Opinions - 13.03.2016

Tunisie 2016 : leur douleur, leur honneur

Tunisie 2016 : leur douleur,  leur honneur

"Donner est honneur, demander douleur" (Miguel de Cervantès)

Cervantès est connu pour être l’homme d’un grand livre,  écrit au tout début du XVII Siècle "Don Quichotte de la Mancha", un succès planétaire, devenu un classique de la littérature.

Il relate la bataille de Lépante, en 1571, qui voit une alliance européenne, comprenant l’Espagne, Venise et les états pontificaux,  écraser les Turcs, emmenés par l’amiral Ali Pacha, qui sera décapité.

Au cours de cette bataille titanesque, d’une dizaine de milliers d’hommes, Miguel de Cervantes, alors jeune soldat, perd une main, apprend la douleur, probablement la grandeur et l’honneur.

Son livre narre les aventures d’un hidalgo qui croit qu’il est un chevalier servant.

Il vante les qualités chevaleresques,  se distingue par son humour, et rompt avec la littérature classique de l’époque.

Massenet en a fait, bien plus tard, un opéra sur un livret d’Henri Cain, et créé à l’Opéra de Monté Carlo en 1910.

Jacques Brel, chanteur poète,  rêveur, amoureux, et aventurier en a fait une comédie musicale, à grand succès, jouée  à Paris sur l’une des plus grandes avenues du monde.

Les tunisiens, surtout de Ben Guerdane ont connu sans le  demander la douleur de perdre qui un chef de famille, qui un fils, un frère,  un amour.

Attaqués à l’aube d’une journée d’apocalypse, ils se sont vite transformés en combattants des lieux, en gardiens du pays, acteurs d’une civilisation, l’arabo islamique, qui ne veut pas se  perdre dans les sables de l’Afrique du Nord.

Ils ont fait preuve des qualités chevaleresques, louées dans le livre de Cervantès : la prouesse, à savoir l’ensemble des attributs qui constituent la vaillance des guerriers, qu’ils sont.

Ces habitants d’une ville excentrée, à la lisière de la Lybie voisine, démunie de richesses, et quasiment délaissée,   ont montré instantanément, tout au long de ces moments de guerre,  un sens aigu du patriotisme.

Ils ont gardé, attitude courante, chez les citoyens simples et humbles, une résilience et  une dignité, qui  interpellent tous ceux,  parmi nous,  qui sont, pas toujours mais souvent,  parcimonieux dans leur  solidarité, spectateurs désabusés et hautains dans leurs critiques à l’encontre de tout et son contraire, et parfois  aux premières loges quand il s’agit de crier victoire, oubliant "qu’en cherchant la gloire, on perd souvent l’honneur" (William Shakespeare).

Ces youyous, ces cris de victoire, cet appel à la grandeur de leur pays, à la sortie des cercueils de leurs enfants, c’est tout leur honneur, et grâce à eux celui  du pays tout entier.

Ils n’ont pas cherché cet honneur, justement ces policiers, militaires et citoyens, dont certains ont laissé leurs propres vies, ils n’ont pas attendu qu’on fasse appel à eux.

Ils étaient dans l’instant, chevaliers d’une grande cause, qui les  dépasse : défendre leur pays, et ses  habitants,  spectateurs, et auditeurs, haletants, et qui pour beaucoup se sentaient gagnés par cette bravoure, ce don de soi, de son énergie,  de sa vie.

Et ce discours, de gens humbles, mais immenses dans leur sobriété : pas de pleurs, pas de larmes, rien que l’immense dignité affichée, l’appel à défendre le pays et la fierté de compter un ou plusieurs martyrs parmi leurs très proches.

Nous avons tous été sidérés, par l’absence de récriminations et de revendications, à l’instar de cette femme  et  mère,  cette fois de la banlieue sud de la capitale, digne et fière  épouse d’un membre des forces de l’ordre, qu’elle venait juste de joindre avant d’entendre quelques minutes après, qu’il a été dépossédé de la vie.

Pas de discours larmoyants, juste la fierté répétée d’avoir partagé la vie d’un martyr,  d’un héros.

Ces mères, ces pères, et ces familles, nous ont offert à nous tunisiens, une  leçon de la grandeur d’âme qu’ont croyait disparue de cette Tunisie méconnaissable durant  ces dernières  années, mais aujourd’hui,  on l’espère, durablement retrouvée.  

