Opinions - 20.06.2017

A propos des différents entre Jercine et Bichni: Quand l’analyse de ‘’hète essahih’’ du 12 courant se trouve à côté de la plaque

A propos des différents entre Jercine et Bichni: Quand l’analyse de ‘’hète essahih’’ du 12 courant se trouve à côté de la plaque

Dans l'émission de ‘’هات الصحيح’’ du 12 juin sur Nessma, relative aux événements de Jercine et Bichni qui ont mené à l’utilisation de chevrotines et d’armes blanches entre les habitants des deux villages…., il a été fait appel à deux personnalités ‘’représentatives’’ de la région pour discuter du sujet. Et comme cela s’était passé plus d’une fois dans ce genre d’émission, les journalistes responsables n’ont pas cherché à inviter ou à se documenter, au moins, auprès de techniciens ou des connaisseurs de la région, du développement… qui auraient pu donner un éclairage sur les potentialités réelles de développement de la région, et surtout des possibilités de son développement agricole.

Un échafaudage de paroles présenté par les deux invités, mais qui relève peu de perspectives réalistes

Sans revenir sur les détails de l’émission, et sans chercher à contrecarrer nos invités dont l’un ou tous les deux sont des députés, je voudrais seulement dire pourquoi leurs propositions sont irréalistes.

Leurs propos se résumaient en deux idées

  • Le maintien des terres de la région sous forme ‘’collectives’’ comme propriétés à caractère tribal, formule qui ne pouvait permettre une mise en valeur par de la degla de ces superficies dont la principale vocation est le ‘’parcours’’. Et de citer les chiffres d’exportation de dattes du gouvernorat de Kebili, dont le plus gros pourcentage provient des plantations nouvelles faites sans financement ni encouragement de l’Etat… ; alors que ce n’est pas le fait qu’il s’agit de terres collectives qui empêche la mise en valeur!
  • L’absence de développement et d’emplois dans la région qui, en causant une aigreur certaine chez les jeunes les a amenés … à la bagarre, d’où la nécessité d’effectuer l’usinage des dattes sur place, pour leur créer de l’emploi dans la région en plus bien entendu de représentations des banques, de la STEG, de la Sonede…, ce qui ne représente qu’une demi vérité et une demi solution !

Ce que nos invités ignorent (ou feignent de l’ignorer)

  • En me référant à mes connaissances de la problématique, un peu anciennes peut-être, mais qui restent plus que jamais fondamentales dans la perception que nous devrons avoir dans toute politique de développement futur concernant l’ensemble des gouvernorats qui entourent le chott El Jérid, je voudrais rappeler ici qu’un appel plus régulier à des techniciens connaisseurs de la région et du potentiel de développement de la région, et surtout du son développement agricole, aurait permis de sortir de ces sentiers battus et de faire ressortir, peut être de mettre en évidence des voies plus justifiées pour sortir de ce cercle vicieux qui renvoie régulièrement la balle à l’Etat. Pourtant le pays regorge d’agronomes, d’hydrologues, de chercheurs, de développeurs… qui peuvent être consultés ; mais cette habitude de ne pas faire appel quand il le faut à ‘’ أهل الذكر ‘’, ni à les responsabiliser des éclairages qu’ils pourraient apporter au public, parfois mieux que les locaux. Ainsi et pour commenter ce qui a été dit dans cette émission, je rappelle les trois obstacles majeurs à la vision présentée par nos députés:
  • La vision évoquée de réaliser encore des plantations de degla - sur ces terres collectives une fois privatisées - est complètement erronée ; pour la simple raison qu’elle oublie que les nappes d’eau exploitées dans la région sont ‘’en sursis d’épuisement’’ suite à la surexploitation passée et actuelle et que les risques sont très importants si on continue à rêver et à bâtir des châteaux en Espagne de ce genre ;
  • Que l’exportation de degla du gouvernorat de Kebili, dont la plus grande partie provient des plantations nouvelles, comme ils l’affirment mais sans dire qu’elles proviennent surtout de forages et de plantations illicites. Pourquoi illicites direz-vous ? Justement parce que, si j’ai bonne mémoire, ces actions avaient été réalisées grâce à des sondages forés illicitement dans les nappes existantes malgré l’opposition de l’administration de l’époque (qui craignait justement pour la survie des nappes) et des plantations réalisées dans le même contexte. Et tout en comprenant la pression du chômage sous laquelle avaient agi les jeunes, on ne peut dire qu’on ne porte pas atteinte aux besoins en eau des générations montantes et même actuelles ;
  • Que les oasis anciennes consomment encore plus d’eau que leurs plantations séniles, mal faites et peu productives ne valorisent plus cette eau ; nos ‘’Diplômés du supérieur’’ doivent bien comprendre cela et aider à la recherche de solutions plus adaptées…, si nous voulons bien, tous, accepter ce que dit l’article 8 de notre Constitution que ‘’La jeunesse est une force active dans la construction de la patrie’’. Il reste bien sûr à savoir comment ‘’cette construction’’ doit être comprise et appliquée aussi bien par eux que par la société…. Est-ce donc la quadrature du cercle qui est recherchée ? Que cet accord de Kamour ne devienne pas une règle et que les négociateurs qui vont voir les sitineurs aient des alternatives à défendre en dehors de ces ‘’sociétés de l’environnement et d’horticulture…’’ dont l’activité et la rentabilité ne semblent pas très claires !

