Opinions - 04.01.2012

Les promesses de la Nouvelle Pensée Islamique : Pour un Cogito plus humain !

La pensée islamique n'est plus en crise, a affirmé notre ami Ajmi Lourimi. Elle est plutôt face à un défi selon lui ; « elle doit prouver sa légitimité, son authenticité, son originalité et sa capacité à se renouveler et d'offrir à la raison politique son cadre conceptuel qui analyse et accompagne l'action et les transitions politiques…» : si tel est le cas, on est en droit de se poser quelques questions : depuis quand ? Et depuis « qui » (collégiale ou individuelle)? El le plus important : comment a-t-elle pu s’en sortir et comment pourra-t-elle continuer à s’en sortir ou assurer les conditions de sa bonne reconstitution? Aussi, pourra-t-on généraliser l’état de sortie de crise sur « toute » la pensée islamique ? Autrement dit : y a-t-il « une seule » pensée islamique ou plutôt une multitude d’écoles théologiques, jurisprudentielles, philosophiques islamiques ? Si on laisse à l’écart la pensée s’inspirant du « corpus officiel clos », parle-t-on ici des « nouveaux penseurs de l’Islam » (Abdul Karim Soroush, Mohammed Arkoun, Fazlur Rahman, Amin al-Khûli, Muhammad Khalafallâh, Nasr H. Abû Zayd, Farid Esack…), des « islamistes rationnels ou philosophes croyants » (Abuyaareb Al-Marzougui …), des « islamistes progressistes » (Hassen Hanafi, Ali Shariati, Hmida Enneifer…), des penseurs chercheurs en sciences sociales à tendance islamiste (Abdelwahab Bouhdiba, Mahmoud Dhawadi …), des penseurs politiciens islamistes modérés (Rached Ghannouchi…). Quelle que soit la forme de cette pensée islamique issue de la crise, nous nous trouvons ici face à un phénomène cognitif culturel universel concrétisant l’achèvement réel et plus ou moins conscient, selon les cas, du cycle prophétique, au sens que lui a conféré Iqbal : « la naissance de l’Islam est la naissance de la raison  discursive, et la prophétie atteint, selon le point de vue de l’Islam, son intégralité finale en s’apercevant du besoin de mettre fin à la prophétie elle-même,  et ceci comporte sa conscience profonde de l’impossibilité d’une perpétuelle dépendance d'une autorité extérieure, et que si l’homme cherche vraiment à atteindre le maximum de connaissance de lui-même et de ses capacités, il faudrait alors qu’on le laisse se débrouiller tout seul. L’opposition de l’Islam à la cléricature et à l’hérédité du pouvoir politique, et l’insistance du Coran sur le rôle de la raison et de l’expérience, et son appel continu à l’étude de l’univers et de l’histoire des anciens, ce ne sont-là que des aspects différents de l’idée de l’Achèvement du cycle prophétique ».

 Voilà le paradigme général que nous proposons à la pensée islamique qui s’efforce de sortir de sa crise séculaire. Avoir dorénavant confiance en l’Homme, autrement en soi, au sens épistémique du terme. Construire notre modernité pour l’humanité. Car la « nôtre » serait une possibilité universelle d’émancipation réelle de la race humaine. La « nôtre » s’ouvre sur « autrui » et s’engage dans une logique d’altérité dont est dépourvue la modernité occidentale s’appuyant sur un cogito « formule de guerre » selon Michel Serres, car exprimant la tendance égocentrique, puis colonialiste de l’Occident ! Par contre « notre cogito » serait un cogito plus humain : ne réduisant pas la réalité de l’homme à sa dimension tout simplement cognitiviste calculatrice et instrumentaliste (Hobbes≠Habermas), mais intégrant plutôt ses divers mode de présence dans le monde : esthétique, spirituel, éthique, physique, affectif, sociale,  communicationnel et technique.

Pr. Dr. Moussadak Jlidi
Universitaire

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6 Commentaires
Les Commentaires
Tahar - 05-01-2012 14:49

Bonjour, Elles sont courtes "Les Promesses de la Nouvelles Pensée Islamique" Monsieur le Professeur. Personnellement - bien sûr je pourrais vous lire ailleurs que dans ce court article - j'aurais aimé plus de précision sur ce cogito et en quoi -et surtout pourquoi- il serait différent de l'autre. La courte référence à Michel Serres n'y suffit pas. Celle, plus lapidaire, à Hobbes contre Habermas, non plus. Il n'en demeure pas moins que la pensée islamique a grandement besoin que l'on parle de sa crise, qui remonte à très loin. Ce serait salutaire. Et ça le serait encore plus, si cette parole était gérée par des gens du dedans, dans une perspective de SE dire et de s'auto instituer; de couper court aussi au mimétisme, voire de congédier, fût-ce momentanément, l'islamologie occidentale et autre orientalisme...Mais comment "renvoyer le guide" (Rûmi)et en réclamer un autre, qui serait en nous, si nous ne parvenions pas à opérer la nécessaire autocritique, absente dans votre court texte, mais qui, grâce à la convocation d'Iqbal, me semble être en filigrane. Notre civilisation est grandiose. Mais, comme toute autre civilisation, elle comporte ses côtés sombres, consciemment ou inconsciemment occultés par les historiens. Or, comme en psychanalyse, les édifices délabrés peuvent être salutaires: nous pourrions ainsi voir à travers leurs murs éventrés et en tirer au moins une incitation à panser (V. Tausk). Comme dans Parsifal, "Seule guérit la blessure l'arme qui la fit". Bien à vous.

M. Jlidi - 05-01-2012 16:31

Bonjour Mr Tahar ! Oui j’avoue que ces promesses sont courtes dans ce texte, mais elles sont assez développées ailleurs (voir par exemple mes travaux sur « la réforme de la Raison islamique » (268p), « L’Achèvement du cycle prophétique » (100p), « L’Islam et la modernité politique » (140p) (tous en arabe) et des dizaines d’article portant sur cette même question. A vrai dire, il s’agit d’un long commentaire sur une publication sur mon Mur, transformé en un court article ! L’autocritique s’impose. Nous l’avons faite dans tous les travaux précédents et nous continuons de la faire ! Enfin, merci Si Tahar pour votre intérêt et pour votre critique positive !

Tahar - 06-01-2012 13:20

Bonjour, Je vous remercie M. le Professeur de votre réponse. Je rgarderai volontiers vos travaux et irai sur votre site pour la biblio. J'espère avoir de nouveau le plaisir d'échanger avec vous. Bien à vous. Tahar. @Leaders: C'est bizarre, je ne vois plus mon intervention d'hier à laquelle répond M. Jlidi

Kairii - 07-01-2012 22:38

You've really helped me unedsrtand the issues. Thanks.

mokaddem - 08-01-2012 22:03

L ISLAMISME ON S EN FOUT LA LAICITE C' EST L AVENIR

Dr. Moussadak Jlidi - 09-01-2012 22:46

Mr Mokaddem: Qui a dit que je suis contre toute forme de laïcité?! Tout au contraire je suis parmi ceux qui ont écrit un plaidoyer pour une laïcité qui va avec notre culture arabo-musulmane (voir mon livre "L'Islam et la modernité politique, Beyrouth, 2010). Mais si vous me dîtes que la laïcité ne peut être appliquée qu'au prix de l'effacement de la personnalité nationale, dans ce cas, nous serions loin d'être du même point de vue! Par contre, je suis tout à fait d’accord, par exemple, avec ce qu’a écrit Hichem Djaït, dans son livre « Personnalité et devenir arabo-islamiques » et surtout dans le chapitre concernant sa «nouvelle vision de la foi ».

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