Lu pour vous - 05.11.2016

Révélations: Comment fonctionnait le système Ben Ali

Révélations: Comment fonctionnait le système Ben Ali

C’est le premier témoignage public qui rend compte du fonctionnement interne du système mis en place par le président déchu Ben Ali à la Présidence de la République. Bien que fragmentaire et limité au mode opératoire surtout administratif, juridique et financier, il offre un large panorama de nombre de pratiques érigées en règles absolues que personne n’osait transgresser.

Ce témoignage, on le doit à l’ancien secrétaire général de la Présidence de la République,

 Slaheddine Cherif, et à un ancien chef de cabinet au Premier ministère, avec rang de secrétaire général, sous Mzali, Mohamed Moncef Ksibi.

Népotisme, favoritisme, abus d’autorité, passe-droits, concentration des pouvoirs... les exemples sont nombreux. Ni divulgation de secret d’Etat, ni dénonciation publique, prévient Slaheddine Cherif qui a pourtant été mis aux arrêts après la Révolution pendant une longue période avant de recouvrer sa liberté.

Il entend surtout lever un coin de voile sur la personnalité de Ben Ali et son mode de 

gouvernement et en livrer enseignements. «Ni règlement de comptes, ni atteinte à la vie privée, mais un récit objectif et instructif», avertit Mohamed Moncef Ksibi. Dans un souci d’objectivité, les auteurs n’omettent pas de signaler «certaines décisions positives», qu’il s’agisse de réforme administrative, de la création des fonctions de médiateur, de citoyen superviseur, de bureaux de relations avec le citoyen, etc.

Leur récit, documenté d’affaires vécues à Carthage, s’il est loin d’être exhaustif et croustillant, ne manque pas de cas significatifs.

Au moindre soupçon

Une société italienne a obtenu un terrain à Tabarka d’une superficie de 38 700 m2 en vue d’y construire 40 villas. Les travaux ́taient à 65% de leur taux d’exécution et il ne restait qu’à obtenir l’autorisation du gouverneur et un crédit bancaire de 1.5 MD pour finaliser le projet. Ayant appris que le gérant (tunisien) de la société multipliait les déclarations d’opposition à son encontre, Ben Ali fera tout suspendre jusqu’au limogeage du gérant et son remplacement.

Voile: tolérance zéro

Une diplomate était de retour à Tunis après avoir été en poste à Washington et devait obtenir un emploi fonctionnel au ministère des Affaires étrangères. Carthage oppose son refus. Renseignement pris, il lui était reproché de porter le voile, ce que l’intéressée n’a pas nié, expliquant qu’elle portait ponctuellement le voile juste pour assister aux conférences de Rached Ghannouchi. Ce qui a permis de «régulariser» son cas.

Même pas un gémissement

Néjib Ben Abdallah, cadre du ministère des Affaires étrangères, était secrétaire général du ministère de l’Intérieur et avait mal accepté le limogeage de son ministre, Abdelhamid Echeikh, au lendemain de l’attentat de Bab Souika, le 18 janvier 1991. Ses critiques de la décision présidentielle sont parvenues aux oreilles de Ben Ali qui a demandé sa radiation de la Fonction publique. Ben Abdallah s’est alors empressé de remettre sa démission, s’estimant heureux d’avoir ainsi échappé à un châtiment plus grave.

Pas de contacts avec les médias

Qui a fuité à notre confrère l’Echo enmai1994une info indiquant que la prime de rendement sera servie aux agents publics, en avance, juste à la veille de la fête de l’Aïd el idha? Ben Ali y a vu une pression qu’on a voulu exercer sur lui pour forcer sa décision. Bien qu’innocent, Mohamed Hadj Taieb, directeur général au Premier ministère, a été désigné coupable par le ministre de l’Intérieur de l’époque. Sentence: son limogeage...

Renier ses amis

Le P.D.G. de la Cnss (2005) a été mis à la retraite d’office au motif de contacts fréquents avec l’ancien directeur du cabinet présidentiel, Mohamed Jegham.

Refus d’obtempérer

La fille d’une gouvernante en charge de l’une des filles de Ben Ali devait concourir pour accéder à l’ENA et une recommandation spéciale en sa faveur a été dûment notifiée au directeur, Mohamed Amor. Pour avoir refusé d’obtempérer, il sera mis à la retraite d’office.

Maintien en activité

Dix magistrats ayant atteint l’âge de la retraite avaient été recommandés par le ministre de la Justice pour les maintenir en activité. Trois parmi eux n’ont pas été retenus, sur avis du chef du département juridique à la Présidence au motif qu’ils ne sont pas coopératifs.

Liberté de la presse

Afif Hendaoui, ministre de la Communication, avait été instruit pour consulter les journalistes et proposer des amendements au Code de la presse, en vue d’y introduire plus d’assouplissement en matière de liberté notamment. Lors d’un Conseil ministériel restreint (CMR), Ben Ali n’en a retenu que le strict minimum et... limogé le ministre, trois mois plus tard.

Monsieur le Maire

Prêtant oreille à des proches lui signalant des malversations qu’aurait commises le maire de Tunis, Abbès Mohsen, et son secrétaire général, Ben Ftima, Ben Ali commence par limoger son secrétaire général, et ordonnera une enquête approfondie qui s’avèrera non concluante. L’affaire sera classée, mais Ben Ftima ne sera pas rétabli dans ses fonctions.

Hôtel Sidi Bou Fares

La municipalité de Sidi Bou Saïd était actionnaire à hauteur de 94% du capital de la société El Béji, propriétaire de l’hôtel Sidi Bou Fares. Instruction a été donnée au maire par Ben Ali pour céder l’hôtel à l’un de ses proches au prix de ... 120.000 DT.

Seul maître à bord

Peu enclin à déléguer ne serait-ce que partiellement certains de ses pouvoirs réglementaires au Premier ministre, Ben Ali en a gardé pour lui la plupart, notamment pour ce qui est des nominations aux postes élevés civils et militaires.

Même concentration du pouvoir pour ce qui est de l’ordonnancement du budget de la Présidence. Aucune délégation n’a été donnée et Ben Ali signait lui-même la moindre dépense. Tout relevait directement de lui, y compris les moindres travaux de maintenance électrique et autres du Palais et des résidences officielles.

La prise de décision

Contrairement à leurs prédécesseurs sous Bourguiba, qui présidaient souvent les réunions du Conseil des ministres, les trois Premiers ministres successifs de Ben Ali n’avaient qu’une marge de manœuvre très réduite dans la prise de décision. Ils se contentaient de tenir des conseils interministériels (CIM) regroupant seuls les ministres concernés et si nécessaire de hauts cadres, et de transmettre leurs avis à Carthage. Ben Ali statuait ensuite sur les conclusions en conseils ministériels restreints (CMR) réunis sous sa présidence à Carthage et tranchait directement, quitte à classer certains dossiers. Parfois, il y associait des spécialistes. Quant aux projets de loi approuvés en CMR, ils seront présentés pour adoption en Conseil des ministres.

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