Success Story - 29.07.2014

Insaf Karoui: de la danse à la fabrication des chaussures…de danse

Insaf Karoui n’est pas peu fière de nous montrer la collection de chaussures qu’elle vient de fabriquer de ses petites mains. Elles sont à première vue des chaussures de femmes  tendance  tout à fait en phase avec la mode. De belles chaussures et en plus bien finies.

Mais ce sont des chaussures d’un type particulier, des chaussures de danse, dit-elle à son auditoire médusé. Eh oui, le parcours de Mme Insaf Karoui est bien particulier. On dit de certains métiers qu’il mènent à tout à condition d’en sortir. Pour elle, c’est son loisir, la danse, qui l’a menée à la fabrication quasi artisanale (handmade, nous dit-elle) des chaussures…de danse. Férue de danse latine, essentiellement la salsa mais aussi le tango, elle a remarqué que ses copains et copines de  danse portaient des chaussures peu adaptées à leur loisir, pourtant il s’agit d’un accessoire essentiel. A peine s’ils chaussaient ces espadrilles de genre «gazelle». Mais si de telles savates sont permises aux entraînements ou aux leçons de danse, ce n’est pas le cas au cours des soirées dédiées à la danse où il faut être sur son trente et un.

Participant avec ses amis à un meeting de danse (c’est comme ça qu’on appelle la virée de tout un week-end dans un hôtel quelque part dans le monde où la danse est pratiquée jusqu’à une heure tardive de la nuit et où tout ce qui a trait à la danse est présent) à Bratislava, la capitale de la Slovaquie, elle a remarqué qu’il y avait des stands de chaussures, de grandes marques italiennes ou de fabrication chinoise. Ces chaussures étaient très chères jusqu’à 200 euros, c’est-à-dire 450 dinars. Artiste dans l’âme, Mme Insaf Karoui a eu le déclic  à ce moment-là. Et si elle se mettait à fabriquer ces fameuses chaussures? Avec sa voix douce, elle nous explique que même si elles ressemblent à première vue aux autres chaussures, elles ne le sont pas tout à fait. Car c’est au niveau de la semelle que la différence s’opère puisqu’il faut du daim suède qui puisse adhérer aux pistes de danse sans les abîmer. Il faut aussi que les talons soient un peu larges car c’est le point d’appui principal de la danseuse ou du danseur.

Dans les danses latines, le danseur fait tournoyer sa partenaire et la tire brusquement vers lui. Il faut des chaussures appropriées à cette fin. Elle dit qu’elle a été beaucoup encouragée par ses professeurs, le couple Farès Soltani-Katy Khadija. Quand elle parle d’eux, ses yeux brillent de reconnaissance et son minois se fait encore plus avenant.

Tunisienne dans l’âme, un mélange détonant de douceur et de détermination, elle prend son bâton de pèlerin et va partout où les chaussures sont fabriquées. A Sfax bien sûr mais aussi à Bahr Lazrag près de La Marsa et ailleurs. Car il faut de la matière première, du cuir mais aussi ce fameux daim suède. Il y a de tout en Tunisie. Quand on l’entend dire ce mot, elle semble sur un nuage. Elle a commencé à fabriquer des chaussures de ses petites mains. Mais elle se rend compte qu’il lui faut des moules, surtout pour le talon un peu particulier comme on l’a dit. Un moule, c’est quelques milliers de dinars. Elle a commencé en raclant des fonds de tiroir. Son mari travaillant dans les télécoms, admiratif, l’aide autant que faire se peut. Qu’à cela ne tienne. A force de volonté, elle déniche l’homme qui accepte d’adapter un de ses moules à ses besoins. Soulagée, car le talon est la partie essentielle de la chaussure de danse, elle peut continuer tranquillement son rêve. Au cours d’un de ces fameux meetings, cette fois à Hammamet en Tunisie, on lui suggère d’offrir des chaussures au couple de danseurs gagnants.

Elle accepte de bonne grâce. Mais il lui faut fabriquer des chaussures à la pointure de l’homme et de la femme vainqueurs. Elle y réussit tant et si bien que cela lui fera une belle publicité. S’inspirant de la mode à travers Internet, Insaf Karoui s’oblige maintenant à fabriquer toute une série de la pointure 37 à 42 dans tous les modèles conçus. Elle ne compte pas pour le moment ouvrir une boutique. Mais elle est consciente qu’il faut aller avec ses chaussures sous les bras à tous les meetings et congrès de danse de notre région. A Marrakech, ville de la danse par excellence, mais aussi à Beyrouth et à Dubaï. Elle a essayé de travailler avec un Libanais mais il lui a demandé de mettre son logo à lui, mais elle a refusé net. C’est son travail à elle, sa griffe à elle, son idée à elle, ses efforts à elle. Et elle ne veut pas les brader. Sa marque c’est Estrella et son logo, un couple de danseurs se tenant par la main.

Estrella est un mot espagnol qui  veut dire étoile, star, vedette, phare. Mme Insaf Karoui veut que ses chaussures soient tout cela à la fois. Des étoiles chaussées par  des stars. Elle a déjà sa page sur Facebook, elle vend en ligne mais cela ne sera pas suffisant. Il lui faut se faire connaître et elle compte bien s’y investir. Artiste jusqu’ au bout des ongles, volontaire comme il n’y en a pas deux, elle est déterminée à se faire une place au soleil.

R.B.R.

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