Disons donc, comme Albert Einstein ‘’N’est-ce pas de la folie que de faire (ou de dire) toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ?’’.
Il faut donc faire quelque chose de différent ; et, mon devoir me dicte de dire qu’aussi bien les services de l’Etat, que nos députés, que nos responsables locaux ou encore nos institutions de recherche… doivent oser rappeler haut et fort, dans ces régions que ‘’la rareté de l’eau et la qualité des sols sont des facteurs limitant dans tous les cas de figures, surtout que nous sommes sous climat désertique ; aucun gaspillage n’est permis’’. Ces ressources rares que sont le sol et l’eau ne doivent plus être utilisées qu’à bon escient (et d’ailleurs dans toute la Tunisie), que ce n’est pas parce que la degla s’exporte bien qu’on doit chercher à étendre sa plantation, que toutes cultures grosses consommatrices d’eau destinées à l’exportation forme, en fait, une exportation de ressources rares au détriment de tous les citoyens ; et que la privatisation des terres collectives n’y change rien… !
Et sans tomber dans des tergiversations théoriques, il faut bien qu’ensemble on veille à préparer, et dans toutes nos démarches, à un développement d’une agriculture durable, économe en intrants, économe en eau, économe en énergie; respectueuse de la fertilité du capital sol et de l’environnement, industrialisante, et rentable….

Contribution d’un vétéran

Comme contribution à cette réflexion, et même si on ne m’y a pas invité, je pense que pour adapter correctement ces négociations au contexte et veiller à la durabilité de l’impact de toute décision future prenne en compte:

