Opinions - 07.08.2018

Habib Touhami: La crise migratoire en Méditerranée et la fécondité européenne

Habib Touhami: La crise migratoire en Méditerranée et la fécondité européenne

La crise migratoire qui touche les pays européens du sud prend des dimensions dramatiques et politiques jamais atteintes auparavant. A ce jour, les nombreux colloques et réunions internationales organisés pour lui trouver une issue n’ont pas abouti à des solutions concrètes. Il ne pouvait en être autrement tant la vue purement électoraliste et politicienne domine. L’accession au pouvoir des partis populistes et d’extrême droite dans certains pays européens risque de complexifier un problème suffisamment complexe et douloureux en lui-même. Il existe par ailleurs deux faits qui sont ou ignorés ou sous-estimés. Le premier est qu’il n’existe pas de profil type chez les migrants. Entre Afghans, Kurdes, Irakiens et Syriens fuyant la guerre et les persécutions et des Africains du nord et du sud fuyant la misère et le désenchantement, il y a peu de traits communs. Le second est qu’il faut tenir compte de l’appel d’air constitué par la démographie européenne elle-même.

2,1 naissances en moyenne par femme est le nombre nécessaire pour maintenir constante (hors migration) la population d’un pays développé. Aucun pays européen n’a atteint ce niveau en 2016. Le taux de fécondité dans l’ensemble de l’UE a certes augmenté entre 2001 et 2016 passant de 1,46 en moyenne à 1,6 mais il reste sous la barre fatidique de 2,1. Les pays d’Europe du Nord (Suède: 1,85), (Danemark et Royaume-Uni : 1,79) s’en sortent mieux que les pays d’Europe du Sud (Italie et Espagne : 1,34), (Malte et Chypre : 1,37), (Grèce : 1,38). Les pays d’Europe orientale ne sont pas mieux lotis. Leur taux de fécondité est en dessous de 1,5 en Lettonie, Croatie, Autriche, Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Slovénie, Pologne, etc. Il serait donc peu sérieux  d’envisager le comblement du déficit démographique de l’Europe occidentale par un apport migratoire venant exclusivement de l’Europe orientale.  

A l’inverse de la situation en Europe, le taux de fécondité dépasse 5 au Niger, Burundi, Mali, Somalie, Soudan du Sud et Ethiopie ; se situant entre 4 et 5 au Bénin, Guinée, Sierre Leone, Cameroun, Liberia,  Congo, Tchad, Togo, Sénégal, etc. Ailleurs qu’en Afrique, le taux de fécondité dépasse 4 en Afghanistan, Irak, Gaza. Certes, la guerre et la misère impactent les courants migratoires actuels, mais guerre ou pas, l’appel d’air que constitue le déficit démographique en Europe est plus qu’un élément conjoncturel ou socioéconomique, une variable explicative pérenne et de long terme. Même si un jour, on arrive à cadenasser la Méditerranée et à maîtriser la situation sécuritaire dans les pays de départ et d’embarquement des migrants illégaux, ceux-ci trouveront d’autres chemins les conduisant vers l’Eldorado.     

L’Europe occidentale vieillit et elle a besoin d’apports démographiques extérieurs pour subvenir à ses besoins économiques et sociaux dans le futur. Elle a besoin de bras et de qualifications qui sont ou inexistants ou en nombre insuffisant à l’intérieur de ses propres frontières. Elle a besoin aussi de cotisants sociaux jeunes pour pérenniser ses régimes de retraite dans la mesure où ces régimes contiennent une dose plus au moins importante de financement par la répartition. Leur équilibre financier est donc directement dépendant du nombre moyen d’actifs cotisants pour un seul pensionné. Or ce nombre ne cesse de diminuer alors que l’espérance de vie augmente. Certains estiment que ce « décalage » pourrait facilement être comblé par l’accroissement de la productivité. On peut en douter en raison de l’évolution parallèle de la répartition sectorielle de l’emploi (plus de tertiaire). Tout laisse à penser donc que faute d’apport migratoire extérieur, les pays d’Europe occidentale verront leur régime de pension s’enfoncer davantage dans le déséquilibre financier.

Ces réalités démographiques et socioéconomiques ne sont probablement pas ignorées par les dirigeants politiques européens. Elles ne le sont pas en tout cas par la plupart des démographes et des économistes, en Europe et ailleurs. Mais les élections nationales en Europe se gagnent désormais et se gagneront de plus en plus dans le futur par celui qui se montre ferme à l’égard de l’immigration, du moins verbalement, et virulent à l’égard de l’islamisme. En attendant, les dirigeants de l’Europe de l’Ouest continuent leurs palabres en encourageant en sous-main ce qu’ils appellent «immigration choisie», c’est-à-dire une immigration «moins centrée sur l’Afrique et le regroupement familial et plus ciblée sur le travail».

Habib Touhami


 

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