Lu pour vous - 27.02.2018

Nouveau livre d’Olfa Youssef : ‘’Ahla Kalam’’, face à l‘injure...

Nouveau livre d’Olfa Youssef : ‘’Ahla Kalam’’, face à l‘injure...

Pour l’avoir subi, si intensément, depuis 2011, de toutes parts et de différents styles, Olfa Youssef nous gratifie d’un opuscule d’utilité publique consacré à l’injure. A partir d’un recensement méthodique de toutes les moqueries, calomnies, attaques personnelles et autres injures qui lui étaient adressées sur les réseaux sociaux (avec des pics jusqu’en 2013), elle a procédé en chercheur académique à une analyse sémantique, sémiologique et sociologique, jusque-là inédite. Le contenu trahi l’auteur, exprime l’imaginaire populaire collectif, constitue un matériau riche à interpréter judicieusement, nous dit-elle. Savoir le décoder et comprendre ses significations est intéressant pour tous.

Il faut attendre la conclusion du livre (170 pages) pour apprendre que l’injure peut trahir une relation d’amour, une quête d’attention et d’affection qu’il ne convient ugère d’éconduire par une riposte d’une même virulence. « On n’éteint pas le feu par le feu », proclame Olfa Youssef. Il faut savoir faire avec. Quitte à susciter deux types de réaction, qu’elle mentionne dans l’introduction. La première, de la part d’amis est compatissante : « Comment résistez-vous à ces flots de mensonges et d’attaques ! » La seconde, mentionnée par ses détracteurs, est désespérante : « Que vous faut-il encore ! N’est-ce pas assez comme ça ! ». Les deux s’étonnent de sa capacité d’endurance, de patience et de résistance.

Le registre des invectives

L’injure n’a rien à voir personnellement avec sa cible, estime Olfa Youssef. C’est l’expression de la vision du monde par un être, affirme-t-elle. Là, on est dans un double miroir, celui qui injurie et celui de l’auteur. A la limite, « dit-moi qui tu injuries, je te dirais qui tu es ». Olfa Youssef démarre, en consultant le corpus constitué, avec l’injure suprême proférée contre une femme : putain ! Le registre des invectives s’avère alors riche et compliqué : on passe en revue toutes les caractéristiques de la prostitution, les catégories de prostituées, de la putain objet à celle dominatrice, de la femme délaissée par son mari à celle mal satisfaite, du mari absent à l’impuissant, voire à pratiques perverses.

On monte d’un cran en qualifiant Olfa Youssef tour-à-tour d’ignorante, mécréante, athée, engagée dans un complot contre l’Islam, incarnation de Satan, vieillarde, maladive, servante du régime déchu... Rien n’est épargné.

Un lexique très riche

Il y a aussi le style des injures qui est intéressant à souligner. Dans les caractéristiques des textes, on relève l’allongement des voyelles consonnes de certains mots sur plusieurs lignes (tfouuuuuuuuuuuuh), des erreurs linguistiques qui trahissent un niveau culturel très réduit, des mots chocs qui se veulent mortels. Les lexiques se répartissent entre le sexuel (y compris l’évocation des organes) et l’animalier (tout y passe).
Le ton varie entre l’intimidation, la menace, l’adoubement, la comparaison réductrice... L’essentiel dans l’injure est de faire mal, le maximum de mal possible. La personne se dérobe derrière le groupe, parle au nom de la communauté, condamne sans recours possible, exprime les fantasmes collectifs, attise la confrontation...

La peur

D’un point de vue fonctionnel, l’injure relève de la peur, estime Olfa Youssef. Si la communauté accepte les changements politiques intervenus depuis 2011, elle a du mal s’accommoder avec les mutations de la société et refuse de les reconnaître. Beaucoup de Tunisiens considèrent que les fondamentaux de la société sont éternel, inébranlables, la femme gardera sa position d’antan et tout le reste aussi. La peur du changement s’accompagne d’une peur de la pensée différente et s’érige en autoprotection de sa propre fragilité. 
L’injure devient, selon Olfa Youssef, une forme de résistance linguistique à un embarras profond. Mais, aussi quelque part un message d’amour adressé à la cible. L’amour, cette passion, cette expression, cette relation qui fait le plus défaut et cherche à s’exaucer... même par l’injure.
Taoufik Habaieb
 
Ahla Kalam (Doux propos)
Lecture très personnelles des injures sur Facebook (2011 - 2017)
De Olfa Youssef
Imp. Sotepa, février 2018, 170 p. 15 DT
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1 Commentaire
Les Commentaires
sihem - 28-02-2018 09:14

elle est assez orgueilleuse pour penser, si elle devait un jour mériter un interet, qu’elle le devrait à la renommée, et non, comme tant de zélatrice prodigue en courbettes.elle devait une bonne part de l’attention qu’on lui accordait à son pouvoir près des journalistes et Nidaa, le jour où elle le perdrait,elle serait beaucoup plus fragile. combien ceux qui sont à l’abri de l’adversité ignorent tout des autres et d’eux-même. - l’avenir est à la gestion cynique de la bêtise : quand l’élite pensante est à quémander un peu de lumière, jusqu’à perdre toute dignité, pour avoir un strapontin. , quand auraient été servis les notoriétés, les gens placés, les incontournables, les amis des amis, les amants, les amantes, les biens vus, les biens nés, les agitateurs patentés, les beaux parleurs, ceux qui manient hardiment la polémique, les décorés, les provocateurs capable d’enflammer un plateau, les vieux penseurs d’hier nostalgiques du passé pour juger le présent avec les mêmes règles de l’époque. Dans ce pays, on ne donne pas au talent ni à la compétence, on donne au statut et à la fonction.

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