News - 09.08.2018

Salma Elloumi, ministre du Tourisme et de l’Artisanat: Mon plan pour promouvoir le nautisme en Tunisie

Salma Elloumi,Ministre du Tourisme et de l’Artisanat: Mon plan pour promouvoir le nautisme

Il est bien rare que les professionnels d’un secteur tiennent à leur ministre et réclament son maintien en poste. Salma Elloumi, en charge du Tourisme et de l’Artisanat, bénéficie de ce privilège. «Maintenant qu’elle a bien compris les enjeux du nautisme et de ses multiples potentialités, il faudrait qu’elle fasse aboutir les chantiers qu’elle a initiés», disent-ils d’une même voix. Même s’ils ne cachent pas leur impatience de voir le dossier avancer plus rapidement. Interview.

«C’est trop long, très compliqué, avec de multiples intervenants et divers intérêts, reconnaît Salma Elloumi, en le déplorant. Le ministère du Tourisme et de l’Artisanat, précise-t-elle, n’est pas le seul maître à bord. La tutelle du secteur est répartie entre plusieurs départements. L’Equipement gère l’infrastructure. Le Transport est en charge du maritime. L’Agriculture exerce la tutelle des ports de pêche, parfois mixte avec la plaisance. Les Affaires locales et l’Environnement agit à travers l’Apal (Agence de protection et d’aménagement du littoral). Le ministère de l’Intérieur est en charge de la sécurité, de la police des frontières et des étrangers ainsi qu’au titre de la Garde nationale, de la garde des côtes. Les gouverneurs accordent les autorisations des bases nautiques. Le ministère des Finances est concerné au titre de la fiscalité et des douanes… Nous prenons le lead, assurons désormais la coordination des intervenants et sommes déterminés à promouvoir le nautisme en Tunisie. Notre objectif est de revoir la législation en vigueur et d’aboutir à un code du nautisme.

En faveur des touristes et plaisanciers étrangers, ou les Tunisiens aussi?

Les deux à la fois ! Il est dommage que les Tunisiens ne profitent pas assez de tout ce que nos 1300 km de côtes fabuleuses peuvent leur offrir. A plus d’un titre : les loisirs, d’abord, mais aussi tant d’activités économiques lucratives. Chantiers de construction navale, ateliers de carénage, réparation et maintenance, animation des marinas, commerces, restauration, etc.

Sans oublier le gisement d’emplois, à bord et à quai. J’ai instruit la toute nouvelle agence de formation des métiers du tourisme à s’y atteler en étroite collaboration avec la profession. Ces spécialités sont très demandées en Tunisie, mais aussi à l’étranger. Pour les étrangers également. Une position de choix au cœur de la Méditerranée, des sites exceptionnels, des ports et services de qualité, des tarifs avantageux. Alors que les ports de plaisance méditerranéens sont presque saturés, la Tunisie a de grandes possibilités d’accueil, en hivernage et plaisance et services à leur offrir.

La chartérisation (location) des bateaux de plaisance est confrontée à de nombreuses difficultés?

A cause de la réglementation en vigueur qu’il va falloir changer. C’est un créneau rentable qui peut profiter à plus de 2 500 bateaux tunisiens et étrangers actuellement dans nos ports. La chartérisation est à organiser et autoriser. Nous nous y mettons.

Des digues du port de plaisance de Sidi Bou Saïd risquent de lâcher?

Il n’y a pas que les digues. Tout le port est à réhabiliter. Sur les huit ports de plaisance que compte la Tunisie, c’est le seul qui appartient à l’Etat. Nous en assurons la gestion à travers la Société des loisirs touristiques (SLT). Les investissements nécessaires à consentir sont très élevés. Et, puis, l’Etat n’a pas vocation à gérer des ports de plaisance. C’est pourquoi il a été décidé de le mettre en concession auprès d’opérateurs privés. Un appel d’offres sera lancé à cet effet, incessamment. Ça n’a pas été facile. Il fallait commencer par choisir un bureau d’études spécialisé pour le charger d’assister le gouvernement dans ce processus, puis finaliser les termes de la concession et les publier. J’exhorte les opérateurs concernés à postuler.

Les bases nautiques sont à relancer?

Tout à fait ! Elles ont souffert elles aussi de la chute du tourisme après janvier 2011. Les agréments relèvent du ministère, en tant qu’activités de loisirs, mais les autorisations sont délivrées par les gouverneurs. Les équipements sont pour la plupart à renouveler, les règles de sécurité à renforcer et des financements appropriés sont à fournir. Cette activité appelle à plus de clarté dans sa gestion, avec l’objectif de faire travailler les bases tout au long de l’année, moyennant des équipements adéquats.

Qu’en est-il des fameux bateaux pirates?

Ces bateaux qui assurent « le transport à titre onéreux » pour des randonnées en mer méritent une attention particulière. Officiellement, ceux qui détiennent un agrément octroyé par l’ONTT au titre de l’activité (les embarcations sont autorisées par la Marine marchande) sont au nombre de 36. Je crains que d’autres, non autorisés persistent à opérer. Il faut plus de contrôle de la qualité des services et prestations à fournir, notamment l’hygiène et la sécurité.

Un précieux potentiel nautique non suffisamment exploité?

Imaginez seulement qu’un plaisancier étranger dépense de 16 à 19 fois plus qu’un touriste balnéaire… Maintenant, on doit s’organiser et agir.

A quels niveaux?

Divers aspects sont presque tous prioritaires. La réglementation d’abord. Le code maritime promulgué en 2011 doit être complété par ses textes d’application. La taxation des bateaux de plaisance et toute la fiscalité sont à réduire. Tout un régime incitatif est à mettre en place. Un financement approprié est à mobiliser. Les formalités sont à alléger, qu’il s’agisse de l’enquête d’acquisition d’un bateau de plaisance, des procédures d’arrivée - départ et autres.

Il y a aussi l’important volet de la formation, dans les divers métiers du nautisme. De la gestion des centres d’animation et bases nautiques aux plongeurs professionnels, skippers (marins), stewards et hôtesses à bord, réparateurs, etc.

Et le marketing – communication promotionnelle?

Immanquablement ! Nous devons reprendre l’initiative en la matière, avec des stratégies appropriées, de vraies campagnes intensives ciblées, des moyens suffisants et des équipes dédiées.

Comment comptez-vous vous y prendre?

En renforçant l’appui de l’Etat et le concours des services centraux du ministère et des autres parties concernées. La cellule Plaisance au sein du cabinet a été érigée en unité de gestion de projets. Elle sera renforcée en effectifs et moyens afin quelle joue pleinement son rôle crucial dans la nouvelle démarche engagée.

Mais aussi et surtout en étroite collaboration avec les professionnels du secteur. Je me félicite de la création de la Fédération tunisienne des activités du tourisme nautique (FTANT) et lui réitère tout le soutien du gouvernement. Couvrant les différentes composantes du secteur et regroupant des compétences de haut niveau, elle constitue un excellent partenaire. D’ores et déjà, nous avons tenu avec ses dirigeants une série de séances de travail, et des réunions techniques se poursuivent activement. Il nous faut à présent fixer des échéances précises pour l’aboutissement des actions à entreprendre. Je me dois de les saluer pour cet engagement et les encourager à y persévérer.

Le gouvernement s’y engage-t-il?

Moi la première, à la tête du ministère. Avec mes collègues au gouvernement, nous sommes déterminés à promouvoir le nautisme en Tunisie...

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