salaires est absorbé par le secteur informel ?

La réalité est tout autre dans notre pays, les ménages à faibles revenus affectent ce surplus de disponible, en priorité pour l’acquisition des denrées alimentaires sur les marchés hebdomadaires et l’achat de vêtements dans les étalages de la friperie ou bien augmentent de façon sensible leur consommation de produits subventionnés.

Les marchés traditionnels de ces catégories de salariés sont contrôlés par des intervenants qui ne payent pas d’impôts en fonction de leur niveau d’activité, souvent hors champs de la TVA. Bien au contraire, le revenu supplémentaire leur permet d’augmenter leurs fonds affectés à l’économie spéculative ou concurrentielle des marchés organisés.

L’effet boule de neige sur les industriels tunisiens

L’effet nuisible sur les entreprises tunisiennes de produits manufacturés est complexe.En effet, ces dernières voient leurs frais de personnel augmentés, donc leurs coûts de revient aussi.Comme la théorie économique de la relance par la consommation ne joue pas, elles se trouvent obligées d’augmenter leur prix de vente de produits manufacturés.Ce qui va alimenter l’inflation des prix et entrainer de nouvelles revendications salariales d’où la génération d’une spirale infernale inflationniste.

L’effet papillon sur la classe moyenne

Ces produits manufacturés sont acquis habituellement par la classe moyenne ou relativement aisée.La hausse de prix décidée par les entreprises entraine une baisse des ventes de ces produits, et de sur croit un phénomène d’appauvrissement des classes moyennes qui pousseces consommateurs relativement aisésà s’approvisionner désormais dans les marchés parallèles, réduisant leur contribution fiscale issue de la consommation.

Les entreprises confrontées à une perte d’une partie de leur clientèle traditionnelle, cessent d’augmenter leur prix de vente et licencient une partie de la main-d’œuvre. De surcroit elles  se voient aussi moins compétitives face aux produits d’origine  asiatique qui inondent le marché. 

L’effet surprise sur les dépenses publiques

L’Etat pour sa part se trouve confronté à une augmentation de la consommation de produits subventionnés en dehors des prévisions budgétaires, ce qui entraine l’accroissement du déficit de la caisse générale de compensation.

L’effet placebo de la hausse des salaires n’est pas une fatalité !

La Banque Mondiale avait recommandé à l’Egypte de freiner l’augmentation du salaire minimum, et d’envisager d’autres dispositifs éprouvés qui profitent aux travailleurs, notamment aux pauvres. Le financement par l’État de programmes de développement de la communauté et de prestations de service peut créer de l’emploi, notamment pour les jeunes de milieu urbain, à l’exemple de ce qui s’est fait dans les pays développés, comme aux États-Unis ou au Canada.

La solution préconisée au niveau de l’entreprise pourrait consister en une évolution du cadre législatif vers la mise en place de mécanismes d’intéressement des salariés comme:

  • Les mécanismes dits de « stock options »: options sur achat d’actions, options de souscriptions d’actions, Bons de souscription de parts;
  • Les Attributions gratuites d’actions (AGA);
  • Les Plans d’épargne salariale;
  • Les plans d’épargne retraite;
  • Le fond social prélevé sur le bénéfice.

Une taxation fiscale et sociale allégée de ces mécanismes d’intéressement pourrait encourager les chefs d’entreprises à les mettre en place afin de relever le niveau de productivité de leurs salariés, de stabiliser leur personnel clé, de créer un esprit d’appartenance dans leurs entreprises et généralement deréduire les revendications salariales.

Karim Sethom
Expert-Comptable associé Horizons Audit and Consulting

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1 Commentaire
Les Commentaires
Mohamed - 07-01-2019 20:21

SVP pouvez m' expliquer pourquoi la relance par la consommation ne joue pas?

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