Opinions - 01.03.2017

Mohamed Larbi Bouguerra: Arrêtons de massacrer la langue française !

Mohamed Larbi Bouguerra: Arrêtons de massacrer la langue française !

Mardi 28 février 2017, finissant de lire le bulletin intitulé «L’Etat parallèle» du Pr Hamadi Redissi sur le Maghreb (p.8), mon regard est attiré par un encart en français du Ministère des Technologies de la Communication et de l’Economie Numérique (MTCEN). Comme le veut l’usage, on lit dans l’en-tête de cet encart « Républiques tunisienne » oui, république avec S ! Tiens, me dis-je amusé, c’est pour illustrer ce que dit M. Redissi qui évoque «un chef d’Etat parallèle» à côté d’ «un gouvernement parallèle», de «police parallèle», de «diplomatie parallèle» etc…! Poursuivant la lecture de ce texte, quelle ne fut pas ma surprise d’y relever une bonne vingtaine de fautes d’orthographe ou de frappe!
Voilà donc un texte qui vérifie admirablement ce mot de l’écrivain-traducteur Alexandre Vialatte: «Il existe en réalité cent façons de saboter le français académique». Dans ce registre, cet encart fait vraiment très fort!

Ce texte est en fait une horreur absolue où les accords, les accents et les majuscules sont comme distribués au petit bonheur la chance, comme aléatoirement. Horreur d’autant plus insoutenable que ce papier émanant d’un organe officiel de l’Etat tunisien cherche à attirer  «des investisseurs»!
On se perd en conjectures. Qui a rédigé, qui a tapé cette grossièreté ? Au Ministère, aucun responsable n’a relu ce texte? Se peut-il qu’il ait été publié sans que le chef de cabinet, un directeur ou un chef de service ne l’ait lu ? Ou bien faut-il croire qu’au MTCEN la langue de ce texte est considérée comme normale et digne d’être portée à la connaissance du public et des investisseurs tunisiens et étrangers?  Ces responsables devraient lire Ibn Khaldoun qui affirmait: «Pour communiquer avec les autres, il faut être bien entraîné à la maîtrise de la langue, à la formation des phrases convenables et à la combinaison de la composition littéraire». Il faudrait rappeler aussi à ces responsables ce mot de Goethe: «Celui qui ne connaît rien aux langues étrangères ne connaît rien à sa propre langue».

Bien sûr, cette langue n’est pas nôtre mais «un butin de guerre» disait le grand écrivain algérien Kateb Yassine. Evidemment, nous l’avons découverte dans le sillage du colonisateur mais nous nous en sommes emparés pour lui tenir tête, comme aurait dit Habib Bourguiba ou Mahmoud Materi.

Gardons-la donc pour aider au développement de notre pays… et évitons de publier de tels textes sans queue ni tête qui ne peuvent que nous couvrir de ridicule et faire croire que ce pays est une république bananière.

Aujourd’hui, il est clair que la rigueur et le sérieux font défaut dans bien des secteurs de notre administration. Il faut mettre un terme à cette dérive et à ces aberrations.
Salah Garmadi, réveille-toi!  Toi qui as travaillé sur «la langue des enseignes de quelques rues importantes de Tunis» en 1965-66 comme «les trois bêti couchounes» écrit en caractères arabes sur une caféteria-pâtisserie de Bab Bhar et qui écrivais, sarcastique  («Nos ancêtres les Bédouins», Cérès Productions et P.J. Oswald, éditeurs, Paris, 1975):

«J’ai mal à mes souhaits
……………………………………..
Mal au jargon de mes leçons
…………………………………………
Dites-moi chers amis dites mes chers vautours
Nos ancêtres les Gaulois sont-ils de retour?»

Mohamed Larbi Bouguerra





 

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6 Commentaires
Les Commentaires
Hermassi tarek - 01-03-2017 19:48

Position "prescriptiviste", digne d'un membre des "gardiens du temple" de l'Académie Française, allant à l'encontre du "descriptivisme" de la linguistique, tel que proposé par De Saussure! Pourquoi autant d'affolement pour des typos ou des "fautes" pour utiliser la dichotomie "erreur/faute" de S. Pit Corder! En ce qui concerne l'Anglais, actuellement en parle de ELF (English as a Lingua Franca, intégrant les écarts linguistiques des locuteurs non-natifs de l'Anglais) et c (sic), ou ça sera, le cas pour la langue française qui vit un phénomène de "FLF", French as a Lingua Franca, tolérant, voir meme intégrant les écarts linguistiques des locuteurs natifs et non-natifs)! La language appartient à ceux qui l'utilisent et ne peut aucunement être "momifiée"!!!