Mourad Guellaty

 

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18 Commentaires
Les Commentaires
Moncef Ben Jemia - 13-03-2016 19:39

Bravo Si Mourad .

Touhami Bennour - 14-03-2016 01:53

Monsieur Mourad vous avez bien analyse les faits et les comportements de la population en temps de guerre, et l´exemple de Cervantes est éloquent,mais qui crée la guerre, c´ est bien sûr nous aussi, dans ce cas on demande plutôt qu´on ne donne. Un exemple actuel montre commnent on se prepare á la guerre. Dans un pays Europeen un ministre des finances monte à la tribune et déclare: la baisse du prix du petrole va faire perdre á l´Etat un tiers de ses entrés fiscales. Et puis un autre citoyen du meme pays écrit: l´ Arabie saudite( pour lui tous les arabes) gère mal les ressources naturelles, et cette mauvaise gestion des ces ressources crée des problèmes chez les autres. Remarquons bien pour ce monsieur le petrole n´appartient pas a l´Arabie saouditemais ce sont des ressources naturelles qui ce trouvent par hazard en Arabie, Quelle Affront! Ce monsieur, il se met au centre du monde. Tout le monde devrait penser á lui en gérant ses ressources naturelles. J´ai pensé tout de suite : c´est comme ca qu´on travaille pour la guerre. Et le cycle recommence.

lotfi - 14-03-2016 12:47

Un peuple,une histoire Ben-guerdene,comme tout lieu de la Tunisie,a été au rendez-vous de l'histoire.Ces tunisiens ne se sont pas interrogés,n'ont pas attendu un signal pour répondre au devoir car ce sentiment est ancré,aussi, dans l’inconscient des braves.Un ancrage vif et veillant. Gare à celui (il ne mérite pas l'honneur d’être cité ) qui trouve notre sahara comme une proie facile ou comme un désert.Des hommes et des femmes ont toujours embelli ces lieux.Ils offrent l'hospitalité au passager et promettent l'enfer aux déguisés en homme.

Giselle Nahum - 14-03-2016 12:47

Magnifique ode de Mourad au courage des habitants de cette ville qui se sont montrés des lions et ont sauvé la Tunisie. Giselle Nahum Paris

Nebiha ben Bekgacem - 14-03-2016 14:29

C'est un hommage juste pour des gens formidables. Que Dieu les aide et que notre pays se rappelle toujours que c'est cette petite ville de Ben Gardenne et ses femmes et ses hommes qui l'ont sauvé.

Hosn El Oujoud Chaffei - 15-03-2016 12:39

Vibrant hommage à des personnes qui ont fait preuve de courage et du sens de la citoyenneté. Bravo Ben Guerdane! Hosn El Oujoud Chaffei

DCHICHA Slaheddine - 15-03-2016 12:48

Je tombe encore une fois sur un texte de Monsieur Mourad Guellaly que je ne connais pas et dont j’apprécie les textes puisque je les lis attentivement. La rectification de deux, trois petites choses augmenterait à mon humble avis l’élégance et l’intérêt de sa dernière tribune consacrée aux événements de Ben Guerdane : 1 M. Guellaty semble dire ou tout du moins le lecteur non averti croit lire que Cervantès consacre son livre à la bataille de Lepante, or il narre cet événement en un peu plus d’une page sur les 1000 pages que compte Don Quichotte (chapitre XXXIX, « où le captif raconte sa vie et ses aventures », pp.443-444, éd. Seuil « Points ») 2. Le captif, en qui on pourrait reconnaître Cervantès, lors de cette bataille, a perdu l’usage de la main et non la main comme affirmé dans le texte de M. Guellaty qui ajoute parlant de Cervantès « … apprend la douleur, probablement la grandeur et l’honneur. », or l’auteur de Don Quichotte dit « …moi seul je fus malheureux, puisqu’au lieu de la couronne navale, que j’aurais pu espérer si j’avais vécu au temps des Romains, je me retrouvai, le soir de ce fameux jour, les fers aux pieds et aux mains »p.443. 3. « Les qualités chevaleresques » sont certes louées dans Don Quichotte mais ironiquement et par dérision. 4. Enfin une dernière remarque mais qui ne concerne pas Cervantès. M. Guellaty dit parlant des habitants de Ben Guerdane : « acteurs d’une civilisation, l’arabo islamique, qui ne veut pas se perdre dans les sables de l’Afrique du Nord. » : je ne crois pas que les habitants se sont levés au nom d’une civilisation, quelle qu’elle soit. Il s'agit tout simplement de patriotisme, amour et défense de la patrie. Mes amitiés à vous et toute ma considération à M. Guellaty

