News - 22.01.2012

Jebali entre clarifications, apaisements et résolution

 A la veille du débat en séance plénière qu’engagera l’Assemblée nationale constituante, ce lundi après-midi, sur la situation générale dans le pays, Hamadi Jebali a lancé une série de premiers messages, lors d’une interview télévisée diffusée samedi soir par Wtanaya 1, Hannibal et Nessma. Pendant plus d’une heure, il a essayé d’apporter une série de clarifications en vue d’apaiser les tensions, tout en se montrant ferme et résolu à aller de l’avant, tant dans le respect des libertés d’expression, y compris celle des grèves et sit-ins légaux, que de l’application de la loi. Sa conviction est faite: « nous ne tomberons pas dans le piège des solutions sécuritaires  que nous tendent certains !» Sur les milices attribuées à Ennahdha, la guerre des vidéos, les médias, les relations avec le Qatar, le rôle de Ghannouchi, la visite d’Ismail Henya, les slogans lancés contre les juifs et autres questions, il a essayé de répondre à toutes les questions. A-t-il convaincu ? Dans sa situation et ce contexte, ce n’est guère aisé.

Clarifications

Trois semaines seulement depuis son installation à la Kasbah, le chef du gouvernement se trouve confronté à tous les dossiers à la fois, la surenchère électorale pratiquée par la majorité des partis avec son lot de promesses fantaisistes ayant attisé les attentes et promis des solutions miracles. « L’héritage économique et social est lourd, précisera-t-il. Le budget de l’Etat complémentaire, en cours de consultation et d’élaboration doit y répondre, ne serait-ce que progressivement. Le peuple ne saurait en souffrir plus longtemps ». Un revenu au moins pour chaque famille, maîtrise de la flambée des prix et lancement de grands projets structurants.

Jebali s’indigne fortement contre ceux qu'il accuse de "vouloir mettre le gouvernement à genoux et appeler à la désobéissance civile". « C’est au pays tout entier qu’ils s’attaquent et non au gouvernement », fustige-t-il avant de féliciter les formations politiques et composantes de la société civile qui ont dénoncé cette attitude. A ses yeux, « le stratagème de certains (qu’il ne nomme pas directement) est de fomenter des troubles à l’intérieur, de semer la zizanie dans les relations diplomatiques et couper les sources de financement et projets de coopération. Autant  les revendications économiques et sociales sont légitimes et l’expression démocratique garantie, autant les tentatives de déstabilisation politique et sécuritaires sont inacceptables », affirmera-t-il.

 Indigné par "les campagnes calomnieuses" menées contre le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh, « Cette odieuse manœuvre avait été tentée contre moi », révèle-t-il, au passage, cette guerre cybernétique s’attaquant à la réputation de plusieurs personnalités de différents bords rend Jebali furieux. « Elle est avilissante pour notre révolution, indigne de notre pays. Personne n’a le droit de s’y lancer, tous les Tunisiens la réprouvent fortement, la religion, c’est d’abord une éthique ».

«Mobilisation de milices appartenant à Ennahdha » : Jebali a été catégorique : le peuple n’acceptera plus aucune milice, d’aucun parti et le gouvernement, ne s’appuiera jamais sur une milice quitte à renoncer à son mandat.

«Immixtion de Rached Ghanouchi dans la politique extérieure tunisienne », Jebali se tient sur une ligne très claire : « Il n’est pas le seul dirigeant de parti à entreprendre des contacts internationaux et entretenir des relations extérieures. Ses démarches s’inscrivent dans l’intérêt du pays et il est l’un des plus concernés par la réussite du gouvernement ».

Relations avec Qatar : le chef du gouvernement dénonce les voix qui s’élèvent pour « brouiller la Tunisie avec ses voisins et torpiller sa coopération avec les pays frères et amis, non seulement le Qatar mais aussi la France et d’autres. C’est la même méthode utilisée par Ben Ali contre nous pour nous isoler et assécher les sources de financement ».

« Tentative de domestication des médias publics » : « Ce ne sont, pour Jebali, ni des médias gouvernementaux, ni des médias publics (propriété de l’Etat), mais des médias populaires, entre les mains du peuple, sans exclusion d’aucune de ses franges. Pensez-vous qu’ayant été moi-même journaliste, que je suis sortit de prison pour accaparer les médias et les étouffer la presse. J’ai une grande estime pour la liberté de la presse, mais je n’accepterai pas que les médias s’attaquent indûment au gouvernement pour le faire tomber. Nous devons favoriser les instances appropriées, notamment la Haute autorité pour l’audiovisuel, affranchir les médias de toute tutelle et garantir leur indépendance. C’est impératif, comme nous tenons à une justice indépendance, une constitution consensuelle et des élections libres. »

Visite de Henia: « Nous l’avons reçu comme il se doit et nous lui avons clairement affirmé que les Tunisiens seront les derniers à songer s’immiscer un jour dans les affaires intérieures du peuple palestinien frère ».

Apaisements

Jebali reconnaît que l’ampleur de la charge n’a pas favorisé l’élargissement du dialogue et de la concertation avec les acteurs politiques et sociaux et que le gouvernement n’a pas suffisamment de temps et de moyens d’expliciter sa vision et ses programmes. Tout en s’engageant à y parer le plus rapidement possible, il laisse entendre que la période à venir verra plus d’échanges et mieux de communication, tant au niveau du gouvernement que des départements ministériels. Aux blessés et martyrs de la révolution, il annonce la mise en œuvre des indemnisations et mesures d’accompagnement, en faveur de toutes les victimes de la dictature avant la chute de l’ancien régime,  l’activation des dispositions de l’amnistie générale (indemnisation, retour au travail, prise en charge médicale, etc.)

Slogans anti-juifs  proférés lors de la visite de Henia : « J’estime que c’est abominable et inadmissible. La politique, c’est des valeurs et la première d’entre elles, c’est le respect des autres, des convictions et des religions.  Juifs et chrétiens,, sont nos frères et c’est une honte que de s’attaquer à eux et de lancer des slogans racistes et antisémites. Nous le dénonçons et devons y mettre le holà ».

Résolution

Jebali est ferme : « Nul ne saurait se mettre au dessus de la loi, ni un parti, ni une catégorie, ni les gauchistes, ni les islamistes. Nous ferons respecter la loi. Nous n’accepterons pas l’intelligence avec des forces extérieures ou des financements étrangers. Nous ne serons injustes à l’encontre de personne, même ceux qui nous avaient opprimés, mais nous ferons respecter l’autorité de l’Etat et la primauté de la Loi. Dans cette démarche, et malgré la légitimité des urnes, nous favoriserons toujours le dialogue et la concertation ».

Son grand espoir est de « préserver cette magnifique Tunisie, de faire réussir la révolution et triompher ses idéaux ». Un objectif pour lequel, il appelle le plus large rassemblement possible de forces politiques.

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