News - 16.04.2015

Il y a un an, décédait Habib Boularès : Le chantre de l’identité tunisienne

Habib Boularès, chantre de l’identité tunisienne

Le 18 avril 2014, il y a un an, décédait Habib Boularès. Un homme politique resté fidèle à ses principes de jeunesse.
C’est à Sadiki, à la fin des années quarante, que j’ai connu Habib Boularès. Il était en troisième, j’étais en seconde, mais le lien associatif et le militantisme politique nous avaient réunis. On se rencontrait le vendredi, au local des ’’Anciens élèves du Collège Sadiki’’, rue Dar el-jeld, ainsi que l’après-midi, à la fin des cours, lorsque les jours s’allongeaient, pour les réunions du comité directeur de la ’’Jeunesse scolaire’’, pour les parties de ping-pong et, aussi, pour assister à des conférences littéraires, culturelles ou scientifiques, organisées par les ’’Anciens’’. Les excursions étaient également fréquentes, sous l’égide de l’association, ou celle d’une cellule du Parti active au Collège et à laquelle, tous deux, nous avions adhéré.

A l’entame des années cinquante, conférences des Anciens et activités de l’association prirent une tournure politique prononcée. Au local des Anciens, comme au siège du Parti, rue Garmattou, où on avait pris l’habitude de se rendre, on assistait à des réunions, on écoutait Behi Ladgham, Hédi Nouira, Ali Zlitni, Taïeb Méhiri, Azouz Rebaï … On y prenait aussi livraison des exemplaires du journal ’’Mission’’ qu’on vendait à la criée sur l’avenue Jules Ferry (Avenue Habib Bourguiba). La confrontation ave le régime colonial primait et on sentait tout proche le moment de la lutte finale pour la libération du pays. En 1951, vers la fin de l’année, le ciel  brusquement s’assombrit. La fameuse lettre de Robert Schuman, le 15 décembre, marqua la fin des pourparlers et signifia, pour la requête d’autonomie interne, une fin de non recevoir. J’étais alors en classe de philo et Habib était en première. Ensemble nous primes part à la manifestation qui accueillit, au port de Tunis, le retour de la délégation tunisienne ; ensemble, nous reçûmes les ’’coups de crosse’’ des GMS (Garde mobile spéciale, chargée de la répression des manifestations).

L’arrestation de Bourguiba, le 18 janvier 1952, mit le feu aux poudres et déclencha des troubles dans tout le pays. Toute autre activité cessante, notre groupe de militants se consacra à l’action politique dans les établissements secondaires. Un comité se constitua, mais il n’était plus question de se réunir, rue Dar el-jeld surveillée par la police, ni à plus forte raison rue Garmattou. Chérif Materi trouva la solution : le comité s’installa rue Bab Menara au cabinet médical laissé vacant par son père, le docteur Mahmoud Materi, en raison de sa participation au ministère Chenik. Aux Sadikiens s’adjoignirent des élèves d’Alaoui, du Lycée Carnot et du Lycée Technique ;  contact fut pris aussi avec des collégiens de Sousse, de Sfax et de Bizerte.

Une réunion clandestine dans le patio d’une maison de la rue du Pacha, la veille du 15 mars 1952, rassembla une vingtaine de militants issus des sept établissements secondaires du pays. On y mit la dernière touche à l’organisation de la grande manifestation depuis longtemps projetée. Le même jour, le 15 mars, à la même heure, huit heures, et dans les sept établissements du pays, les élèves de toutes les classes, devaient s’agglutiner dans la cour pour clamer le slogan de l’indépendance et entonner le chant de la révolution (حماة الحمى).

A Sadiki, la porte de la cour d’honneur, seul accès de l’établissement depuis le déclenchement des ’’évènements’’, s’ouvrit, comme d’habitude, à huit heures. On s’y engouffra les premiers  pour fermer les portes des cours Nord et Sud qui desservaient les salles de classe. De la bouche de tous les élèves, foule compacte dans l’étroitesse de la cour d’honneur, fusa alors le chant de la révolution. Abasourdi, affolé, le directeur s’adressa à notre petit groupe, bien en évidence : « je vais faire appel à la police ! » - « Faites ! ». De loin, réunis dans leur salle, les professeurs observaient. Habib Boularès gagna les escaliers et harangua la foule des élèves, surexcités par l’arrivée des GMS. Un officier de police s’avança et ceignit le ruban tricolore ; nous nous empressâmes de retenir des deux mains les élèves les plus exaltés et l’officier déclara seulement qu’il fallait vider les lieux. A voix basse, sur le pas de la porte nous glissâmes aux élèves de gagner la mosquée Sahib Ettaabâ, à Halfaouine, pour un autre rassemblement. La grande manifestation projetée depuis des semaines avait ainsi réussi, avait  été menée à bien, au-delà de toute espérance ! Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à comprendre comment et par quel miracle un petit groupe d’élèves du secondaire, sans aide aucune, avaient réalisé la gageure de déclencher cette manifestation mémorable, le même jour, à la même heure, dans tous les établissements secondaires du pays.

Ammar Mahjoubi

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