News - 14.01.2019

Sofiane Zribi : Dix raisons pour l’Amertume et que l’espoir renaisse !

Sofiane Zribi : Dix raisons pour l’Amertume et que l’espoir renaisse !

Beaucoup de textes ont été écrits sur les évènements du 14 Janvier 2011, que certains qualifient de révolution d’un peuple opprimé par une dictature policière et asservi par une famille rapace, alors que d’autres les considèrent comme la réussite d’un plan machiavélique fomenté quelques parts entre Washington, Ankara et Doha. Peu importe. L’essentiel est que ces évènements, ont suscité une transformation radicale du mode de gouvernance en Tunisie, libéré la parole et initié un mouvement de démocratisation de la vie publique jamais vu auparavant dans le monde arabe et même Africain, si on excepte l’Afrique du Sud.

Néanmoins, ce tableau qui peut paraitre idyllique pour certains, cache des réalités moins brillantes, des frustrations sévères et des non-dits qui s’avèreront dramatiques.

La Tunisie n’a jamais su tirer profit de la chance qui fut la sienne pour opérer le virage nécessaire vers un vrai état démocratique, ses gouvernants n’ont jamais pris les décisions certes douloureuses pour aller vers l’équilibre et la prospérité économique, sa classe intellectuelle s’est peu ou pas investie pour la construction d’un état moderne, ses élites ont préféré fuir le chaos ambiant au lieu d’aider à relever les nombreux défis de la transition, son peuple s’est peu à peu résigné et s’est désintéressé de la chose publique, ses femmes et hommes politiques, peu formés, mal formés, se sont surtout intéressés aux combat de personnes et aux combats idéologiques d’un autre âge plutôt qu’à combattre la pauvreté, l’ignorance et le sous-développement.

Plutôt que de voir ses indices sociologiques, humains et économiques s’améliorer, la Tunisie ne cesse de s’enfoncer au grand dam de ceux qui ont rêvé et espéré de ce qui s’est passé le soir du 14 Janvier.

Il nous appartient aujourd’hui de révéler les défaillances qui ont mené à cette situation de crise, non dans une optique d’autoflagellation stérile qui ne peut que faire empirer les choses mais surtout pour comprendre et entrevoir les solutions possibles dans un avenir proche.

Dix erreurs majeures

A mon sens Dix erreurs majeures sont à souligner :

