News - 03.09.2018

Hichem Elloumi: Les bonnes pistes pour les entreprises Tunisiennes qui veulent s'implanter en Chine

Hichem Elloumi: Les bonnes pistes pour les entreprises Tunisienne

Réussir en affaires avec des partenaires chinois n’obéit plus guère aux règles classiques comme pratiqué de par le monde. L’immense pays aux potentialités gigantesques s’est complètement transformé pour s’imposer en superpuissance globale. L’avancée technologique, la puissance de l’intelligence artificielle partout déployée et l’insertion profonde dans la nouvelle redistribution des cartes économiques mondiales font de la Chine un acteur-clé capablede bénéficier fort utilement à la Tunisie. Comment s’y prendre?

L’Utica s’y investit. Un accord de coopération avec son homologue chinois, le Ccpit (China Council for the Promotion of International Trade), conseil d’affaires créé, et un premier forum de partenariat déjà organisé à Tunis. Pleinement impliqué dans cette dynamique, Hichem Elloumi, vice-président de l’Utica et chef d’entreprise qui déploie ses usines sur quatre continents, est bien placé, à plus d’un titre, pour esquisser les bonnes pistes qui s’offrent aux entreprises, tant tunisiennes que chinoises.

«L’usine du monde» se développe, se transforme et se perfectionne, avec de nouvelles règles de compétitivité, notamment qualitatives et technologiques, en plus de la rentabilité, commence par affirmer Hichem Elloumi. 

Avec une population de 1,379 milliard d’habitants et une classe moyenne et plus forte de près de 450 millions de consommateurs potentiels, la Chine, où sont désormais installés la plupart des grands groupes internationaux, constitue un espace économique très important, ajoute-t-il. Elle ne cesse de gagner en potentialités qui s’offrent en réelles opportunités à saisir par ses partenaires. De diverses manières.

Des entreprises tunisiennes ont-elles de réelles chances de s’implanter en Chine?

Oui ! Les mieux placées, dans le secteur industriel, sont celles qui ont un partenaire étranger déjà implanté en Chine. Elles peuvent en effet profiter de cette relation pour se déployer dans ce pays, mais aussi et plus largement en Asie. Il y a aussi celle ayant un client bien identifié qui lui commande ses produits et finit par lui demande de créer une unité industrielle à proximité de ses propres sites de production. On ne peut oublier par ailleurs le cas d’entreprises tunisiennes qui ont développé un procédé approprié et le mettent en production avec des partenaires chinois, comme c’est le cas, depuis longe date, du Groupe chimique tunisien. Ou sous d’autres formes, comme l’a initié Poulina.

Et en dehors de l’industrie?

Des bases commerciales tunisiennes sont utiles à établir en Chine. Les opérateurs qui s’y sont d’ores et déjà lancés, pour l’huile d’olive par exemple, comme l’ont fait la CHO ou le Groupe Slama, réussissent.

Quelles opportunités de partenariat offre la Tunisie aux opérateurs chinois?

Nombreuses, variées et prometteuses! D’abord le marché tunisien. Outre les produits habituels, avec de plus en plus d’avancée technologique, la Chine est vivement intéressée par les grands projets structurants pour lesquels elle serait disposée à consentir des dons, offrir des financements à des conditions avantageuses et associer dans leur exécution des partenaires locaux. Port en eaux profondes, réseau routier et ferroviaire, énergies renouvelables, télécommunications, IT, et autres mégaprojets sont particulièrement indiqués. Pour ce faire, l’assouplissement des procédures de négociations des marchés publics, le raccourcissement des délais en toute transparence et la mise en concurrence dans le cadre d’un partenariat public-privé seront essentiels.

Et directement au niveau des PME ?

C’est la deuxième série d’opportunités. Il s’agit d’entreprises chinoises qui, pour préserver leur compétitivité, se rapprochent de leurs marchés en Europe, sur les rives de la Méditerranée et en Afrique et, pour gagner en réactivité, cherchent à produire dans la région. La Tunisie s’y prête avec de grands atouts. Je citerais le cas d’un grand groupe chinois qui, entre autres, détient une importante chaîne de magasins d’habillement féminin en Europe. A la faveur du forum d’affaires tuniso-chinois, il fera la connaissance d’un industriel tunisien aux références confirmées. Un accord est passé pour lui confier en partenariat la fabrication des collections destinées aux magasins en Europe. Du coup, l’entreprise tunisienne de confection quadruplera ses effectifs, passant de 250 salariés à plus de 1 000.

La valorisation sur site des matières premières tunisiennes avant leur exportation constitue elle aussi une bonne piste qui requiert l’attention d’entreprises chinoises. C’est le cas du marbre à l’état brut ou du gypse, mais aussi de bien d’autres produits.

Un hub chinois en Tunisie est-il envisageable ?

Ce sera la meilleure décision à prendre ! Si on arrive à faire de la Tunisie un hub opérationnel pour les produits chinois à destination des marchés de la région, les bénéfices seront pour tous. Au cœur de la Méditerranée, notre pays se distingue par des ressources humaines qualifiées et une bonne expertise dans nombre de secteurs clés tels que le textile-habillement, les industries mécaniques, électriques et électroniques, l’agroalimentaire et autres. Autant de gisements précieux et de leviers de compétitivité.

L’agriculture ne trouve pas intérêt auprès des Chinois ?

Beaucoup d’intérêt, en fait ! La Chine, qui importe de grandes quantités de lait, pourrait être intéressée par l’élevage bovin à grande échelle et la production de lait en Tunisie pour son exportation. C’est l’une des possibilités à prospecter, bien d’autres méritent attention.

Et pour l’Afrique ?

Aller ensemble dans les autres pays du continent africain est une option de choix. Outre la proximité de la Tunisie et la maîtrise des langues arabe et française, la compétence des Tunisiens, leur intégrité et la sincérité de leur engagement pour le développement de l’Afrique les positionnent comme des partenaires de premier rang. Cliniques et hôpitaux, services d’ingénierie, de finance et de management, éducation, formation, industrie, distribution, habitat et autres secteurs se prêtent à des partenariats mutuellement bénéfiques.

Avec quel concept ?

Chacun mettra en association ses propres potentialités: le marché et le know-how. Ce que détient l’un ou l’autre, ou les deux en complémentarité, l’emportera. Les Tunisiens, disposant de produits et services pouvant intéresser le marché chinois et asiatique auront à identifier des partenaires qui détiennent les clés d’accès à ces marchés. D’un autre côté, les Chinois peuvent tirer profit de la maîtrise d’opérateurs tunisiens de certains marchés dans notre région.

La balance commerciale avec la Chine est déficitaire ?

Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas et ce n’est pas un problème en soi, si on peut gagner en compétitivité. Aucun pays au monde n’affiche des échanges commerciaux excédentaires avec la Chine. L’essentiel pour nous est d’importer mieux et d’exporter plus. Savoir sélectionner les produits et technologies, négocier les conditions et modalités et profiter de la compétitivité réalisée sont essentiels. Dans l’autre sens, au-delà des quantités et volumes, il s’agit surtout de pérenniser la présence croissante de nos produits en Chine.

Comment y parvenir dans l’ensemble ?

Tout comme la communication et le marketing, la mise en relation est déterminante. Forums, missions de prospection, salons et expositions et contacts directs sont à multiplier et intensifier. L’approche doit être professionnelle, continue et attractive. C’est pour cela que j’ai toujours mentionné que la pratique des affaires avec la Chine n’a plus rien des démarches classiques. Nous devons nous y mettre, avec détermination et persévérance..

 

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