News - 10.10.2018

Khemaïs Jhinaoui à Strasbourg: le problème de l'émigration doit être traité dans une logique de partenariat

Khemaïs Jhinaoui à Strasbourg: le problème de l'émigration doit être traité dans une logique de partenariat

Le ministre des Affaires étrangères, Khemaïs Jhinaoui a pris part mardi à Strasbourg à la session ordinaire de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Accueillant le ministre, la présidente de l’Assemblée parlementaire Liliane Maury Pasquier a déclaré:

«Monsieur le ministre, c’est un honneur et un plaisir de vous accueillir au sein de cette Assemblée qui réunit des membres des parlements de toute l’Europe, et au-delà, pour soutenir les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit. Monsieur le ministre, j’ai grandement apprécié votre récent discours à l’occasion du débat général annuel de la 73e Assemblée générale des Nations Unies. À New York, vous avez porté un message centré sur l’importance de la paix et sur la responsabilité de la communauté internationale pour ce qui est de bâtir une société réellement inclusive afin de renforcer et garantir une paix durable partout dans le monde.

«Votre visite à Strasbourg aujourd’hui est ainsi hautement symbolique. Elle témoigne encore une fois de l’engagement profond de votre pays envers la construction d’un espace commun de protection des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit. Vous venez d’ailleurs de lancer avec le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe le Partenariat de voisinage 2018-2021 avec la Tunisie. L’Assemblée a toujours salué la coopération fructueuse que votre pays entretient avec le Conseil de l’Europe. Cette coopération gagnerait en efficacité avec un dialogue encore plus intense au niveau parlementaire.
«Je suis confiante, Monsieur le ministre : votre visite à Strasbourg pourra donner une nouvelle impulsion à ce dialogue».

Dans son discours, le ministre s'est félicité de l'appui du Conseil à la Tunisie notamment à travers à les programmes Sud I et II et bientôt Sud III, «un appui hautement apprécié dans de nombreux domaines, dont la mise en place de nouvelles instances de gouvernance, la réforme de la justice, la lutte contre la corruption, la consolidation de la liberté de la presse, la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels. Les structures spécialisées du Conseil ont elles aussi apporté un soutien précieux à la Tunisie, à l’instar de la Commission de Venise – dont la Tunisie est membre à part entière –, qui a aidé grâce au concours de ses experts à l’élaboration de la Constitution de 2014, ou encore la Commission européenne pour l’efficacité de la justice, auprès de laquelle la Tunisie a obtenu en 2014 le statut d’observateur»(...)

il a rappelé les efforts déployés par la Tunisie depuis 2011 pour «parachever la construction d’une deuxième République civile et démocratique, en dépit des difficultés économiques et d’un contexte régional difficile. Persévérant dans cette voie, elle a organisé, au mois de mai dernier, les premières élections municipales libres de son histoire. Ce scrutin consacre un principe primordial inscrit dans sa Constitution, celui de la démocratie participative permettant d’asseoir la gouvernance sur le plan local, en tant que levier de croissance à même d’améliorer les conditions de vie des Tunisiens et de réduire les inégalités de développement entre les régions».

La vocation pionnière de la Tunisie

«Dans ce même élan réformiste et dans le prolongement de la politique avant-gardiste de la Tunisie en matière de promotion de la condition féminine, le Président de la République, a lancé une importante initiative visant à consacrer davantage le principe constitutionnel de l’égalité totale entre citoyennes et citoyens. De la sorte, la Tunisie offre, de nouveau, l’une des expériences les plus avancées dans toute la région en matière de reconnaissance des droits et du rôle des femmes. Un débat des plus passionnants – voire parfois passionnés – anime la société tunisienne ces derniers mois, s’articulant autour des avancées futures à entreprendre en ce sens, sur fond de consécration des droits inscrit dans la nouvelle Constitution».

«Ainsi la Tunisie, qui a adopté la première constitution, dans le monde arabe, au XIXe siècle, consacrant la protection de tous les citoyens, quelles que soient leur religion ou leur race, qui a aboli l’esclavage – avant même l’Europe –, qui a consacré l’égalité entre les hommes et les femmes au niveau du statut familial dès le début de l’indépendance, demeurera une terre de réformes, d’innovation, attachée aux valeurs des droits de l’homme que nous partageons tous au sein de cette vénérable Assemblée. C’est d’ailleurs dans le même esprit pionnier au sein du monde arabe que nous avons engagé l’harmonisation de notre cadre juridique et institutionnel avec celui du Conseil de l’Europe. Cela nous a permis d’avancer au plus vite dans la mise en conformité de la loi avec la nouvelle Constitution de 2014. Parallèlement à ces efforts sur la voie de la transition politique, la Tunisie s’emploie à réussir sa transition économique. Elle a lancé un vaste programme de réformes tendant à relancer la croissance et les investissements et à promouvoir la création de l’emploi, notamment pour une jeunesse hautement qualifiée et diplômée. Relever le défi de la relance économique est aujourd’hui un enjeu majeur pour la réussite de la transition démocratique.

C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’a été élaboré le plan de développement économique 2016-2020. Ce plan propose un nouveau modèle de développement économique et social, fondé sur une approche multidimensionnelle favorisant l’efficacité, l’équité et la durabilité, et destiné à accroître l’attractivité de l’économie et à réduire le taux de pauvreté à travers une distribution plus équitable des richesses.

«Il s’est fixé, en substance, cinq axes prioritaires : une bonne gouvernance s’appuyant sur la réforme de l’administration et la lutte contre la corruption ; une transition d’une économie à faible coût à un hub économique ; un développement humain et une inclusion sociale ; une concrétisation des ambitions des régions ; une économie verte. Pour sa mise en place, la Tunisie a besoin du soutien substantiel de ses partenaires – en premier, en Europe – qui soit à la hauteur des enjeux du modèle tunisien. Sa réussite bénéficiera bien évidemment au peuple tunisien, et aura également un impact sur toute la région ; son échec aurait lui aussi un impact sur la stabilité de la région, y compris dans tout le Bassin méditerranéen. De la même façon que nous avons trouvé auprès du Conseil de l’Europe un appui qui a été à la hauteur des exigences de la transition démocratique en Tunisie, nous espérons trouver auprès de nos partenaires européens le soutien nécessaire et adapté aux impératifs de la relance économique, devenue aujourd’hui une nécessité pressante et une condition de la stabilité sociale et politique de la Tunisie»(...)

Evoquant le problème de l'émigration, il a fait remarquer que «la gestion de ce phénomène, aussi ancien que l’existence humaine, ne peut en aucun cas se réduire à la seule dimension sécuritaire. Elle devra obéir à une approche globale et à une logique de partenariat qui s’étendent à toutes les parties prenantes et s’attaquent aux causes profondes, donnant toute la priorité au développement des régions à fort potentiel migratoire, à la formation des jeunes et à la facilitation de la migration circulaire et organisée dans une vision gagnant-gagnant».

Télécharger le discours integral de M. Jhinaoui, ministre des Affaires étrangères de la Tunisie
 

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