News - 10.04.2011

Mohamed Ennaceur : pourquoi continuer à aligner les rémunérations sur celles des moins productifs

«Les grèves se sont multipliées par 250% et le taux de participation moyen s’y élève à 85%, voire plus. J’y vois la récusation de tout un système, l’interpellation sur le rôle régulateur de l’Etat et, surtout, la nécessité d’une nouvelle forme de relations professionnelles et de dialogue social, à la base, au sein même de l’entreprise. » Pour le ministre des Affaires Sociales, M. Mohamed Ennaceur, le diagnostic est clair : « il est inadmissible que des chômeurs, n’appartenant pas à l’entreprise, viennent entraver le travail des salariés et arrêter la production. Il est impensable, aussi, de voir certains travailleurs revendiquer, en surenchère, une prime de la révolution. Personne ne gagne à voir les débrayages se poursuivre et s’éterniser. La première demande, légitime, des chefs d’entreprises est de renforcer la sécurité et de recourir aux forces de l’ordre, mais cela, à lui seul, ne suffirait pas. Il faut trouver d’autres moyens et le meilleur n’est autre que cette forte cohésion des salariés autour de leur entreprise, cohésion fruit d’une parfaite entente avec la direction et d’une réelle implication, mutuellement partagée. »

Fort de sa longue expérience des relations professionnelles, M. Ennaceur a exhorté vendredi à l’IACE, les chefs d’entreprises à repenser leurs pratiques, associer les salariés à la réalité des comptes et enjeux de l’entreprise et s’assurer de leur mobilisation autour des objectifs assignés. « Productivité, compétitivité et rémunération sont trois maîtres-mots, a-t-il répété. Les salaires continuent à être administrés et tous les salariés sont alignés sur les mêmes grilles, souvent celles des moins productifs, sans motivation pour ceux qui fournissent le plus d’effort et se distinguent par le plus de productivité. Il est temps que les entreprises se conduisent en socialement responsables, avec plus de transparence de leurs états financiers et mieux d’information de leurs salariés. Le dialogue social ne se limite pas à  l’UTICA et l’UGTT, mais doit s’instaurer au sein-même de l’entreprise. Il ne s’agit pas de co-gestion, mais d’implication, de motivation. »

La fibre sociale bien affirmée et la recommandation sage, le ministre Ennaceur poursuit son adresse aux employeurs : « les augmentations salariales ne doivent pas résulter d’un rapport de forces, mais de la productivité, indexée sur le coût de la vie, et en tenant compte de la compétitivité de l’entreprise pour garantir sa pérennité. » Et la, une révélation significative : « reprenant le ministère des Affaires Sociales, après 25 ans, j’ai été surpris par la disparition de l'organigramme du service normes de productivité et salaires. Avec des jeunes compétences tunisiennes devenus référence en la matière, on l’avait créé dans les années 70 et développé sans cesse pour nourrir la réflexion et surtout aider les entreprises et les salariés à bien convenir des normes de production et, partant, des rémunérations. Aujourd’hui, avec la disparition de ce service et l’éparpillement de ses équipes, nous ne disposons plus de cet outil fondamental et encore moins d’études fiables. C’est pourquoi, je viens de donner instruction au Centre d’Etudes sur la Sécurité Sociale de mettre en place rapidement une unité spécialisée et j’espère qu’avec le soutien de mon collègue le ministre du Développement régional, l’Institut National de la Statistique puisse inclure le recueil des données sur les salaires dans sa toute prochaine enquête. »


 

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11 Commentaires
Les Commentaires
Adel - 10-04-2011 22:43

Merci Monsieur le Ministre il faut dire et redire ça tous les jours pour l'apprendre à tous les intervenant dans la chaine de production. Il faut surtout faire comprendre à A Jrad et à son équipe qui sont la cause de ce qui se passe.

radhouane mhiri - 11-04-2011 08:02

il est nécessaire de rappeler l'impact négatif des grèves sur notre économie mais pas moins nécessaire de manifester de la compassion envers des travailleurs qui participent à l'effort national sans pour autant en être justement récompensés. la révolution a donné l'illusion d'une toute puissance à une frange de la population qui n'était pas prise en compte, il faut laisser le temps à de nouveaux équilibres de s'installer dans une mutuelle compréhension et sans arrogance ni animosité. qu'un patron exige de la productivité pour un réajustement des salaires est légitime mais il faut aussi que la race des patrons gloutons générés par un système dénué de droit disparaisse. les lois de progression de la rentabilité des entreprises n'étaient pas toujours respectées les patrons voulant récupérer les fruits de leur investissement en des temps record par crainte de ce qui pouvait survenir les années suivantes. les pratiques sécuritaires de l'ancien régime exposaient les investisseurs au bon vouloir de mafieux ou de l'administration.

