Karima Ladjimi: comment la course aux oscars a tourné à l'avantage de "Demineurs"
2010-03-08
Karima Ladjimi en est toute remuée. Cette consécration de "Demineurs", film à petit budget contre "le titanesque Avatar", cela lui rappelle l'histoire du pot de fer contre le pot de terre. 300 millions de dollars contre 11 millions. Le combat était par trop inégal. Pourtant, contre toute attente, c'est "Demineurs" qui est plébiscité par la profession. Cette consécration avait été précédée par une longue tournée des festivals avec des débuts poussifs à la Mostra de Venise en 2008 où le film n'avait pas eu de prix mais avait eu droit à dix minutes d'ovations. La confrontation entre "Demineurs et "Avatar" tournera d'abord à l'avantage de ce dernier avec une victoire aux Golden Globes. Mais ce n'était que partie remise. Le 7 mars 2010 à la cérémonie des oscars, "Demineurs prendra sa revanche. Et de quelle manière! En remportant sept oscars, et notamment les deux statuettes les plus prestigieuses, celles du meilleur film et de la meilleure réalisatrice pour Kathryn Bigelow. L'ex mari de celle-ci James Cameron, réalisateur de "Avatar", repartira, tout penaud, avec seulement trois oscars.
Notre compatriote, Karima Ladjimi qui, en tant que directrice de la production, a contribué au succès du film, revient, pour Leaders, sur les temps forts de "cette belle aventure humaine" qui avait commencé il y a deux ans sur les lieux de tournage dans le désert de Jordanie:
"J'ai été catapultée sur Demineurs" à trois semaines du tournage car le directeur de production précédent avait été démis de ses fonctions. La préparation avait déjà commencé et nous devions tourner la première semaine au Koweït sur une base américaine. Ceci fut refusé en milieu de semaine juste un jour avant le tournage. Une vraie bombe! Car une grande partie des armes, costumes, accessoires, etc. étaient en route vers le Koweït. Heureusement, notre matériel caméra devait voyager en bagage accompagné et n’était pas parti. Tout le plan de travail avait changé. Il fallait donc en quelques jours se précipiter pour terminer un des décors en Jordanie. C’était la panique générale. Mais tous les membres de l’équipe, dans tous les départements, ont fait des efforts phénoménaux pour surmonter cette crise. Nous en avons eu d’autres au courant du tournage mais ce début nous avais bien rodé à les surmonter. L’équipe était formée de techniciens venant de dix neuf nations différentes et la vaste majorité des figurants des réfugiés irakiens.
Des débuts difficiles
"Une production difficile car les besoins étaient lourds: armes, véhicules militaires, explosifs. Tout ça dans un pays hautement sécurisé compte tenu de sa situation géographique. Un tournage de huit semaines en plein été et pleine chaleur. Nous devions commencer le tournage au Koweït pendant une semaine sur une base militaire américaine mais ça a été annulé à la dernière minute. Tant mieux, car j’ai du mal à imaginer un tournage à 50 degrés à l’ombre ! Aménagement spécial de camions pour caméras, costumes, accessoires et surtout maquillage. 44 jours de tournage. Trois caméras en permanence donc trois équipes de caméras. La cinquième semaine, une deuxième équipe a été rajoutée au tournage et est restée jusqu’à la fin en tant que quatrième caméra.
Pour les scènes d’explosion, six caméras, dont une spécialisée à grande vitesse pour les images au ralenti – venue du Liban. Le matériel caméra ainsi que la pellicule provenaient de Londres. Le matériel électrique et la machinerie, de Beyrouth. La majorité des costumes et une grande partie des accessoires importées des Etats-Unis. Le montage se faisait sur place avec le matériel venu aussi d’Angleterre. Les rushes envoyés à Londres comme bagages accompagnés trois fois par semaine avec un jeune londonien qui passait ses jours entre les avions, l’hôtel, le bureau de production et le labo. Les films étaient développés, transférés sur numérique et renvoyés en Jordanie par « streaming » pendant la nuit pour que nous puissions avoir les images le plus tôt possible. Vers la fin du tournage, le comédien principal, Jeremy Renner, également nominé aux Oscars, tombe et se fait une entorse à la cheville. Comme il faisait partie de toutes les scènes qui restaient et qu’il lui fallait une semaine de repos avant de pouvoir reprendre les scènes d’action, nous avons dû procéder à un arrêt de tournage pendant tout ce temps-là.
Assurance oblige, tout le monde était payé et pratiquement toute l’équipe en a profité pour aller visiter les pays voisins. Vacances rémunérées!
"Par contre, ce retard nous a amenés à terminer le tournage pendant le mois du Ramadan, chose que nous voulions éviter pour que les techniciens qui jeûnaient ne soient pas trop fatigués car le tournage était difficile physiquement pour la plupart d’entre eux. Finalement, cela s’est bien passé. Nous avions deux «pauses déjeuner»; une, pendant la journée pour les étrangers et une, en fin de journée pour la rupture du jeûne. Enfin, fin septembre, c'est la fin du tournage…
La bataille des "ex" commence par une victoire d'Avatar
"Le film commence à faire le circuit des festivals en 2008 à Venise sans grand triomphe à part une ovation qui dure 10 minutes et quelques prix. Le film sort en salles aux Etats-Unis en juin 2009 avec un succès au box office minime. Mais depuis le film accumule des prix un peu partout. Mais aux Golden Globes, c’est AVATAR de James Cameron qui domine la soirée et remporte les prix. La bataille des (ex époux, Cameron et Bigelow) commence. Le 24 janvier, DEMINEURS revient à la charge et obtient le prix du meilleur film remit par le PGA – Producers Guild of America – le syndicat des producteurs américains. Le 30 janvier, Kathryn Bigelow reçoit le prix de la meilleure réalisatrice de l'année, remis lors de la 62ème cérémonie des DGA Awards, organisée par le syndicat américain des réalisateurs.
"Première femme de l'histoire à recevoir cette distinction, Kathryn Bigelow se place ainsi comme une grande favorite à l'Oscar du Meilleur Réalisateur, le lauréat du DGA Award ayant remporté la statuette 55 fois sur 61. Ensuite les BAFTAS - l’équivalent anglais des César. Sur 8 nominations, il en remportera 6. Encore une fois, DEMINEURS, le «petit» film de 11 million de dollars bat son concurrent AVATAR qui aurait coûté dans les 300 million de dollars. Le même jour, il reçoit un autre prix de distinction du WGA – Writers Guild of America – le syndicat des scénaristes américains. Le film poursuit sa bataille dans la course aux Oscars avec 9 nominations égalant le nombre de nominations du «titan» AVATAR. On connait la suite.
Je me joins à toute l’équipe multinationale pour féliciter les lauréats des Oscars 2010. Par la même occasion, je dis bravo à tous pour le travail formidable qu’ils ont accompli et je remercie chacun pour leur contribution à ce film".
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