Success Story - 19.01.2012

Mabrouka Mbarek : L'élue qui vient des Amériques

Pour bien la connaître, il faut aller sur ses traces à Bir Ali Ben Khelifa, à Strasbourg, au Yémen, en Inde, en Afghanistan, aux Etats-Unis ou au siège du CPR, le parti de Moncef Marzouki.

Mabrouka Mbarek, 31 ans, élue à la Constituante dans la circonscription Amériques et reste d’Europe, fait partie de cette nouvelle génération de jeunes Tunisiens qui accèdent de plain-pied à l’action politique en toute première ligne.

Bir Ali Ben Khelifa, à 60 km de Sfax, entre Kairouan, Sidi Bouzid et Gabès, c’est là que sont nés ses parents avant d’émigrer en France, dans les années 70. Son père, simple ouvrier balbutiant quelques mots en français, trouvera embauche à Strasbourg, c’est là où naîtra Mabrouka, c’est là où également — curieux hasard — Moncef Marzouki a fait ses études en médecine et verra naître ses deux filles, Meriem et Nadia.

Consciente que seule sa réussite scolaire et universitaire sera capable de la sortir de la très modeste situation familiale, Mabrouka, très studieuse, décrochera diplôme après diplôme. Elle ira à la faculté de Droit et d’Economie à Strasbourg, puis à Reims, pour des études de commerce, couronnées par un mastère en administration économique et sociale, et un deuxième en management.

Sujet de mémoire choisi : « Faire des affaires dans le monde arabe ». Un double intérêt en est à l’origine : d’abord une grande fascination pour l’Orient, où plongent ses racines, et pour l’innovation dans l’exploration des opportunités d’affaires.

Un stage au Yémen qui changera son parcours

A la recherche d’un stage de fin d’études, elle postule un peu partout jusqu’à ce qu’elle parvienne à obtenir la réponse de l’ambassade de France à Sanaâ, capitale du Yémen. Sans perdre une minute, elle s’y rendra. Toute sa vie prendra alors un nouveau virage. Découvrant ce pays à l’histoire millénaire et son peuple aspirant au grand progrès et à la démocratie, elle s’engage dans l’action sociale et humanitaire, fréquentant des ONG étrangères et yéménites, apprenant à comprendre les besoins réels de la population locale et de la société civile embryonnaire. Au lieu de deux mois de stages, elle y restera 4 mois, et ce n’est pas fini.

Du Yémen, elle part s’installer aux Etats-Unis, à San Francisco, où elle a pu trouver un emploi dans un cabinet d’audit, installé à Berkeley, particulièrement spécialisé dans la traque de la corruption, du blanchiment d’argent et des malversations.

Toujours attirée par l’action sociale et humanitaire, Mabrouka ne résistera pas à l’offre d’une ONG américaine opérant au Moyen-Orient qui la sollicite pour des actions en matière de santé, de droits de la femme et d’appui à la société civile. Et la voilà de retour au Yémen qu’elle a désormais dans le coeur.

Son travail est si accaparant qu’elle essayera de le prolonger à travers d’autres ONG. Embarquée de nouveau sur d’autres projets, elle sera affectée en Inde, mais aussi en Afghanistan, puis en Irak et au Liban, enchaînant les missions sur le terrain.

Le choix est fait

De nouveau aux Etats-Unis, elle a tout juste le temps de poser ses valises dans le Vermont, pas loin des frontières avec le Canada, à 2 heures de route de Montréal. C’est là que la révolution tunisienne vient la surprendre agréablement, mais en la secouant très profondément.

Elle qui s’était totalement dépensée pour d’autres pays ne peut se soustraire à l’appel de sa patrie au moment où elle peut lui être le plus utile.
Comment faire ? Collé à son ordinateur, suivant sur internet tout ce qui se passe en Tunisie et parmi la communauté tunisienne à l’étranger, elle apprend que des compatriotes commencent à s’organiser au Canada. Contact est pris avec eux et elle les rejoint à Montréal où devait se tenir une grande réunion regroupant les représentants de divers partis : PDP, CPR, Ettakatol et autres. D’ailleurs, le Dr Mustapha Ben Jaâfar (Ettakatol) s’y est rendu.

Mais, à bien sentir les choses, c’est le CPR qui a le plus séduit Mabrouka, d’abord par les idées et le programme, mais aussi le parcours militant du Dr Moncef Marzouki. Et c’est ainsi que Mabrouka s’engagea au sein du CPR.

Dès lors, elle sera de toutes les activités sur le terrain et se mettra à plein temps sur les réseaux sociaux et la communication par internet.

Mettant son expérience au service de l’équipe centrale du CPR à Tunis, elle s’occupera à partir des Etats-Unis du site de débats, de la newsletter, d’une série de communiqués de presse et autres initiatives que le travail à distance permet utilement.