  • qu’un examen profond des résultats de la recherche est important pour tirer la quintessence de longues années de recherche dans ce Sud qui en a bien besoin et qu’il est temps de les mettre en application ; un dialogue avec les chercheurs en place aussi bien dans les laboratoires ou les pôles de recherche de l’INAT, de l’INRAT, de l’IRA… devant être à la tête de ce précieux tour d’horizon ;
  • Que des actions précises, créatrices d’emplois, doivent être décidées et présentées à nos sit-inneurs, dans les anciennes oasis en fonction des disponibilités de l’eau, de l’état de médiocrité auquel sont parvenus leurs sols, du rajeunissement et de l’éclaircissage nécessaires des plantations, d’un maintien obligatoire d’une biodiversité qui leur permet de résister à toute introduction de cette dangereuse maladie le «bayoudh», danger qui existerait d’autant qu’il semble que des introductions de plants d’Algérie auraient eu lieu après la révolution ;
  • Que la vision à adopter ne doit plus être focalisée sur la degla irriguée, mais – plus rationnellement - sur la compatibilité qualité des sols/variété de palmier adaptée ; sur une mise en valeur des parcours avec la promotion de la notion «d’exploitations en sec et irrigué polyvalentes» ; sur une introduction intensive des races ovines et caprines adaptées aux oasis et aux parcours environnants … panoplie d’actions pouvant cadrer avec le potentiel naturel que limiter le chômage, la pauvreté.
  • Qu’on fasse appel moins à d’hypothétiques investisseurs pour transformer les productions, mais qu’on commence plutôt par la création de sociétés, GDA, associations diverses de producteurs et de diplômés pour assurer ces transformations, exportations, fabrications d’outils, représentations de matériel et d’agrofourniture… et améliorer le revenu des producteurs, ce que l’Etat doit démarrer et l’accompagner par l’installation de l’encadrement compétent nécessaire dans ces régions.

Enfin, ce n’est donc pas tellement de la critique gratuite que j’apporte à cette émission, mais plutôt une façon de lui donner un meilleur impact.


Malek Ben Salah
Ingénieur général d’agronomie

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1 Commentaire
Les Commentaires
Ali Mhiri - 22-06-2017 23:15

L’analyse faite par Mr Ben Salah, un de nos meilleurs agronomes pionniers dans le développement agricole du pays depuis les années soixante du siècle passé, est des plus objectives. Elle apporte l’éclairage idoine aux problématiques de développement local dans les contextes de « rareté de ressources naturelles de bonne qualité ». Ces contextes favorisent, toujours et partout, par la force des choses, des conflits d’accès à ces ressources, conflits qui en arrivent au recours aux armes. Cela peut se produire entre deux villages ou groupes sociaux voisins, ou deux ou plusieurs pays se partageant une même ressource ou prétendant, chacun de son côté avec ses arguments de diverses natures, à des droits à la propriété ou d’usage de ces ressources. Le développement de la culture de Deglet Ennour, dans cette région, ne peut être que limité car c’est une culture qui consomme beaucoup d’eau. Or, il a été démontré depuis les années 1970 (Plan Directeur des Eaux du Sud connu sous l’abréviation PADES) que l’eau souterraine du Jerid, Nefzaoua et El Hamme de Gabès, en particulier, est : - Une eau fossile ou très peu renouvelable, - Une ressource souterraine d’un aquifère partagé avec l’Algérie et la Libye, - Une ressource de plus en plus exploitée et commence sérieusement à manifester des signes évidents d’épuisement et de dégradation de sa qualité dans de nombreux endroits des trois pays. - Jusqu’à ce jour, il y de nombreux travaux d’évaluation des tendances évolutives (aspects quantitatifs et qualitatifs) en cours. - La sagesse des trois pays les amenés à créer une instance de concertation (Mécanisme de Concertation, basé au siège de l’observatoire du Sahara et du Sahel à Tunis) pour assurer le suivi évaluation de l’état de cette ressource. C’est dire que l’on sait bien quelles sont les capacités de cette ressource à fournir l’eau, grâce à un modèle mathématique géré par les structures responsables de cet aquifère dans les trois pays dont la Tunisie. La Direction générale des Ressources en eau (Ministère de l’agriculture) veille au grain et gère les autorisations de nouveaux forages selon les risques et les impacts de tout nouveau point d’eau.. Malheureusement, quand les politiques se mêle de la gestion de cet aquifère déjà surexploité, ils ne font que compliquer la situation avec des promesses de nouvelles créations de forage. « le conflit » qui oppose les deux oasis en question trouve son origine à ce niveau. Il est donc souhaitable des politiques d’écouter un technocrate comme Mr Ben Salah qui présente des recommandations tout à fait en mesure d’amener à la raison toutes les parties concernées, au profit de tous.

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