Un avis d’expert: Quel modèle de banque reconstruire pour l'après-crise?

2010-03-04
2328 Visites
Par Dhafer SAIDANE
Partager    voir le 1 commentaire       Imprimer 

Monsieur Obama pourra t-il limiter la taille des banques américaines?

Une chose est sûre, la mondialisation financière est contrastée. L’Amérique donneuse de leçons est en retard d’une guerre en matière de libéralisation financière ? Le propos peut surprendre et paraître paradoxal surtout si on rajoute que les effets d’annonce de Monsieur Obama du 21 janvier sont complètement décalés et économiquement irrecevables. En effet en matière de déréglementation on note un retard très clair des banques américaines par rapport aux banques européennes. Les banques américaines sont restées, jusqu’au déclenchement de la crise, cloisonnées sous l’influence des Glass-Steagall Act de 1933 une véritable «Murailles de Chine» ou «Firewall» entre les métiers bancaires - banque commerciale séparée de la banque de financement et d’investissement (BFI). Le Gramm-Leach-Bliley Act, libérant les banques et permettant une diversification salutaire n’a finalement été adopté qu’en 2000. C’était trop tard ! Le mal était déjà fait et les mauvaises habitudes déjà prises: Lehman Brothers, véritable mastodonte mono-produit, n’a pas su diversifier ses risques. Ce géant de la finance mondiale a justement été étouffé par ce vieux corset de plus de 70 ans, le fameux Glass-Steagall Act !

Conséquence, les modèles bancaires américains sont balayés par la crise par manque de diversification de leurs activités. Il y a encore quelques mois la Banque de financement et d’investissement pure (BFI) était considérée comme le modèle à suivre. Ce modèle, importé des Etats-Unis, vient d’être remis en cause par la crise…Les « Big Five US » ont en effet disparu (Merryll Lynch rachetée par Bank of America, Goldman Sachs et Morgan Stanley transformées en banque universelle (Holding), Bear Stearns rachetée par JP Morgan avec l’aide de l’Etat américain, Lehman Brothers…faillite sous la protection du chapitre 11…).

De grandes inquiétudes et une impression de vide stratégique ou de pilotage à vue

La crise a donc remis en cause certaines croyances. Beaucoup de doutes sur ce qui était unanimement admis. Le principe «Too Big to Fail» a été touché car Lehman Brothers après 158 ans d’existence n’est plus. Cette banque mono-produit pesait 640 milliards de dollars d’actifs et employait 25 000 collaborateurs.

Aujourd’hui, le marché bancaire américain demeure encore très morcelé et spécialisé. La taille moyenne des banques américaines en termes de total du bilan (1milliard euro) est encore très inférieure à la moyenne des banques européennes (5 milliards euros). Seules 22 banques américaines sur presque une constellation de 9000 ont aujourd’hui une taille (total du bilan) supérieure à 55 milliards de dollars. A titre de comparaison, BNP Paribas national fait, à elle seule, un peu moins de 2000 milliards de dollars. Plus de la moitié des banques américaines, soit 5000 environ, sont très petites - moins de 100 millions de dollars de bilan - à croire pour les banquiers américains que « Small is Beautiful ». Dans cette multitude de très petites banques, quelle taille veut donc contrôler Monsieur Obama ? Economiquement, l’argument n’est pas recevable puisque justement la crise a déjà balayer les «Big Five».

Quel avenir alors pour la Banque universelle en France et en Europe?
Que vont devenir les «One stop shop européens »? Vont-ils être démantelés et subir le sort des ex-champions US ?

La France a-t-elle des leçons à tirer de cette mésaventure ? Plus on tarde à mettre en place des "Business Model" recueillant la confiance du public plus on sombre davantage dans les effets de la crise. La reprise devient alors plus hypothétique car les entreprises auront du mal à trouver des banques capables de les accompagner. La principale leçon à retirer est que les banquiers français doivent suivre leur propre modèle celui de la «Banque universelle», un modèle diversifié, élaboré depuis plus un quart de siècle de manière pondérée et réfléchie grâce à la loi bancaire de janvier 1984. Les banques françaises n’ont pas mis leurs œufs dans le même panier. Certes, la BFI en France a souffert mais elle résiste mieux malgré tout, grâce à ce modèle. Le plus urgent aujourd’hui n’est pas tant de toucher au modèle des banques européennes que de trouver les moyens de rétablir un nouveau «contrat de confiance» entre la banque et ses clients. Si l’Amérique a un souci avec son « Business Model » de banque, ce n’est pas à l’Europe d’en faire les frais.

