Les "Mardis de l'Atuge": "L'après-crise"

2010-01-29
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Initié par Mohamed Hadiji, et modéré par Sami Zaoui, respectivement responsable du club Finance et président de l'ATUGE, le déjeuner-débat du 26 janvier portait sur le thème "L'après crise?". Il aurait tout aussi bien s'intituler: "La crise, et après?" tant le débat a reflété les incertitudes des uns ou le scepticisme des autres. Autour des membres de l'Association des Tunisiens des Grandes Ecoles (ATUGE) et de leurs invités étaient réunis le Pr Chédly Ayari, ancien ministre de l'Economie entre autres et M. Ezzeddine Saïdane, conseiller financier dont les interventions portaient sur les effets de la crise et les esquisses de relance.

En ce début d'année 2010, il ne se passe pas un jour sans que les médias internationaux ne consacrent leurs meilleures pages à la crise. Des scénarios les plus catastrophistes aux déclarations les plus confiantes, tout semble avoir été envisagé. "Matière dense et surtout mouvante" comme les qualifiait Chédly Ayari, les marchés économiques ne permettent pas de faire de prévisions fiables. Plaignant ceux qui sont appelés à conseiller les investisseurs, il a relevé par ailleurs que l'économiste est "la seule profession où on peut être déclaré expert sans avoir eu raison une seule fois". D'emblée le ton était donné. La langue de bois était bannie du débat tout autant que les leçons, il s'agissait avant tout de passer en revue les scénarios possibles et d'explorer des pistes.

Prenant donc le premier la parole, le Pr Chédly Ayari est resté très prudent même s'il constatait que la récession diminuait en intensité et qu'on avait probablement atteint le point le plus bas. Citant quelque chiffres, il relevait que les prévisions de croissance étaient de nouveau positives pour 2010 avec une nette disparité entre des pays comme les Etats-Unis (2,8%) ou le Japon (+1,7%) et des pays émergents comme la Chine et l'Inde (autour de 6%). Mais ces chiffres ne disent rien de la géométrie de cette probable reprise. Aurons-nous affaire à des profils en "L" (croissance récessive), à des profils en "double dip" (double creux) impliquant une rechute après une stagnation ou a des reprises en "U" (croissance moyenne) avec des variantes, la barre du U remontant de manière évasée (croissance molle) ou encore, ce qui serait le plus souhaitable, à des profils en "V", impliquant une reprise rapide et forte ? Dans les pays avancés, c'est le profil en forme de cloche, celui de la croissance molle, qui semble se dessiner. Ces pays, en effet, ont bénéficié du soutien massif des gouvernements et des banques centrales mais ces injections qu'on estime à 5 trillions de dollars ne risquent-elles pas seulement de mettre ces économies sous respiration artificielle ? Il ne s'agit pas d'insuffler une relance, encore faut-il qu'elle soit soutenable.

Comment ces économies pourront-elles se passer de ces "hormones de croissance" et comment le secteur privé pourra-t-il appuyer la relance? En conclusion, le Pr Chédly Ayari a estimé qu'il fallait rester prudent d'autant que les "exit strategies" envisagées prévoient effectivement un retrait de l'aide publique, indiquant que la relance serait manifeste si les entreprises répondaient à certaines conditions dont la création d'emplois et l'ouverture sur le monde.

Pas de reprise sans reprise de l'investissement

Ancien banquier reconverti dans le conseil financier, Ezzeddine Saïdane a abordé son intervention en pratiquant lui aussi l'auto-dérision: "Quand on ne sert plus à rien, on devient consultant !" avant de dresser aussi un tableau plutôt sombre de la situation actuelle. Relevant que les bourses semblaient reprendre et parfois à une cadence effrénée, il a noté cependant que le taux de chômage avait dépassé les 10% aux Etats-Unis et que le pays avait connu un record historique en matière de surendettement et d'impayés des ménages. Faisant écho aux propos de Chédly Ayari, il pense qu'une reprise en V n'est pas envisageable, cette crise étant qualifiée de "parfaite" puisqu'elle touche tous les secteurs de l'économie et que la déconnexion entre la sphère financière et la sphère réelle n'est pas résolue. L'aide publique quant à elle est exangue et le système bancaire fragile puisque ses fonds propres restent insuffisants.

Si la situation semble moins alarmiste en Tunisie, c'est avant tout grâce à la non convertibilité du dinar, les banques tunisiennes n'ayant pu acquérir d'actifs toxiques. Mais les chiffres, considérés en devises, sont là pour rappeler que nous ne sommes pas à l'abri. Le tourisme connaît des heures noires, les transferts en provenance des tunisiens de l'étranger ont notablement diminué ainsi que les investissements étrangers qui ont connu une baisse de 34% en 2009. La reprise, en ce qui nous concerne est étroitement liée à la reprise en Europe mais aussi à la reprise de l'investissement intérieur.

S'il faut donc encourager les investissements étrangers, Ezzeddine Saïdane estime que les banques ne doivent pas faire de rétentions de crédits en ce qui concerne les entreprises tunisiennes précisant en outre, qu'il ne fallait surtout pas tolérer une baisse de qualité en matière de ressources humaines.

Les atouts de la Tunisie

Le débat qui a suivi a été particulièrement riche et animé. Les participants sont d'abord revenus sur la crise internationale en elle-même comme Walid Kalboussi, notamment, qui pensait que la crise était encore à venir, arguant de la menace que fait peser le défaut de dette souveraine de certains Etats (Grèce). Et, pour répondre au souhait émis par Hassen Zargouni de profiter de ce débat pour esquisser des solutions, des pistes ont été lancées en ce qui concerne la Tunisie. Certains sont convaincus que l'avenir se trouve en Afrique, tel Mohamed Ali Mankaï qui a déploré la fermeture des dernières banques tunisiennes sur le continent. Ezzeddine Saïdane est revenu sur les orientations des banques en Tunisie même. Au niveau des ménages, il faut se défier, en effet, des crédits à la consommation lorsqu'ils se font au détriment d'une base d'épargne génératrice de fonds propres et au niveau des entreprises, les encourager à appuyer les secteurs d'avenir, la green economy et les nouvelles technologies. Et pour ce dernier secteur, M. Saïdane ajoutait que l'investissement devrait faire l'objet d'un schéma directeur national permettant une cohérence et un impact optimal pour éviter les déboires rencontrés dans la mise en place de la e-administration. Maher Kallel, quant à lui, a évoqué la nécessité de revoir le code des investissements, soulignant que les entreprises devraient y être associées.

Le mot de la fin est revenu au Pr. Chédly Ayari, estimant que la Tunisie devait rester dans un système d'export parce qu'elle avait trop investi en ce sens et que le marché intérieur était trop restreint. Ajoutant en outre que le partenaire du premier cercle restait l'Europe, même s'il ne fallait pas négliger le développement horizontal, il a relevé les atouts de notre petit pays dont l'homogénéïté sociale est un gage de dynamisme et encouragé les porteurs de projets "pas de complexe, small is beautiful, en économie aussi !".




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