Jaouida Cherif Ben Hammouda - 15-03-2016 13:23

Je salue cette tribune qui est un hommage aux habitants de Ben Guerdane, dignes et sobres, après leur héroïque résistance aux terroristes qui ont essayé lâchement de faire leur sale besogne. JC Ben Hammouda

Abdessatar LAOUINI - 15-03-2016 13:58

Comment ne pas rendre a travers le commentaire de ce texte, des remerciements et l'expression de notre reconnaissance pour les glorieux ressortissants de la ville de Ben Gardenne? Gloire à vous ! A Laouini

Abdelkader Boutboullah - 15-03-2016 20:05

Très beau texte. C'est bien la moidre dès reconnaissances pour ce grand peuple de Ben Guerdane. Mohsen Balboullah

Abdallah Boutaleb Ben Said - 16-03-2016 11:14

Je ne vois pas le rapport entre Don Quichotte et Ben Guerdane, si non les qualités chevaleresques du premier, et la bravoure des seconds. Longue vie à ces citoyens courageux et dignes. A Boutaleb

Faouzi Ben Elabidinne - 16-03-2016 14:05

L'hommage à ces frères du Sud est mérité. Mais j'ai vu peu de gens se mettre à leur bureau pour le faire savoir et le répéter. Dommage nous avons besoin des uns et des autres. F Ben Elabidinne

Mohamed Ali Ben Abdalleh - 19-03-2016 03:11

La lecture de cette tribune est un moment de contentement car son court contenu, y compris la désormais inévitable introduction qui n'a semblé t-il pour objet comme un hors d'œuvre que de faire patienter le lecteur et le faire réfléchir en attendant la suite. Si Mourad fait toujours dans la pudeur et semble apprécier et nous avec lui la règle " plus c'est. court mieux c'est". MA Ben Abdallah

Ameur Ben Ali Batita - 19-03-2016 17:09

Douleur, honneur et bonheur de vivre dans ce pays qui nous offre dans des conditions difficiles la fierté de compter parmis nos concitoyens ceux de la belle ville de Ben Guerdane.Ameur Batita

Yasmine Ben Atallah - 20-03-2016 10:04

Les tribunes de MG lui ressemblent, toujours apaisées, même lorsqu'elles traitent des sujets de violence, d'injustice, de misère, sa plume est délibérément pédagogique et calmement engagée. YBA

Picard Henrietta - 20-03-2016 15:30

En tant qu'ancienne citoyenne à mi-temps et fidèle observatrice des événements en Tunisie, je tiens, avec beaucoup de tristesse, à témoigner mon admiration devant le courage de ces vaillants hommes laissant trop souvent des êtres chers et des orphelins derrière eux. Tant de vies sacrifiées inutilement à lutter contre l'irrationnel, le mépris et la haine; contre la FOLIE des hommes! Ce même homme a l'incommensurable genie inventif et créatif, architecte des plus grandes avancées dans les domaines scientifiques et technologiques MAIS n'arrivant pas à surmonter son incapacité à vivre dans l'amour et l'harmonie avec ses frères. Il ne sera JAMAIS parvenu, depuis sa création, à tirer des leçons de ses sinistres erreurs! L'homme serait-il doué que d'un cerveau mais dépourvu d'une âme ? Lorsque l'on observe ce qui se passe actuellement sur notre pauvre planète , l'on se demande vers quelle fin se dirige l'humanité ? Merci " LEADERS " de permettre à chacun d'exprimer ses angoisses et sa tristesse!

Amanallah Boustangi - 22-03-2016 04:46

Nous devons nous tunisiens prendre leçon sur ce que les gens formidables de Ben Guerdane ont fait. Le courage et l'amour de leur ville, de leur pays est un exemple et une fierte pour eux tous.

Mohamed Ali Bennaceur - 29-03-2016 20:57

C'est le moins que l'on puisse faire : honorer ce peuple de Ben Guerdane qui a donné à tous une leçon de courage, de don de soi, au service de notre pays, la Tunisie, qui nous est enviée, pour son histoire , son présent et son prometteur futur, Ben Guerdane vivra héroïque, qu'il ne faudra pas oublier. Mohamed Ali et Nebiha Bennaceur

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