Gisèle Halimi, la Tunisienne qui refuse la résignation
2009-03-09
Dans la voiture qui la mène d’Hammamet à Nabeul, savourer un bon poisson grillé, Me Gisèle Halimi, 81 ans et toujours pimpante, inlassable porte-parole de la cause des femmes, se repasse toute son enfance en Tunisie. Toute la journée de cet été magnifique, elle n’a cessé d’écrire, de sculpter, de raboter et de ciseler son manuscrit. Son dernier ouvrage, « Ne vous résignez jamais » qu’elle a présenté dimanche 8 mars 2009 à la Télé sur La 5, invitée de Serge Moati dans Ripostes, en ce jour international de la femme, c’est en Tunisie qu’elle l’a porté. La petite fille de La Goulette, n’a rien oublié de la construction de son engagement pour la féminité, pour le féminisme. En transmission, c’est à sa petite fille, de 16 ans et demi, qu’elle a voulu écrire un texte qui l’accompagne, pour restituer les fondamentaux de son comba. Un combat pour l’avortement, contre le viol, la violence et en faveur de la parité hommes/femmes dans tous les domaines.
Avocate dès 1949 au barreau de Tunis, puis celui de Paris (1956), elle a été de tous les combats. Pour la décolonisation, elle a défendu syndicalistes, dirigeants du néo-destour puis ceux du FLN. Et en faveur des femmes, aux cotés de Simone de Beauvoir avec qui elle a fondé Choisir, témoigné des horreurs au Vietnam devant le Tribunal Russel sur les crimes de guerre. Elue députée, puis désignée ambassadrice de France auprès de l’Unesco, sous Mitterrand, elle a toujours cultivé ce même idéal du droit au respect, à l’indignation, à la non soumission et à la parité.
Ce soir-la, au patio du BonKif de Nabeul, Gisèle, fatiguée par tant de concentration sur son manuscrit, est heureuse de pouvoir boucler l’ouvrage, après 15 mois, le portant partout avec elle. Comme elle le mentionnera dans le dernier chapitre, jusqu'à « En Tunisie, en vacances dans ma terre natale, pour mesurer, à l’écume des vagues et au gout des poissons grillés, la force des racines en même temps que leur mise a distance pour ma vie.»
De nouveau à l’écran, ce lundi 9 mars, invitée du JT de France2 a 13H, Gisèle Halimi replonge dans ses racines nourricieres. De son vrai nom Zeiza Gisèle Élise Taïeb, elle n’était pas célébrée, comme toutes les filles, à sa naissance, le 27 juillet 1927 à La Goulette, dans une modeste famille de 4 enfants dont deux frères qu’elle devait servir, selon la tradition. Son premier combat se déclencha d’ailleurs à 10 ans contre cette pratique. Puis à 18 ans, alors étudiante à Paris, et confrontée à l’avortement. Cette cause fondatrice du droit au corps la mobilisera pour militer en faveur de la libre conception si fortement réclamée à travers le manifeste des 343 et le procès de Bobigny qu’elle organise en 1972.
A l’instinct maternel dont elle balaie l’existence, Gisèle Halimi reconnait plutôt l’amour maternel, quitte à ce qu’il soit préférentiel, discriminatoire, comme elle l’a subi de sa mère Frtina. Elle l’a bien raconté, d’ailleurs, dans le livre qu’elle lui a dédié et titré de son prénom. Toute sa vie, elle aurait tant espéré avoir une fille, pour partager avec elle beaucoup de complicité. Mais elle n’a eu que trois garçons, Jean-Yves Halimi, avocat, Serge Halimi, journaliste au Monde diplomatique et Emmanuel Faux, journaliste à Europe 1. Mais la voila comblée par sa petite fille. Interrogée un jour par une jeune femme qui l’a interpellée : « Mais vous, personnellement, comment êtes-vous devenue féministe ? », Gisèle a promis de lui écrire, et voila ce récit qui s’adresse à toutes les femmes, à commencer par sa petite fille.
L’ouvrage est, comme tous les livres de Gisèle Halimi, bien pensé, bien écrit, soigneusement documenté. Il nous révèle nombre de facettes cachées de Simone de Beauvoir (avec au détour quelques scènes inédites avec Jean-Paul Sartre). Gisèle et Simone, venues d’horizons différents se sont retrouvées unies par les mêmes cheminements, autour des causes communes. Humble, déterminée, bucheuse, Gisèle sacrifie cabinet, affaires et famille, pour ses convictions militantes. On découvre aussi son activisme altermondialiste, et toute son énergie pour refuser la résignation. C’est un message de courage qu’elle nous livre, une fois de plus.
Juste pour mieux comprendre l’ampleur de son inlassable engagement militant, faudrait-il rappeler que, du fond de sa prison israélienne, le dirigeant palestinien Marouane Barghouti lui a demandé de faire partie de ses avocats. Un hommage et une grande confiance. Sacrée Gisèle, fille de Tunisie.
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Ne vous résignez jamais,
de Gisèle Halimi, Éditions Plon, 2009. 246 pages, 20,90 euros.
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