C'est une honte !

2012-05-14
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Par Mohamed Ridha BOUGUERRA

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Je ne suis pas juriste et les arcanes du droit me sont impénétrables, mais je suis outré par le verdict qui vient de tomber, ce jeudi 10 mai 2012, dans l’affaire de la profanation du drapeau national, début mars dernier, à la Faculté des Lettres de la Manouba ! Je n’ai pas connaissance des attendus du jugement, mais je suis indigné par le laxisme, voire la mansuétude dont on a fait bénéficier le coupable qui n’écope pour son indigne forfait que de six mois de prison… avec sursis ! Il faut reconnaître qu’il y a, certains jours, en ce moment surtout, de quoi se sentir étouffé par la colère ! Ce jugement sera, sans doute, ressenti par beaucoup de Tunisiens comme une humiliation supplémentaire après celle de la profanation de l’emblème national ! Le citoyen ordinaire jaloux de l’honneur de sa patrie s’écriera légitimement en apprenant cette triste nouvelle : « Quoi ? Rien que six mois et avec sursis en plus pour un crime pareil ! Cela est une honte inqualifiable ! » On ne manquera pas sans doute encore de se rappeler les verdicts prononcés dans d’autres affaires qui ont défrayé la chronique récemment. L’affaire du journal Ettounsia et celle de Nessma en particulier. Faudrait-il rappeler ici que le directeur de Nessma TV a été condamné à une amende de plus de deux mille dinars pour avoir diffusé un film qui avait déjà reçu son visa d’exploitation du Ministère des Affaires culturelles et avait connu une programmation dans les salles de cinéma un an au moins auparavant ? Faudrait-il rappeler que certains parmi ceux qui avaient tenté de mettre le feu au domicile du directeur de cette chaîne privée ne s’étaient vu infliger qu’une modique amende de neuf dinars et des poussières seulement ? Faudrait-il rappeler que le cadre du Ministère des affaires religieuses qui a appelé au meurtre de Béji Caïd Essebsi n’a pas encore été jugé. Mieux encore, il a eu le front de porter plainte  contre l’ancien Premier Ministre qui l’a traité d’un nom d’oiseau au cours d’une émission télévisée ! On pourrait encore évoquer, pour mémoire, les agresseurs de Zied Krichen et de Hamadi Rdissi qui courent toujours. Comme courent toujours ceux qui ont molesté Jawhar Ben Mbarek et ses accompagnateurs à Souk Lahad le dimanche 15 avril. Ou ceux qui ont empêché Youssef Essedik de donner une conférence à Kélibia le même jour et, dans la foulée, ont profané eux aussi notre drapeau. Ainsi va, hélas, le cours de la justice post révolutionnaire…

Révolution, avez-vous dit ? De quelle révolution s’agit-il, au fait ? Est-ce vraiment la Révolution du 14 janvier 2011 qui a décidé, par exemple, de rétablir les cours à la vénérable mosquée de la Zeitouna à l’intention d’élèves d’âge scolaire et de délivrer de nouveau des diplômes qualifiants ? De renouer donc avec une vieille tradition qui remonte au début du siècle dernier, passant ainsi pour pertes et profits tous les efforts prodigués depuis plus de cinquante ans par l’État né de l’Indépendance pour un enseignement moderne. Cela s’appelle-t-il avancer sur la voie du progrès et du savoir ou bien reculer ? Y a-t-il vraiment une fatalité qui pèse sur le monde arabo-musulman qui le condamne à ne pas sortir du Moyen âge, à ne pas prendre le train des avancées technologiques et à demeurer ainsi simple consommateur des produits dus aux découvertes de la science occidentale ? Ainsi va, hélas, le savoir dans un pays dont la jeunesse s’est soulevée pour plus de liberté, de dignité et de prospérité…
 
Est-ce encore la Révolution du 14 janvier 2011 qui, autre exemple, est en train de mettre, dans plusieurs régions, la jeunesse de ce pays hors de ses gonds ? De la pousser à la désobéissance civile ? De lui faire commettre des actes irresponsables et répréhensibles ? De mettre à mal le prestige de l’État ? Les promesses faramineuses faites à tous ces jeunes désœuvrés durant la dernière campagne électorale ne sont-elles pas plutôt pour quelque chose dans cette situation quasi insurrectionnelle que vivent les habitants dans certaines localités et villes de l’intérieur ? Que font nos nouveaux gouvernants pour honorer leurs promesses ? Que comptent-ils faire dans l’immédiat pour éteindre le feu qui est en train d’embraser le pays, au sens propre souvent ? L’attentisme n’a que trop duré et ne peut valoir une politique efficace. Il n’est que le signe d’une totale absence de politique. D’incompétence aussi à gérer les affaires du pays ! Ainsi va, hélas, l’exécutif d’un pays post révolutionnaire…

Est-ce encore la Révolution du 14 janvier 2011 qui, dernier exemple, est en train de nous donner cet indigne spectacle à rebondissements qui a pour cadre le palais du Bardo ? Ces représentants du peuple qui suspendent les travaux de l’Assemblée Nationale Constituante et s’accordent un congé payé aux frais du peuple qui trime, et cela juste pour se précipiter à la rencontre d’un prédicateur égyptien, sont-ils véritablement les dignes fils et filles de la Révolution du 14 janvier ? Ces réunions que les élus d’Ennahdha organisent avec le Secrétaire d’État aux Finances, lors de l’examen et de la discussion de la Loi de finances complémentaires, en excluant les autres représentants de la Nation sont-elles conformes à l’esprit de justice et de démocratie qui a animé les acteurs du 14 janvier 2011 ? Ces tricheries avérées au vote ainsi que ces amendements illégaux proposés puis retirés sous la pression des protestations de l’opposition honorent-ils ceux qui ont été portés au pouvoir grâce aux sacrifices des martyrs de la Révolution ? Ainsi va, hélas, la transition démocratique à la tunisienne !

Il y a fort à craindre que ni la justice, ni l’exécutif, ni le législatif actuels ne servent réellement l’ambitieux programme sur lequel la Révolution a débouché, à savoir celui d’une Tunisie ouverte, moderne, juste, tolérante, égalitaire et démocratique !

Mohamed Ridha BOUGUERRA


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