News - 19.07.2026

Balade intime dans les ‘’Ateliers d’artistes’’

Balade intime dans les ‘’Ateliers d’artistes’’

Lieux d’inspiration et de rituels, refuges, sanctuaires, là où s’opère la magie de la création…Seuls des proches et des privilégiés y sont admis. Dans un beau livre intitulé Ateliers d’artistes (Simpact), Alya Hamza nous introduit dans cet univers si particulier, si merveilleux. Une balade de temple en temple, d’artiste en artiste, au fil des générations. Nadia Jeljli, qui a porté le projet avec Alya Hamza, a mobilisé toute son équipe de la Simpact pour en faire un livre d’art de bonne facture.

L’ouvrage s’ouvre par un clin d’œil à feu Hamadi Ben Saad et se clôt par un autre adieu, à Wadi Mhiri. La visite ira alors d’Aly Bellagha à Walid Zouari, en passant par Jellal Ben Abdallah, Abdelaziz Gorgi, Sami Ben Ameur, Feryel Lakhdar, Adel Megdiche et Majed Zalila. Des textes ciselés, des photos pour la plupart inédites et des œuvres qui restent dans la mémoire… Mais aussi une sorte d’« installations » dans l’improvisation…

Alya Hamza s’y met, entraînant avec elle des amis et des proches des artistes, des historiens de l’art, des curateurs et des spécialistes: Beya Othmani, qui a rédigé la préface, Laure d’Hauteville, Elsa Despiney, Emna Ben Yedder…

«Les murs sont bavards, avait prévenu Alya Hamza, dès la première page. Ils racontent des histoires, révèlent des non-dits, témoignent des forces et des faiblesses, des grands et des petits moments.»

Bonnes feuilles

Il y a des ateliers

Par Beya Othmani. MOMA, New York. Il y a des ateliers d’artistes qui donnent envie de devenir artiste. Ce qui attire dans ces lieux, c’est la simplicité de vie qui y règne. Une simplicité qui, de nos jours, n’est plus autorisée qu’aux religieux, aux artistes et aux fous. Une chaise, ou tout au plus deux. Une table de travail et des étagères pour ranger les outils et les matériaux dont l’artiste pourrait avoir besoin. Un thermos avec quelques tasses, certainement dépareillées. Un cendrier parfois. Du café, et peut-être même un paquet de biscuits rancis. D’ordinaire, lorsque l’atelier possède une cuisine attenante, elle est vide, et son évier sert de bac pour rincer des pinceaux, des palettes, des torchons, des éponges — tout ce qui sert à peindre.Dans ces ateliers, il y a toujours une œuvre magistrale en devenir, modestement accrochée à un mur à l’aide de punaises ou d’un bout de ruban adhésif. Une lampe à côté, et un tabouret. Des taches de peinture sont parsemées partout. Dans l’austérité brute du lieu, ces points de couleur sont des floraisons sauvages, des étoiles scintillantes, portant le souvenir d’une inspiration passée.Une collection d’objets disparates est généralement disposée dans la pièce, sans logique apparente. Des pierres ramassées au fil des voyages, des textiles chinés à la fripe, des photographies de personnes inconnues trouvées dans une brocante, des œuvres d’art échangées entre amis, et puis, souvent, une sélection de livres jaunis et écornés — cinq ou six titres traversant les époques et les disciplines: une thèse d’anthropologie sur les danses d’une région, un ouvrage sur une spiritualité ancienne, la monographie d’un peintre célèbre, un fascicule conservé après la visite d’un site archéologique, etc.Mais dans cet atelier, l’assemblage épars et éclectique de ces références fait pleinement sens. On prend alors conscience de l’importance qu’un petit caillou glané peut avoir, lorsqu’on le voit distillé dans un processus de création. L’atelier, c’est aussi cela: un espace qui révèle la magie des choses banales ou ignorées par notre société de consommation. Je suis certaine qu’avant de tomber entre les mains de leur actuel propriétaire, ces livres n’avaient peut-être pas été ouverts depuis deux ou trois décennies. Ils attendaient inlassablement sur l’étagère d’un bouquiniste. Il en va de même pour le galet de quartz arrivé sur le rebord d’un rivage: il lui aura fallu des mois pour atteindre sa forme, son état et sa destination. Dans ces ateliers, le temps s’écoule exactement au rythme qu’il doit avoir, conférant au lieu une tranquillité mystique, malgré le caractère parfois tourmenté de ses habitants. Il y fait chaud l’été et froid l’hiver. Les changements de saison s’y font pleinement ressentir par le corps, comme s’il était nécessaire que tous les sens soient au diapason d’une réalité cosmique pour pouvoir créer. Des après-midis glacials qui s’étirent jusqu’au petit matin, et de longues nuits moites qui durent des jours, desquelles émergent des chefs-d’œuvre. Quelle chance de pouvoir être artiste dans un tel atelier, alors qu’au-dehors le monde s’essouffle à courir après des mirages!.

Beya Othmani
MOMA
(The Museum of Modern Art, New York)
Section de recherches 
sur l’histoire de l’art

 

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