Béchir Torki
2009-08-14
Un grand homme de science tunisien vient de nous quitter, Béchir Torki. Considéré comme l'un des pionniers de la physique dans notre pays, il était né à Mahdia le 21 mars 1931. Après des études secondaires au collège Sadiki, il débarque en France où il décroche son dipôme d'ingénieur en 1956 et soutient avec succès, en 1959, sa thèse de doctorat en physique nucléaire. De retour en Tunisie, il intègre le Haut-Commissariat à l'énergie Atomique, nouvellement créé et qui avait été confié à un grand savant, Mhammed Ali Annabi auquel il succèdera après la disparition de ce dernier. En parallèle, il menait une carrière d'enseignant à la jeune université de Tunis dont il était, d'ailleurs, l'un des fondateurs.
Dans un article publié dans la revue " L'Expression " ( numéro daté du 5 au 11 septembre ), son homonyme et condisciple à Sadiki, Béchir Turki rappelle que le disparu " avait mis au point dans les années 60 un projet de centrale nucléaire de première génération qui devait avoir une double finalité : fournir 75 megawatts de puissance électrique par an et fournir 15.000 m3 d'eau douce à partir de l'eau de mer. Ce projet était évalué à 15 millions de dinars de l'époque soit cinq millions de moins que le budget du ministère de la défense nationale ".
L'URSS s'était proposée de financer le projet. Mais Bourguiba refusa à la fois par méfiance envers les communistes et pour ne pas mécontenter les Américains. Le projet fut enterré et le Haut-Commissariat supprimé. Mais, selon M. Béchir Turki les Soviétiques se seraient inspirés plus tard du projet pour transformer, des kilomètres carrés de terres désertiques en jardins et vergers. Le défunt se consacrera, désormais, à l'enseignement notamment à la faculté des sciences et la faculté de médecine de Tunis avant d'émigrer sous d'autres cieux.
Il rentrera en Tunisie au milieu des années 80 partageant son temps entre l'écriture et la participation aux séminaires scientifiques. Pour les besoins d'une enquête journalistique, je lui avais rendu visite, il y a un quinzaine d'années, à son domicile de Cité-jardins, au Belvédère. J'en garde le souvenir d'un homme affable, soucieux de communiquer ses connaissances aux jeunes mais qui cachait mal une certaine amertume du fait que ses capacités n'étaient pas été suffisamment exploitées. Mais peut-être est-ce le lot de tous les visionnaires (1).
(1) L'auteur de l'article suivant, Béchir Turki, est l’homonyme et l’ami de Béchir Torki physicien et savant tunisien:
Pour l’histoire, il est bon de rappeler que déjà, dans les années 60, un savant tunisien, mon homonyme et ami – et aussi mon condisciple de Sadiki –, le professeur Béchir Torki, ci-devant directeur du Centre de recherches nucléaires de Tunis-Carthage, sis dans les locaux de l’Aviation militaire d’EI-Aouina, avait mis au point le projet de doter le sud tunisien d’une centrale nucléaire de la première génération. Refroidie à l’eau lourde (D2O), elle devait avoir une double finalité: fournir 75 mégawatts de puissance électrique ainsi que 150 mille mètres cubes d’eau douce à partir de l’eau de mer. À l’époque, le projet a été estimé – si j’ai bonne mémoire – à 15 millions de dinars. Soit, 5 millions de moins que le budget annuel du ministère de la Défense de l’époque.
L’URSS avait proposé de réaliser, à ses propres frais, le projet Torki et d’en faire don à la Tunisie. Bourguiba refusa l’offre afin de ne pas heurter les Américains. L’entourage présidentiel traita de dingue le génial savant. Le super ministre de tutelle, Ahmed Ben Salah classa le dossier. Il ne voyait pas l’importance du projet ni son impact sur l’économie nationale. Des milliers de km2 de terres désertiques eussent été transformées en jardins et en vergers. L’URSS réalisa le projet sur son territoire. Il fut inauguré en 1968.
Deux années plus tard, en 1970, Israël le réalisa dans le Néguev. On sait ce qu’est devenu ce désert immense. Par contre, on ne sait pas encore – le saura-t-on jamais – comment les Israéliens ont pu avoir entre les mains le dossier de ce projet, le premier dans le monde de conception purement tunisienne à avoir une double finalité: fournir de l’électricité et transformer l’eau de mer en eau potable par dessalement.
Le Centre de recherches nucléaires de Tunis-Carthage, aidé par l’aviation militaire équipée d’appareils de détection nucléaire ultrasensibles a quadrillé tout le pays à la recherche de l’uranium naturel. Cet élément radioactif se trouve mélangé aux mines de phosphate dont les réserves sont estimées à 3 milliards de tonnes. Les teneurs en uranium fluctuent de 50 à 150 ppm. Au taux moyen de 100 ppm, nos réserves en uranium sont donc de l’ordre de 300 mille tonnes. Il a été procédé à l’extraction expérimentale et à l’enrichissement jusqu’à 50%. Ne devrons-nous pas poursuivre cet effort afin d’assurer notre indépendance en matière de combustible nucléaire?
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