Mohamed Ali Mrad
2010-07-07
Notre Dali est un artiste d’un genre différent. Tout comme Salvador, Mohamed Ali M’rad se passionne à transformer les toiles blanches en belles œuvres… mais dans un tout autre registre.
Ces premiers succès il les a réalisés sur les bancs des écoles, de l'école primaire de la rue d’Inde à Lafayette jusqu’aux Grandes Ecoles françaises, Polytechnique et ENSTA à Paris, en passant par le collège Sadiki et le lycée toulousain Pierre de Fermat. Un parcours qui mérite qu'on s'y attarde à part mais ce n’est pas seulement là où résident les succès de Dali.
Après un bref passage par l’ingénierie financière, il s’est rapidement converti dans le trading des dérivés de taux au Crédit Lyonnais. Un métier passionnant pour un jeune diplômé friand de sensations et de challenges stimulants. Cette expérience l’a formé au maniement des instruments financiers et l’a familiarisé aux arcanes des marchés. Naît alors sa volonté de créer. “Commencer from scratch” comme il aime bien à dire. L’occasion lui a été offerte par la branche Marché de la CDC, la Caisse des Dépôts et Consignations. Il pense la stratégie, construit l’équipe et met en place un desk pour l’activité dérivés actions qui, en peu de temps, devient le desk far de La Caisse. Evoluant crescendo, il jongle à la fois des « Fusions & Acquisitions » et de la finance de marché. Innovant dans les montages, il excelle alors dans l’art de combiner le corporate au market. Il tenait de nouveau l’histoire d’un succès. Mais une fois ce succès réalisé, il en fuit la routine. Car “[il a] continuellement besoin de faire des choses qui au niveau intellectuel [le] passionnent”.
Alors il range les pinceaux de la banque et se met aux outils de l’assurance. Happé par le leader mondial de la réassurance SCOR, on lui laisse libre court à sa création. Il y allie dès lors ses connaissances des mécanismes financiers aux besoins de la gestion du risque industriel, pour façonner des produits sur-mesure. Prémunir les acteurs de l’économie aussi bien contre un incendie qu’un aléa climatique… et surtout leurs risques inhérents. Lier une option ou une obligation à un contrat d’assurance classique : c’est l’Alternative Risk Transfer selon le jargon, créativité et gymnastique intellectuelle pour Mohamed Ali. Ces termes ambigus pour les non-initiés, il en a fait un capital de connaissances valeureux. Encore un succès, ce n’est plus une surprise.
Après 23 ans de carrière passés dans la finance et l’assurance de haut niveau, ce milieu n’a plus de secret pour lui. Il en a connu les jouissances comme les désillusions. Vient alors une maturité autre, celle qu’on acquiert quand on a peint tout le tableau. On prend de la distance et on voit plus loin.
Ainsi, comme auparavant, Dali innove. Aujourd’hui, il veut avoir son propre chevalet et réaliser des desseins selon des principes qui lui sont chers. At-takaful, cet esprit d’entraide préconisé par l’islam, est devenu un mode éthique d’assurance. Déjà bien amorcé dans certains pays comme ceux du Golf, il demeure méconnu et parfois même inexistant auprès des musulmans européens. Mohamed Ali M’rad veut donc occuper ce terrain. Imprégné de la finance islamique depuis déjà une dizaine d’années, il se focalise sur l’assurance en tant que créneau porteur. Pour lui, ce serait faire de la finance autrement.
On ne parle plus de prime de risque mais de « tabaruu » (don). Les assurés versent de l’argent dans une caisse commune qui servira à aider les éventuels sinistrés d’entre eux. Au-delà du mutualisme, c’est un partage où l’on adapte les principes islamo-éthiques aux besoins des sociétés modernes. D’ailleurs cet objectif double passe aussi par un double contrôle : celui des autorités de tutelle compétentes qui veillent au respect des lois locales et celui d’un Chariaa Board qui surveille la conformité des activités, se voulant du takaful, avec les préceptes de l’islam. Dali veut ainsi répondre à un besoin d’une communauté qui pourra de ce fait assurer ses biens ou ses personnes en concordance avec sa morale. Une communauté mais pas seulement ; une morale et non une religion. L’ouverture d’esprit de Dali lui défend de communautariser ses coreligionnaires. Le takaful n’aurait, d’ailleurs, de sens que s’il est ouvert à tous. D’autant que les valeurs portées par le takaful répondent également à une certaine philosophie aconfessionnelle, comme ne pas investir dans des actifs liés aux jeux d’argent ou à l’alcool et bannir l’usure. Dali y croit et prend l’exemple de la Malaisie où 60% des adhérents au takaful sont non musulmans.
Son nouveau bébé s’appellera Al Bakia (la durable) et fera ses premiers pas en France, pour aller vers le reste de l’Europe dans la durée. Les discussions avec les futurs investisseurs sont en phase d’être achevées et Al Bakia devra voir le jour à la mi 2011.
Entre temps, Mohamed Ali attend un autre bébé. Déjà papa de deux jeunes garçons de 5 et 16 ans, une petite fille viendra dans quelques semaines égayer son foyer. Un bon présage pour celui qui accorde une grande importance à la famille. Encore aujourd’hui, il évoque avec respect son paternel inspecteur des impôts à la retraire, dont son éducation à la probité l’a toujours lié au réel dans un milieu où l’on peut vite s’en déconnecter.
Avec Al Bakia, il tentera de ramener l’assurance à son essence. Notre Dali est peut être rêveur, mais il ne fait pas dans le surréalisme.
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