News - 23.11.2017

«Tibicongratulor» : Félicitations à mon Professeur Moncef Ben Moussa, officier de l’Ordre des Arts et des Lettres

«Tibicongratulor» : Félicitations à mon Professeur Moncef Ben Moussa, officier de l’Ordre des Arts et des Lettres

C’est pour moi un grand honneur, certes, mais surtout une joie immense de parler un peu de Moncef Ben Moussa, le conservateur actuel du prestigieux musée du Bardo. L’occasion semble exceptionnelle. Samedi, 18 novembre 2017, l’historien spécialiste de la céramologie romaine tardive se voit attribué les insignes d’officier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Cette décoration républicaine, créée   en 1957, vise à récompenser les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire.Dans le cas de Moncef Ben Moussa, les insignes ont été remis pour sa contribution à la promotion du patrimoine archéologique tunisien. Cette décoration est aussi celle de nos prestigieux ainés, les pères fondateurs de la muséologie et de l’archéologie tunisienne.

En effet durant les soixante dernières années, l'archéologie tunisienne s'est structurée en se fondant sur une prodigieuse évolution des méthodes d'investigation sur le terrain et sur un dispositif de loi qui introduit une rupture avec l'histoire antérieure, celle des «cabinets de curiosités» basée sur la collection de «bel objet» susceptible de raconter l'histoire du pays. Effectivement, les conditions de la recherche archéologique changèrent profondément après l'indépendance puisque les déplacements des archéologues s'améliorèrent considérablement après 1956 mais aussi grâce à la création, en 1966, de l'Institut National d'Archéologie et d'Art (INAA) qui devint le premier organisme chargé de toutes recherches et études qui touchent au patrimoine monumental du jeune État tunisien.

Les années qui suivirent la mise en place de cette institution ont vu également l'apparition des premiers chantiers servent de lieux de formation, à l'instar de celui deHenchir el-Faouar (l’antique BelalisMaior) ou de celui de Kerkouane. Sur ces deux sites, les Professeurs Ammar Mahjoubi et M'hamed Hassine Fantar ont accueilli, durant des années, de très nombreux étudiants que l'on retrouve après à la tête de l'université tunisienne ou dans des postes avancés à l'Institut National du Patrimoine (INP). Moncef Ben Moussa fait partie de ces étudiants, héritiers de la première génération des historiens-universitaires.

Né en 1965, Moncef Ben Moussa, auteur d’un monumental ouvrage sur la production de sigillées africaines, est un pédagogue soucieux de transmettre les secrets de son métier d’archéologue à ses étudiants. Durant son parcours d’enseignant-chercheur, il a pris part à des différentes excavations au centre de la Tunisie, dans le cadre d'études organisées par l’INP.  Après 2011, il succède au professeur Tahar Ghalia à tête du musée du Bardo. Initialement appelé Musée Alaoui, ce haut lieu d’Histoire et de Mémoire fut inauguré par Ali Bey le 7 mai 1888. Depuis lors, il n'a cessé de se développer et de s'agrandir. Au fonds originel constitué par les collections khaznadar, sont venus s'ajouter un grand nombre de découvertes archéologiques et quelques dons offerts par différents dignitaires tunisois.

Sûrement, l’attentat terroriste du 18 mars 2015 marquera l’histoire du musée du Bardo qui se transforme, malgré lui, en un lieu de résistance contre l’obscurantisme passéiste. Et même si les hôtes du musée n’ont pas rapidement oublié ce triste accident, la gestion de cette crise, dirigée par Moncef Ben Moussa, était exceptionnelle. Une année après l’attaque, l'hymne national tunisien a été chanté à l’intérieur du musée par le chœur international de Tunis. Après les chants et la poésie, une fresque en mosaïque dédiée aux victimes de l’attentat est inaugurée pour immortaliser l’événement.

Depuis la fin de 2015, le musée national du Bardo s’est beaucoup développé. Les collections qu’il abrite se sont énormément enrichies et son fond qui reflète la richesse historique du sol tunisien est devenu l’un des têtes de lance pour développer le tourisme culturel. Aujourd’hui, le contenu muséographique réuni est aisément lisible et les réserves du musée national du Bardo commencent à avoir l’intérêt qu’ils méritent. Pour toutes ses raisons, la décoration de Moncef Ben Moussa peut se traduire comme un message de résistance de la Tunisie plurielle à l’obscurantisme.

Avant de finir, j’aime rappeler que l’académicien et l’ancien ministre de la culture tunisien, AzedineBeschaouch, lui aussi officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, répète à ses ami(e)s et ses disciples que le Bardo était toujours un lieu identitaire à couleur multiple. Moncef Ben Moussa semble avoir bien saisi la philosophie de cette phrase du grand historien. C’est pourquoi je me permets à la fin de ces lignes de renouveler mes félicitations à mon ancien professeur Moncef Ben Moussa et à tous les chercheurs de l’INP. Ensemble, historiens et archéologues, nous continuerons l’aventure à la découverte des richesses historiques triplement millénaire de notre Tunisie.

Mohamed Arbi Nsiri

(Historien)

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