Lorsque se précisent les élections pour la Constituante, Mabrouka apprend avec une joie inégalée que ses compagnons de lutte au sein du CPR en Amérique la proposent sur la liste du CPR dans une circonscription couvrant le Canada, les Etats-Unis, les autres pays d’Amérique du Sud et les pays d’Europe, hors la France, l’Italie, l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Un territoire si vaste qu’elle ne sait pas comment s’y prendre. Sachant que seul l’internet peut lui être efficace, elle se décidera à s’installer à Tunis pour mener à partir du siège du CPR sa cyber-campagne, appuyée sur le terrain, dans chacun des pays concernés, par les militants de son parti.

Le résultat n’a pas tardé : Mabrouka siège au Bardo. Une fois de plus, « la petite beurette » de Strasbourg voit sa vie s’engager sur une nouvelle voie : la meilleure pour elle, celle qu’elle n’avait jamais espéré emprunter.

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12 Commentaires
Les Commentaires
Djo 17 - 20-01-2012 11:32

Trés intéressant, mais attention le parcours du militant Marzougui Moncef s'est arrêté à sa descente d'avion en janvier 2011. Il est devenu présidentiable puis Président avec des tonnes de concessions et de revirement. On préfère le militant. Le CPR trop d'inconnues et d'improvisations, mais il peut se ressaisir à la Constituante. Mademoiselle M² ou Mabrouka Mbarek un bon itinéraire, maintenant qu'elle demeure libre et engagée et ne pas suivre la discipline partisane et agir selon ses propres convictions et les principes universels des droits de l'Homme. On verra bien.

amen - 20-01-2012 11:35

Parcours riche très intéressant. ça nous change un peu du CV 15 ans prison dont 7 en isolement ou encore des profils stéréotypés par l'idéologie...avec tous mes respects biensur Bonne continuation Mabrouka et surtt garde ton radieux sourire

Fatma - 20-01-2012 12:31

Eh ben elle en a fait du chemin...

mokaddem - 20-01-2012 18:15

VOUS AVEZ DU COURAGE DANS CE MONDE OU L'OBSCURANTISME GAGNE DU TERRAIN FAISANT MIROITER DES LENDEMAINS MEILLEURS QUE LES ISLAMISTES DETIENDRAIENT LA CLEF DU BONHEUR IL EST TEMPS DE REVEILLER LES CONSCIENCES AVANT QU IL NE SOITTROP TARD

Midan - 21-01-2012 03:25

Parcours riche en mobilité, témoignant d'une grande ouverture d'esprit. Profil plutôt rare je suppose au sein de l'ANC. Pour ne rien gâcher, personnalité portée par un très joli physique.

Ben frej - 21-01-2012 07:33

Bon courage mabrouka. On veut de ces compétences qui poussent vers l'avant pour traiter de pbs de fond

KBR - 21-01-2012 10:13

Je ne doute pas des qualite de cette demoiselle, si de tous ceux que vous avez presente dans votre rubrique "Success Story". Par contre, et c'est la que je m'inscrit en totale opposition avec vous, ils sont tous immigres, fils d'immigres, ayant faits des etudes a l'etranger... C'est comme si vous disez aux Tunisiens : "Pour reussir en Tunisie, il faut quitter la Tunisie". Un peu de patriotisme, parlez des Tunisiens qui restent en Tunisie et qui dont donne corps et ame a leur pays.

Abderrahman - 21-01-2012 11:56

J'ai lu son parcours en une seule tirade, et je lui tire mon chapeau et je suis fiére de découvrire cet génnérosité dans sa tache sociale et surtout son amour pour son pays qui l'acceuille à bras ouvert dans l'emisphére du Majliss Etaassissi, Bravo, et bonne continuation

labadi - 21-01-2012 14:57

vivent les tunisiens de l'etranger! ils vont nous aider a grandir plus vite

fatma - 21-01-2012 14:58

elle était toujours spéciale elle mérite et elle à bien travaillé; quand on veut on peut et mabrouka a voulait et inchallah elle va continuer

sami - 23-01-2012 15:45

C'est impressionnant l'expérience qu'elle a su accumuler à seulement 31 ans, alors que pour beaucoup de jeunes tunisiens, à cet age là, on a juste fini les études supérieurs et 2-3 ans de chomage-café. Je trouve comme même que c'est un peu du gachis de laisser un tel profil sur les bancs de l'assemblée à écouter les critiques et les discours vides des élus. Elle serait plus active comme attaché au ministre des affaires étrangères, ambassadrice à l'ONU, une genre de représentante à travers le monde d'une jeunesse tunisienne compétente, talentueuse et ouverte sur le monde. ça changera notre image dans beaucoup de pays

Noureddine Chatti - 30-01-2012 22:42

Correction dans l´article. Hors de France, l´Italie et l´Allemagne. Car la grande Bretagne appartient á la circonscription Amerique et reste de l´Europe.

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