Opinions - 28.11.2012

Transaction démocratique

Les convictions politiques voguent au gré des ambitions, elles  varient à proximité du pouvoir, plus il parait à portée de main,  plus les postulants trouvent le moyen de transiger avec leur conscience. Cynique, E. Faure dit : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ».  Autour du centre  Gauche et  Droite gravitent, livrées aux courants centrifuges de la realpolitik, équivalent politiquement correct de l’opportunisme.

Ce  juste milieu introuvable,expression  bien commode,  est  un centre de Gravité flasque,  mythique point «  G » qui émoustille, les hommes  politiques à la recherche des sensations fortes que procure le pouvoir. Aphrodisiaque. Catherine Solano,médecin sexologue affirme :« Faire de la politique nécessite une certaine violence symbolique. Il faut se battre pour exister, voire écraser les autres. Ce comportement dominateur peut devenir une façon de vivre. Certains n’arrivent plus à faire la différence entre conquête du pouvoir et conquête sexuelle. » Le 23 octobre 2011,censé être «  le grand soir de la démocratie » qu’un peuple assoiffé de liberté aurait fêté à l’unisson, coïncida paradoxalement avecle craquèlementde la nation,  amorçant une décomposition-recomposition du paysage politique, caractéristique symptomatique des modèles en crise. Un processus de transition démocratique qui s’ébauche par une crise politique, alors qu’il s’agit de phénomènes observables dans les démocraties mûres en mal de renouveau. Etonnant ! Le lendemain des élections,  les tunisiens n’avaient pas fait la fête, les cœurs n’y étaient pas. Pire,ils se divisèrent, les proches d’Ennahdha réconfortés, les autres abattus, y compris des électeurs du CPR et d’Ettakattol qui n’avaient pas voté pour adouber  une alliance  Troikiste. Les listes de « zéro-virgules » rebroussèrent chemin  dans le même ordre dispersé qu’à leur arrivée, avec le sentiment coupable d’avoir indirectement favorisé Ennahdha dans un scrutin promis au mieux organisés.Les ex « Rcdistes » se mirent à l’ombre,  attendant l’aubaine pour se recaser, ils savaient qu’on aurait besoin d’eux, ça ne saura tarder.  La démocratie dans  les pays sans tradition démocratique est autant transitionnelle que transactionnelle. Donnant-donnant. Comme offre  et demande électorales sont atomisées on pourrait appeler la théorie du marché à la rescousse ! Perserverons dans cet abus de langage : A quel niveau se situerait le prix du vote ? Dans ce paysage politique fragmenté Ennahdha jouit mécaniquement d’une position dominante dans une occurrence impure et imparfaite. Apparaissent alors les limites du marketing politique où s’engouffrent les vieilles recettes de grand-père : clientélisme, népotisme et, désinformation. Exorbitant ! Avec un poids électoral comparable à ses opposants Ennahdha obtint la majorité le 23 octobre 2011.

Une recomposition  du paysage politique s’imposait, mais il fallait passer par la décomposition. Le mécanisme se mit en œuvre aussi tôt,avec des tiraillements inter-intra mouvances politiques, le parti majoritaire n’y échappera pas. L’appel du centre,occasionna des embouteillages,  obligeant les uns et les autres de se repositionner. Al Joumhouri, Al Massar, Nida Tounis,  ne tardèrent pas à annoncer leurs couleurs, globalement d’accord pour des coalitions électorales en temps opportun. La gauche « canal historique » choisit d’incarner le « ni-ni »,  alternative à  Ennahdha  et aux autres sentant encore le « RCD ».  Des progressistes  écoutèrent « l’Appel de la Tunisie », ils feront quelques pas hésitants en sa direction. Les mouvements tectoniques du 23 octobren’ont pas épargné les vainqueurs directs, nileurs alliés de circonstance, respectivement Ennahdha, le CPR et Ettakattol.  Ces deux derniers ont pratiquement perdu  leurs bases électorales acquises de fraiche date,  alertés ; certains élus  choisirent de démissionner pour aller offrir leurs services  notamment à Nida Tounis. Ennahdha,  hégémonique au sein de « sa » Troïka ressentit le séisme, sommée de concilier sa droite exigeante et ses cadres  conciliants, se trouva entre la marteau salafsite et l’enclume de sa base hétéroclite. Cette mécanique politique est animée en sous terrain par les ambitions personnelles, individuelles, des chefsemblématiques et, de jeunes loups aspirés par l’appel d’air des plus hautes marches du pouvoir ;  « Pourquoi pas  moi ? ». La guéguerre des egos que déplorent tous lesmilitants fait partie du jeu politique dans tous les systèmes, elle est dévastatrice dans les processus de transition parce que les règles du jeu ne sont pas établies. Chacun se voyant biencalife à la place du calife, l’expression dont le courant islamiste est dépositaire s’applique sans mal aux autres formations laïques. Le pouvoir enivre, séduit ; celui qui veut l’accaparer se doit de séduire, il sera promis à un avenir d’éluséduisant, dès lors qu’il l’incarne. Le convoiteur convoité.

Lors de l’élection de N. Sarkozy en 2007, Christine Ockrent  journaliste emblématique de la télévision  française  décrit François Fillon nommé 1er ministre, qui traversait la cour de Matignon, lui   qui a  d’autres qualités  qu’Apollon : «  Regardez-le ! Il est beau, le pouvoir rend beau ». Elle ne pouvait mieux illustrer le caractère aphrodisiaque du pouvoir, l’ivresse qui traverse celui qui en dispose à en devenir « addict », le magnétisme qu’il exerce sur ceux qui le proposent : le peuple qui peut se réveiller un 24 octobre avec une gueule de bois et,  continue de trinquer. Encore un  coup ! Pour la route !

 Mohedine Bejaoui

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