News - 11.01.2019

En visite à Paris le 14 février prochain : Ce que Youssef Chahed demandera à la France

En visite à Paris le 14 février prochain : Ce que Youssef Chahed demandera à la France

Un an après la visite du président Emanuel Macron à Tunis, les 31 janvier et 1er février 2018, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, se rendra à Paris les 14 et 15 février prochain, pour ‘’une visite de suivi, de relance et de consolidation’’. Essentiellement à caractère économique et financier, mais aussi sous le signe de la Francophonie (sommet et université francophone), ce déplacement dans la capitale française ne manquera pas de dimension politique à travers les entretiens qu’il aura à l’Elysée et Matignon, notamment. Tout comme la question migratoire et la lutte contre le terrorisme. Le point d’orgue de la visite de Chahed sera sans doute l’audience que lui accordera le président Macron.

Selon des sources diplomatiques parisiennes, le programme de la visite qui est en cours de finalisation, épousera étroitement, à quelques différences près, celui de la visite effectuée par le chef du gouvernement les 9 et 10 novembre 2017. Arrivant la veille au soir, le chef du gouvernement aura ainsi deux journées bien intensives. De quoi susciter une exposition médiatique que Youssef Chahed, en mode de conquête, ne boudera certainement pas.

La France, l’Europe et de nouveaux enjeux

En France, comme en Tunisie, le contexte, cette année, est bien différent. La France assure désormais, depuis le 1er janvier la présidence du G7 dont elle organisera le 45ème sommet à Biarritz, le 25 août prochain, sur lequel la Tunisie compte beaucoup en termes d’appui économique et financier, auprès des pays membres et des institutions financières multilatérales. D’ores et déjà, le président Macron y a convié son homologue tunisien, Béji Caïd Essebsi en hôte d’honneur.

L’Europe aborde avec appréhension le Brexit devant marquer, le 29 mars prochain, la décision finale de la Grande Bretagne vis-à-vis de l’Europe. Plus encore, les élections européennes (23 - 25 mai 2019) auront à souligner l’ampleur que pourrait prendre la montée de la droite et de l’extrême droite, déjà en effervescence populiste dans pas moins de 8 pays européens et d’un autre côté, la régression démocratique dans certains pays. Sur le plan interne, la crise des gilets jaunes avec son corollaire de consultation citoyenne avec un grand débat national pèse de tout son poids en France.

La Tunisie confrontée à tous les défis

En Tunis, 2019 sera une année électorale par excellence, sur fond d’un sentiment de plus en plus profond de désenchantement, d’une inquiétante dérive des indicateurs économiques et financiers, d’une avancée bien difficile des réformes indispensables, de flambée des prix et de fortes revendications sociales. L’ensemble dans un climat général de morosité, de manque de confiance et de contestation nourri par un taux de chômage de plus en plus accablant. 

‘’Dans cette conjoncture, politiquement, bien délicate et économiquement des plus difficiles, et tout en comptant d’abord sur ses propres ressources, c’est vers ses amis, et au premier rang desquels la France, se tourne la Tunisie’’ commente à Leaders une source proche de la Kasbah. ‘’C’est ce message que Youssef Chahed ne manquera pas de réitérer à Paris, ajoute la même source. Il aura cependant à son actif, nombre de progressions accomplies surtout pour l’amélioration du climat des affaires et l’attraction de l’investissement extérieur, la utte contre la malversation, les dispositifs réglementaires contre le blanchiment d’argent, le nouveau code des investissements, les garanties de rapatriement des capitaux et des dividendes, et le contrôle renforcé de la contrebande sont tangibles. Ils s’ajoutent à la compétitivité des sites de production et à la parité du dinar. Youssef Chahed le ponctuera particulièrement lors de sa rencontre avec les dirigeants et membres du Medef. La tenue réussie des élections municipales en mai dernier et l’amorce du transfert des pouvoirs centraux aux collectivités locales et régionales, ouvrent par ailleurs la voie à une coopération décentralisée.’’ Participant au Forum économique de Davos (22 - 25 janvier 2019), Chahed aura bien rôdé son discours attractif.

Des réussites diplomatiques

‘’L’aspect diplomatique international est lui aussi important, indique notre source. Le chef du gouvernement n’occultera sans doute pas, également, durant ses entretiens à Paris, la candidature de la Tunisie à un siège de membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU (2021 - 2022). L’appui de la France ne lui fera pas défaut. Mais aussi, deux grands sommets qu’organisera la Tunisie cette année et celle d’après. Il s’agit d’abord du Sommet arabe qui se tiendra le 31 mars 2019, dans une perspective de grandes retrouvailles des dirigeants arabes et de relance de l’action commune. Puis, du Sommet Francophone, marquant à l’automne 2020, le 50ème anniversaire de l’Organisation internationale Francophone.’’

Les dossiers économiques et financiers

Avec son homologue Edouard Philippe, qui était venu à Tunis, le 5 octobre 2017, signer déjà avant la visite de Macron, onze accords totalisant une enveloppe de 92.3 millions d’euros, l’ordre du jour ne manque pas de dossiers économiques et financiers à faire aboutir. Il s’agit en effet de ces accords, mais aussi des déclarations et projets conclus entre la Tunisie et la France, le 31 janvier 2018 à Carthage, en présence des présidents Béji Caïd Essebsi et Emmanuel Macron. 
La déclaration conjointe sur les priorités du partenariat franco-tunisien avait validé les feuilles de route dans quatre secteurs prioritaires à savoir le développement économique, la justice, sécurité et défense, l’éducation, enseignement supérieur, recherche et formation professionnelle et la culture et francophonie. Aussi, des déclarations d’intention étaient consacrées à :
  • la coopération bilatérale en matière de lutte contre le terrorisme, le financement du terrorisme et la radicalisation,
  • la création d’un fonds de soutien au développement, à l’entreprise et aux initiatives de la jeunesse en Tunisie (Jeunes entrepreneurs en Tunisie – JET),
  • la mise en place d’un fonds en subvention de 30 M€ destiné à financer des projets productifs de proximité, portés par des jeunes sur l’ensemble du territoire tunisien, 
  • la création d’une Université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée (UFTAM)
  • la mobilisation effective des ressources relatives aux opérations de conversion de dette tunisienne en projets de développement, 30 M€ (qui s’ajoutent aux 60 M€ octroyés en janvier 2016)
Il s’agit également d’un avenant au protocole financier relatif à l’octroi d’une ligne de financement en faveur des PME-PMI tunisiennes, d’un montant de 15 M€ (qui s’ajoutent aux 15 M€ octroyés en décembre 2017) et deux conventions de financement. La première pour l’appui à la réforme de la gouvernance des entreprises publiques d’un montant de 100 M€ sous la forme d’un prêt souverain de politique publique, et la seconde, porte sur le programme Proville 2, qui vise à améliorer les conditions de vie des populations dans 146 quartiers de zones urbaines défavorisées.
Taoufik Habaieb
 

 

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