Mohamed Daoud - 11-04-2011 09:00

J'apprécie beaucoup l'appel très responsable de M. le Ministre aux chefs d'entreprises (CE) de montrer plus de responsabilité sociale, eux qui ont toujours bénéficié des incitations gouvernentales (accès aux crédits d'investissement à des taux très avantageux, fiscalité presque symbolique, contributions de l'état aux redevances de la sécurité sociales, convertibilité du dinar, accès aux cercles d'influence, et j'en passe) le tout pour soit-disant créer des postes d'emplois. Il est grand temps que les CE fassent preuve de plus de bon sens car sans la transparencet la responposabilité sociale le pays en entier sera perdant. C'est O.K. de gagner 10 à 20 ou même 30 fois que le commun de ses salariés, mais pas 50 à 80 fois. Il est temps que les CE pensent à développer le sens de la loyauté des salariés envers leur entreprise par d'autres moyens que la force, la 'Qouada', ou le chantage.

barkia - 11-04-2011 09:49

Aussi,faut-il fare comprendre aux entreprises de cesser de recruter des retraités,ce phénomene est une pratique déloyale et constitue un manque à gagner pour la CNSS et pour la résorption du chomage.Stop...le MAS avec ses inspecteurs de travail ses controleurs-cnss et autres ne sont pas entrain d'accomplir leur devoir de vérification et de controle...Des centaines et des centaines de retraités sont entrain de travailler dans le noir...

Mouaten - 11-04-2011 12:55

Monsieur le Ministre, ce que que vous dites concernant l'alignement des salaires sur la performance des plus productifs est peut être valable pour les cadres inférieurs, dans le secteur privé mais non dans le secteur public et pour preuve l'évolution qu'ont connu les salaires dans les deux secteurs. (Votre salaire actuel en tant que ministre, ne diffère beaucoup de celui que vous perceviez dans les années 70 pour le même niveau de responsabilité). Par ailleurs, tout le monde est d'avis que l'économie du pays passe par une période difficile, mais qu'attend-on pour incriminer tous ceux qui appellent à l'arrêt du travail pour des raisons qui datent d'avant le 14 janvier 2011. Pourquoi, ces gens lésés ont-ils fait preuve de patience pendant plus de deux décennies et refusent de le faire le temps que l'économie reprenne. Veulent-ils profiter du fait que l'Etat est encore faible, et qu'au non de la liberté, il ne peut utiliser la manière forte ou s'agit-il d'une nouvelle manoeuvre de l'UGTT ? Tout ce qui nous reste c'est de compter sur le nationalisme des dirigeants de l'UGTT (s'ils en ont encore) pour ramener leurs adhérents à la raison.

N.SAID - 11-04-2011 13:58

Merci Mr le ministre.Je demande que le paiement des jours de grève soit assuré par l'UGTT quand elle est responsable sinon c'est le gréviste qui doit assumer ses actes. Voici une manière de responsabiliser les gens

arfa - 11-04-2011 17:43

Merci SIi Ennaceur on a besoin de remettre les pendules à l'heure de vérité .Il faut impliquer les entreprises les salariés les compétences jeunes pour responsabiliser tout un chacun on a beau nous classer parmi les pays émergents mais ce-là reste à prouver quant à notre comportement au travail il est temps de cesser toute une série de réclamations sociales sauvages qui ne font que miner nos efforts et qui sont en contre-courant à la révolution.

Nizar Mansour - 11-04-2011 17:56

Monsieur Ennaceur parle en pleine connaissance de cause et livre un diagnostic utile sur la situation. Il sait donc poser un diagnostic sur ce qui lui tient le plus à coeur: les relations professionnelles en Tunisie. J'adhère parfaitement à cette lecture et espère que les chefs d'entreprises aient suffisamment de courage et de citoyenneté pour repenser les questions de productivité et de salaires...

hédia Karray-Grislain - 11-04-2011 21:02

c'est bien dit, sauf pour le " j'ai donné instruction", ce serait bien de perdre ces rêflexes, et de dire en temps que chef d'entreprise publique: j'ai demandé...ou nous avons convenu avec mes collaborateurs..;bref plein de formules possibles, pour associer vos collaborateurs au travail de l'entreprise!!!!

ouahchi - 12-04-2011 12:13

Bravo si Mohamed pour ce article qui ne peut qu'ameliorer et la productivite et les salaires ,un pas pour la participation et ,ou le partage des actifs.

Bachar GARGOURI - 13-04-2011 22:13

Je confirme cette démarche. J'ai instauré le dialogue social dans mon entreprise et jusqu'à ce moment je trouve de bons résultats.

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