  1. L’Assemblée constitutionnelle : Elle a été le fruit d’un vote populaire et a conduit à un gouvernement de transition provisoire. C’est une grave erreur initiale. L’assemblée constitutionnelle n’aurait jamais dû être de politiques mais de représentants des forces vives de la nations : Avocats, universitaires, ouvriers, industriels, Médecins, Ingénieurs etc.. qui auraient eu la charge de rédiger une constitution qui sert les intérêts du pays et non les visions contradictoires de tel ou tel parti religieux ou laïque. A l’inverse les partis en place, et surtout Ennahdha, ont forgé après un temps interminable une constitution ambiguë qui pourrait plaire à tous sans trouver grâce aux yeux de chacun.
  2. Le système électoral établi : Il ne permet pas l’émergence d’une majorité claire capable de gouverner seule et d’être responsable devant le parlement. Ceci a entrainé une succession de gouvernements faibles, sans autorité, entrainant une paralysie de la décision, un délai inouï dans la discussion des lois, et une incapacité flagrante au niveau de leur application. Le gouvernement gouverne mais ne décide pas. S’il décide ses décisions ne s’appliquent pas.
  3. L’irruption de l’étranger dans les décisions nationales : Il est devenu patent au fil des années que les services secrets étrangers et leurs ambassades ont un impact direct sur la politique que mène la Tunisie. Beaucoup de partis cherchent à avoir l’oreille de forces étrangères et pire s’en font les défenseurs et les soldats au détriment de l’intérêt national. Les exemples sont nombreux, citons au moins deux :
    1. La complicité des pouvoirs en place dans les années 2012-2014 avec les forces qui voulaient en découdre avec le régime syrien et le nombre effarent de jeunes Tunisiens qu’on a laissé embrigader et partir vers les zones de combat rejoindre de groupes notoirement terroristes
    2. Le niveau anormalement élevé de nos importations à partir de la Turquie
  4. Le Manque de vision économique : Les gouvernements qui se sont succédé n’ont jamais pu définir un plan au long terme, des objectifs nécessaires et atteignables. Ils se sont satisfaits de parer au plus pressé, de répondre aux demandes pressantes d’une population tantôt instrumentée tantôt écervelée. Ils ont fini par épuiser les réserves et aggraver l’endettement sans jamais arriver à répondre aux vrais défis de la situation.
  5. La faiblesse du gouvernement a eu pour corollaire le renforcement de la centrale syndicale historique la plus importante en Tunisie l’UGTT qui s’est donné à cœur de joie de réclamer dans tous les sens des augmentations salariales et des avantages, en multipliant de manière effarante les grèves et les blocages des sites de production. Ses agents sont devenus les intermédiaires obligés des travailleurs et des fonctionnaires, ils terrorisent les patrons et épuisent les gouvernants. La conséquence fut un effondrement du rendement des travailleurs, une inflation galopante, une dépréciation continue du dinar et une fuite des investisseurs. Ceci entraine cela, le chômage, raison principale invoquée des évènements du 14 Janvier continue sa triste croissance et les Tunisiens ont perdu près d’un tier de leur richesse commune.
  6. L’absence de politique de communication efficace et le rôle néfaste des mass médias ont fini par rendre le Tunisien Suspicieux, paranoïaque perdant toute confiance dans l’avenir. La désillusion générale a touché tout le monde, les islamistes compris et rend à l’avenir problématique la gestion du futur avec un peuple qui ne se déplace plus pour voter, qui se désintéresse de la chose publique et qui ne fait que réclamer sans jamais oser donner de lui pour son pays.
  7. L’Irruption du terrorisme et les assassinats politiques soulignent surtout l’incapacité de l’état à les juguler. Il parait bizarre que les forces de l’ordre et l’armée restent impuissants face à des petits groupes de maquisards qui ne cessent de tuer et de voler et pose de vraies questions sur ce qui se passe au sein des hautes instances dirigeantes et de leur volonté à éradiquer le phénomène. Tout aussi bizarre est l’absence d’avancées notables dans les dossiers de martyrs Belaid et Brahmi.
  8. La contre bande, le commerce parallèle, l’évasion fiscale, la fuite des capitaux, les énormes avantages accordés à certains groupes financiers et à certaines familles sont aussi d’autres maux qui gangrènent la Tunisie et laissent entrevoir des forces de l’ombre qui s’activent au sein de l’état parfois mêmes dans ses instances dirigeantes pour servir des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.
  9. L’absence de vraie réconciliation avec le passé, le fait qu’on ait laissé tombé les hommes d’affaires et les industriels de l’ancien régime, le fait qu’on a nommé une personne controversée et acide à la tête de l’instance vérité et dignité, a crée un vide dans la vie économique et sociale. Les conséquences de l’action néfaste de l’IVD qui se devait d’être une catharsis psychologique et une réconciliation avec le passé seront lourdes de conséquences mêmes à long terme.
  10. Les Instances démocratiques indépendantes sont soupçonnées d’être infiltrées par tel ou tel parti politique. Il y a un vrai débat au sein de la société sur leur pseudo indépendance et sur le fait qu’elles ne travaillent pas à l’avantage d’une force particulière dans le pays. Les démissions, les grèves et les atermoiements au sein de l’instance supérieur des élections en sont un exemple, l’incapacité d’élire un tribunal constitutionnel en est un autre.

La vérité, est que le chemin vers une vraie démocratie est encore loin en Tunisie. L’illusion de démocratie actuelle est en fait un ring ou les forces laïques et islamistes soutenus par leur entraineurs respectifs peuvent se combattre sans verser de sang, et encore. Le peuple devient par la force des choses un spectateur de plus en plus indifférent. Hypnotisé par ce combat, il oublie de produire et de travailler. Il réclame à boire et à manger en restant sur place tandis que les plus intelligents et les mieux formés, lassés par ce spectacle hideux préfèrent migrer en masse vers d’autres cieux.