Par Dhafer SAIDANE
Professeur, Skema Business School - Université Lille 3

 




Partager    voir le 1 commentaire       Imprimer 
Les plus lus
les plus commentés

Les Commentaires
MD 2010-03-05 10:37:17

Pertinente analyse de M. Saidane. Le modèle d'institution financières universelles à la française a fait ses preuves du fait de son adéquation avec l'essence même du métier du banquier qu'est la gestion des flux et le financement de l'économie réelle. En antiphrase, Zola avait choisi, plus d'un siècle déjà dans son roman L'Argent, le nom de "La Banque Universelle" pour désigner un établissement de spéculation véreux, anti-modèle de ce que propose M.Saidane.

Ajouter un commentaire
Captcha Image
Note de conjoncture de la BCT : Accroissement des pressions inflationnistes 22/05/2012
Dans une note de conjoncture datée du 15 mai 2012, la Banque Centrale de Tunisie livre ci-après les ...
Téléchargez les projets d'infrastructure et de développement durable 16/05/2012
La présentation mercredi  des cent deux projets tunisiens à la recherche de financement a ...
Téléchargez les projets des Secteurs Productifs et Développement Humain 16/05/2012
Un grand nombre d’investisseurs et de bailleurs de fonds publics et privés étrangers ont pris ...
Les 50 Grands Projets suscitent l'intérêt des partenaires de la Tunisie 16/05/2012
La cinquantaine de grands projets proposés au financement des investisseurs et bailleurs de fonds ...
Téléchargez la Stratégie de Développement de la Tunisie Nouvelle 16/05/2012
La stratégie de développement de la Tunisie telle qu’elle a été ...
Mohamed Sayah: L’Acteur et le témoin 10/05/2012
Mohamed Sayah l’une des figures marquantes de la politique tunisienne depuis les années soixante  ...
Slim Chaker : Rejoint le pôle santé d’Amen Group 02/05/2012
Il rejoint le pôle santé d’Amen Group, en qualité d’administrateur chargé du ...
Ahlem Belhadj Présidente de l’ATFD : L’équité des rapports hommes-femmes changera les rapports sociaux 27/04/2012
Professeur agrégée de médecine, chef du service de pédopsychiatrie, Ahlem Belhadj, 47 ans, ...
Pr Mohamed Fourati : Pionnier de la chirurgie cardiaque tunisienne 05/04/2012
Parler de feu Si Mohamed Fourati, c’est parler du pionnier de la chirurgie cardiaque tunisienne et de ...
Mohamed Fourati: La vie d’un chirurgien... 05/04/2012
La vie d’ un chirurgien est le plus souvent marquée par les prouesses techniques réalisées ...
Mohamed Fourati, Un camarade… 05/04/2012
Le témoignage du Dr Mohamed Ben Ismaïl : Mohamed Fourati, le camarade de classe, l’ami, le ...
Et maintenant, aidons l'Europe à être postmoderne ! 07/05/2012
L'arrivée de François Hollande à la tête de l'État français à ...
On n’accepte pas les autistes dans nos écoles ! 02/05/2012
Cette phrase retentit dans mon esprit de la même façon que celle disant  «  on ...
Appel à nos gouvernants, à l'opposition et à la société civile 30/04/2012
Voilà un  citoyen tunisien sans appartenance politique, d’habitude optimiste, mais qui ne l’est ...
Réflexions sur la Révolution du Jasmin 21/05/2012
Il a fallu cinq décennies d’éducation gratuite et obligatoire autant pour les filles que pour les ...
Appel à nos gouvernants, à l'opposition et à la société civile 30/04/2012
Voilà un  citoyen tunisien sans appartenance politique, d’habitude optimiste, mais qui ne l’est ...
Lettre ouverte aux démocrates de mon pays : Chronique d'une défaite annoncée 15/05/2012
Où en est-on après plus de six mois des élections de l'assemblée nationale ...