Dr Bouraoui Kotti ou l’art d’avancer en osant l’impossible
2010-06-29
Cette année, un nouveau drapeau flottera à San Francisco lors du 20ème congrès de l’ISAPS (International Society of Aesthetic Plastic Surgery) , Société savante qui regroupe plus de 1800 spécialistes de la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique représentant plus de 80 pays dont la Tunisie. Cette distinction, nous la devons au Dr Bouraoui KOTTI, nouveau secrétaire national de cette Société pour la Tunisie.
C’est dans son petit bureau de l’Institut Salah Azaïez que le jeune chirurgien nous reçoit au milieu de ses nombreuses distinctions et diplômes accrochés au mur. Né en 1977 à Sousse, ce Sfaxien d’origine aura souvent été accompagné par le préfixe 1er dans son parcours. Major de sa promotion de chirurgie plastique en 2002/2003, il bénéficie à ce titre d’une Bourse d’Etat pour poursuivre ses études et sa formation pratique en se sous-spécialisant dans la chirurgie réparatrice faciale après exérèse carcinologique à l’Université Sophia Antipolis à Nice, une sous spécialité qui n’a pas encore gagné ses lettres de noblesse en Tunisie. Une filière lourde aussi qui fait appel à la micro-chirurgie et exige plus de polyvalence et de technicité que la chirurgie esthétique, plus superficielle.
En côtoyant ce monde très particulier de la chirurgie plastique, où les enjeux économiques sont très importants, Bouraoui découvre que le diplôme seul ne suffit. Il faut également obtenir une certification, une sorte de label de qualité qui permet une reconnaissance de ses compétences à l’échelle internationale. Mais avec un diplôme de médecine tunisien, l’accès à ce fameux sésame est impossible. Qu’à cela ne tienne. Bouraoui entame, parallèlement à ses études de spécialité à Nice, le cursus du Collège de France qui est conçu pour être réalisé sur deux années avec des cours dans différentes villes françaises.
Bouraoui le réalisera en une année pour pouvoir se présenter le plus tôt possible devant le bureau exécutif du board européen. C’est alors qu’il peut finalement passer la certification board, un examen à l’échelle européenne qui se déroule, cette année là (2008) sur deux villes, Madrid et Madère. La plupart des candidats auront suivi une formation préparatrice. Mais comme elle coûte quelques milliers d’euros, le jeune chirurgien plasticien fera l’impasse, passera directement les épreuves et réussira avec brio devenant ainsi le premier docteur en médecine, arabe et africain à être certifié par l’EBOPRAS (European Board of Plastic Reconstructive and Aesthetic Surgery ).
Son rêve: ouvrir le 1er poste de chirurgie réparatrice à l’Institut Salah Azaiez
Avec une formation pareille, le Docteur Kotti se voit offrir plusieurs opportunités en Suisse et dans les pays du Golfe. Mais les objectifs matériels attendront parce que le jeune chirurgien a encore un rêve à réaliser, celui d’ouvrir le premier poste de chirurgie réparatrice à l’Institut Salah Azaïez, spécialisé dans la lutte contre le cancer. Depuis sa création il y a plus de 40 ans, l’Institut n’a pas encore officiellement intégré la fonction de reconstitution d’organes dans ses services. Pourtant, plusieurs techniques réparatrices existent, notamment lorsqu’il y a ablation de sein suite à un cancer. « Ces femmes-là le méritent », dira Dr Kotti.
C’est alors que l’on frappe timidement à la porte de son bureau. Une jeune femme entre, gênée. « Ma sœur a eu une opération il y a deux jours, on lui a enlevé un sein, raconte-t-elle. On m’a dit que vous pouviez faire quelque chose, Docteur. Vous savez, elle est jeune, elle est fiancée. Pouvez-vous lui parler ? Dès qu’elle a entendu qu’il y avait la possibilité de redevenir normale, son moral est remonté ». Le chirurgien se double alors d’un psychologue, rassurant, faisant naître l’espoir d’une vie, presque normale. « En redonnant des organes, avec une fonctionnalité retrouvée et une esthétique assurée, nous redonnons le sourire, nous dira Dr Kotti. En reconstituant le corps, nous reconstituons le psyché».
Depuis une année qu’il est là, le jeune chirurgien est de plus en plus sollicité par les équipes de médecins de l’Institut Salah Azaïez et par les patients eux-mêmes. L’information circule que l’on peut retrouver la fonctionnalité et l’esthétique de ses organes, même après leur ablation et que cette opération peut être effectuée sur place, dans l’intérêt du patient. Intégrer cette préoccupation, qui peut sembler de l’ordre du confort et de l’accessoire, dans un lieu où l’on parle survie du malade, n’aura pas été facile. Il faut aussi se battre contre certaines mentalités qui refusent l’idée de reconstitution car, disent-ils, il faut accepter ce qui nous arrive. Cette réflexion nous rappelle que la chirurgie plastique est à la croisée du divin, de l’art et de la science. Pas étonnant d’apprendre alors qu’en fait, Bouraoui avait voulu suivre un cursus universitaire en Beaux-arts après son Baccalauréat. «Mais je n’étais pas encore un rebelle, dit-il en souriant. J’ai suivi le conseil de mes parents et j’ai fait médecine où je me suis beaucoup ennuyé jusqu’à ce que je découvre la chirurgie…».
L’aventure ne fait que commencer pour le jeune chirurgien surtout si l’on sait que sa devise dans la vie est cette citation de Sénèque: «Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas mais c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile».
Anissa BEN HASSINE
- La société Internationale de la Chirurgie Plastique et Esthétique.
- Board Européen de Chirurgie Plastique, reconstructrice et Esthétique.
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