Sofiane Zribi

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4 Commentaires
Les Commentaires
FBchir - 14-01-2019 14:37

L'image est celle d'un esquif qui a rompu les amarres, voguant librement sur les flots au gré des courants, sans cap et sans capitaine ou, plutôt, un trop plein de capitaines. Le diagnostic est juste dans ce que décrit Sofiane Zribi, il y manque l'amorce d'une recommandation pour en sortir. Cela ne peut être, il est vrai, l'oeuvre d'une personne. Mais comment sortir de l'état léthargique des intellectuels ? Qui a la clé ? Vraisemblablement, personne. Notre moteur n'est-il qu'à explosion ? Comme lors de ce mémorable 14 janvier. L'étincelle risquerait cette fois de tout embraser. A moins de subir un étouffoir en toute fin d'année.

Ahmed - 15-01-2019 07:54

Excellent article. L'esprit de synthèse du Dr Zribi est admirable.

mohamed bouzaiane - 15-01-2019 12:37

Les dix vérités sont réelles, palpables et sont ressenties par tous les intellectuels avertis conscients et soucieux de ce qui se passe chez nous. Le soulèvement populaire était spectaculaire et n’avait pas de leader autre que les moyens de communications de face book. Ce même moyen a fait le même effet chez d’autres pays mais à différents résultats. Pays d’expérimentations scientifiques, économiques, sociales et militaires, les pays arabes ont enrichi le volume du savoir et du savoir faire des autres populations super plus développées. Cependant, bien que le président Bourguiba ait travaillé avec une élite internationale pour le développement mental et économique des citoyens et du pays, les gouvernements qui ont pris le pouvoir à partir de 2011 n’avaient pour objectif que la course vers le pouvoir et le partage de la ghanima, fruit des sueurs de plusieurs générations. La solution réside alors dans la prise de conscience des coureurs à l’éphémère pouvoir, de l’importance du potentiel énergétique (en déperdition) humain, minier et naturel de notre pays et de savoir l’utiliser avec le maximum d’efficacité. Comme rien ne se perd, rien ne se crée et que tout se transforme (Mr. Lavoisier), Il est impérativement recommandé à ceux qui occupent le somment de la pyramide politique, sociale, syndicale et financière de ne pas transformer les générations actuelles et futures en esclaves et minables mendiants d’autres pays.

mohamed bouzaiane - 15-01-2019 12:54

Mr Zied, les dix vérités sont réelles, palpables et sont ressenties par tous les intellectuels avertis conscients et soucieux de ce qui se passe chez nous. Le soulèvement populaire était spectaculaire et n’avait pas de leader autre que les moyens de communications de Face-Book. Ce même moyen a fait le même effet chez d’autres pays mais à différents résultats. Pays d’expérimentations scientifiques, économiques, sociales et militaires, les pays arabes ont enrichi le volume du savoir et du savoir faire des autres populations super plus développées. Cependant, bien que le président Bourguiba ait travaillé avec une élite Tunisienne d’un haut niveau internationale pour le développement mental et économique des citoyens et du pays, les gouvernements qui ont pris le pouvoir à partir de 2011, n’avaient pour objectif que la course vers les éphémères chaises et le partage de la ghanima, fruit des sueurs de plusieurs générations (précédentes, présentes et futures). La solution réside alors dans la prise de conscience de ces coureurs à l’éphémère pouvoir où qu’il soit, de l’importance du potentiel énergétique (en déperdition) humain, minier et naturel de notre pays et de la nécessité de savoir l’utiliser avec le maximum d’efficacité. Comme rien ne se perd, rien ne se crée et que tout se transforme (Mr. Lavoisier), Il est impérativement recommandé à ceux qui nous commandent à partir du somment de la pyramide politique, sociale, syndicale et financière de ne pas transformer les générations actuelles et futures en esclaves et minables mendiants d’autres pays.

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