Mais où est donc passée cette "hechma", trait dominant de notre culture?

2010-02-23
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L'un des traits dominants de la mondialisation a été d'avoir accéléré le processus d'interdépendance des économies nationales au point de le rendre irréversible. Car l'interdépendance est désormais la seule voie passante pour accéder au progrès, celle qui nous ouvre des perspectives certaines de développement. Il est à cet égard, significatif que des Etats-continents comme l'Inde, la Chine ou la Russie qui auraient bien pu, compte tenu de leur population et de leur superficie, vivre en autarcie, en aient pris leur parti sans hésitation aucune, avec les résultats (spectaculaires) qu'on connaît (la Chine est devenue depuis l'année dernière le premier pays exportateur mondial).

Tout compte fait, le monde est aujourd'hui plus sûr et plus solidaire parce qu'interdépendant, où la moindre crise dans un pays peut déclencher un effet domino dans le monde entier. L'actualité récente nous en fournit des exemples significatifs. Et puis n'oublions pas que cette mondialisation est fille de la révolution numérique. Elle a aboli les distances, démocratisé le savoir, rendu caduques des idéologies qui ont endeuillé le monde pendant des années et favorisé la libre circulation des biens et des idées en attendant celle des personnes. Que des pays pâtissent de cette situation parce qu'is ne l'ont pas vu venir, cela se comprend, mais(bien)gouverner, c'est prévoir, c'est être proactif, réactif et la globalisation s'accomode mal de la mauvaise gouvernance. A noter, au passage, que la Tunisie a été l'un des premiers pays méditerranéens à anticiper cette évolution en concluant un accord de libre-échange avec l'UE dès les années 90. 

Quand la mauvaise monnaie chasse la bonne

Il reste que cette mondialisation a aussi  favorisé l'émergence d'une culture commune à la planète entière, non pas uniquement au sens de connaissances mais aussi de mode de vie, c'est à dire d'habitudes vestimentaires (la casquette, le blouson, le "jean" et les "baskets" composant désormais l'uniforme de tous les jeunes de la planète), culinaires (le fast food et notamment le hamburger) et de comportements. Mais il faut prendre garde de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain: tirons profit des aspects positifs de cette culture, en faisant, notamment, bon usage de l'internet tout en rejetant ses côtés négatifs, en évitant par exemple de se ruer, sans discernement, sur tout ce qui vient de l'étranger au risque de perdre, nos valeurs, nos traditions, nos repères et, en fin de compte notre âme.

Cette culture se décline aussi sous forme d'émissions de téléréalité, de plus en audacieuses, de plus en plus vulgaires, de divertissement comme les feuilletons, les jeux, les variétés. La mode nous est parvenue des Etats Unis, via l'Europe, investissant nos chaînes et reléguant les émissions de qualité, telle une mauvaise monnaie qui finit toujours par chasser la bonne, à des heures impossibles.

Il m'est arrivé de suivre, par curiosité, quelques émissions de téléréalité, comme la première version de "loft story", sur M6 et "il n' y a que la vérité qui compte" sur TF1 montrant toujours des hommes et des femmes des hommes confrontés à des difficultés avec dans le cas de "Loft Story" des allusions sexuelles. Et à chaque fois, je me disais que jamais, nos stations de télévision n'accepteraient de passer de telles inepties et quand bien même elles s'y décideraient, elles  ne trouveraient personne pour venir sur le plateau étaler sa vie privée et encore moins des téléspectateurs pour les regarder. C'était mal connaître "l'esprit d'ouverture" du Tunisien. Car ce qu'on voit sur nos chaînes, aujourd'hui, est tout simplement ahurissant. Des citoyens ordinaires évoquant parfois dans un langage cru leurs problèmes conjugaux ou venant demander la main d'une amie en prenant à témoin "10 millions de Tunisiens".

La palme revient sans doute à cette dame venue demander la main de son compagnon avec lequel elle vivait en concubinage depuis plusieurs années. Et j'en passe et des meilleures. Je me mets, parfois à la place des invités et je ne peux m'empêcher de penser à ce que sera leur vie après après avoir dévoilé leur jardin secret à l'émission. Comment réagiront leurs voisins, leur entourage, comment feront-ils face à leurs quolibets? Et puis où est donc passée cette pudeur, "El hechma", cette compassion qui sont les traits dominants de notre culture? Pourquoi profiter de la détresse humaine pour l'offrir en pâture à notre curiosité malsaine? L'acculturation qu'on a subie durant des années, en nous faisant adopter des valeurs qui ne sont pas les nôtres, a-t-elle fini par nous faire sombrer dans le voyeurisme et le sadisme?

Certes, des liens ont pu être renoués, des problèmes conjugaux réglés, des familles réunies grâce à ce genre d'émission. Mais à quel prix?
                                                                                                                                                                                                                                                        

Hedi
 

 




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Hassen 2010-03-26 10:21:04

Bravo au rédacteur de cet article. On se réjouit aussi bien de constater une telle réaction à l'égard de la dévulgation et du dévoilement des intimités individuelles et on se réjouit à la fois du développement de la culture de communication qui nous permet -ici- de dénoncer cette pratique. On se réjouit également de la culture de démocracie instaurée notamment au sein de nos institutions culturelles. Et c'est en usant de cette démocratie que nous attirons l'attention des producteurs de ces émissions, notamment le vétéran Monsieur Sami El-Fehri, et les prions de refléchir un peu plus sur le produit à présenter à un public Tunisien digne de la préservation de ses valeurs.

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