MHK - 01-03-2017 22:32

Il est illusoire de de croire que le développement du pays passe par l'apprentissage du français. Certes c'est un butin de guerre, comme toute autre langue, mais en y repensant ne serait-t-il pas mieux si on se mettait à l’anglais ? Ou l’espagnole ? Ou le chinois ? Et pourquoi pas déclasser le français et laisser les gens choisirent comme bon leur semble ? Ce qui est naïf c’est de croire qu'en 2017 le français a une signification quelconque. Rassurez-vous que même sans Français, vous pourrez quand même apprécier votre café à Paris avec un serveur qui vous dira “Welcoum to Parrrisse”. Les efforts de Mr. Bouguerra pour corriger les écorches à la langue du colonisateur sont loués mais il aurait été plus apprécié si ses efforts allaient dans le sens de la réflexion sur le langue Tunisienne (avouons que c’est différent de l’arabe moyen oriental) et la maîtrise des nouvelles langues émergentes.

Nasser - 02-03-2017 16:23

L'arabe n'est plus une langue de savoir depuis plusieurs siècles et sa remise en état d'accompagner l'entrée dans la modernité est coûteuse et dépend de la contribution loin d'être acquise de nombreux "copropriétaires" qui ne s'entendront ni sur la façon de s'y prendre ni sur le partage des coûts. Autant dire que cette remise en état ne se fera pas. D'autre part, le français a déjà beaucoup fait pour la modernisation de la Tunisie, pays fondateur de la francophonie. Bourguiba se l'est approprié comme "butin de guerre" et nous sommes en train de le laisser dépérir. Pendant ce temps le Maroc est en train de renforcer le français à l'école et l'inscrit dans son patrimoine culturel avec notamment quatre prix Goncourt.

Marceau Déchamps - 02-03-2017 16:36

Cher Monsieur, Bravo et merci pour votre engagement pour la défense et la promotion de la langue française. Choukrane kassirane (je n'ai pas l'alphabet arabe à ma disposition) Marceau Déchamps association Défense de la langue française www.langue-francaise.org

Mohamed Larbi Bouguerra - 04-03-2017 11:23

A Nasser Votre commentaire est pertinent . S'agissant des "copropriétaires", permettez moi de vous dire que j'ai présidé, pour l'UNESCO, dans les années 1980, un comité pour une arabisation uniforme des termes techniques en chimie car il y avait une grande confusion dans ce domaine les Egyptiens, les Syriens ou les Koweitiens n'utilisant pas les mêmes termes pour désigner tel appareil ou telle réaction. Nous nous sommes réunis à cet effet à Rabat. La réunion n'a pas duré une heure. Nous avons buté, bizarrement, sur le mot "alcool". Mot d'origine arabe, "alcool" est universellement utilisé aussi bien par les chimistes chinois que grecs ou moldaves. Mais notre aréopage de chimistes arabes n'est pas arrivé à s'entendre sur un terme commun à tous "les propriétaires"! Plutôt qu'"alcool", un délégué du Golfe voulait introduire un vocable que l'on ne rencontre que dans le Coran....pour s'opposer au mot "alcool" car défendu par des délégués baathistes!!

Rached Mahbouli - 25-03-2017 23:25

Je viens de lire l'article de Si Mohamed Larbi Bouguerra qui a particulièrement attiré mon attention. Le français pose problème en Tunisie, et en posera davantage dans le futur. En l'absence d'une agence nationale de contrôle des enseignes, celles-ci constituent pour un étranger qui parcourt la ville ou le pays un moyen de bien s'amuser. Il est vrai qu'écrire correctement un texte en français (selon les normes généralement usitées dans les grands journaux), n'est pas toujours évident. A titre d'exemple, voici la correction des erreurs que j'ai relevées dans l'article et les commentaires. Article: ministère des Technologies de la communication et de l' Economie numérique. Commentaires: T. Hermassi: Académie française, anglais, voire (ne pas ajouter même pour éviter un pléonasme), langue. MHK: l'espagnol, choisir, le français, écorche n'est pas au dictionnaire, la langue tunisienne, moyen-oriental. MLBouguerra: permettez-moi. Pour terminer, voici une anecdote telle qu'entendue. A une réunion où plusieurs convives discutaient des langues qu'ils prétendaient connaître, V. Hugo interrogé a répondu: "Je suis en train d'apprendre le français". Effectivement, tout en écrivant "Les Misérables", il apprenait quotidiennement trois pages du dictionnaire!

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