Opinions - 07.02.2014

Somptuosités de la crise en Tunisie et fermeture dogmatique en Occident

Décidément, nos élites politiques nagent en plein délire! Elles nous disent que le pays est en grave crise, que les caisses sont vides; et les voilà qui fêtent à grands frais l'adoption d'une constitution dont il reste à mettre en œuvre les principes. Hier, le palais de Carthage offrait la fête avec un feu d'artifice; et aujourd'hui, il remet cela en invitant des personnalités étrangères à une manifestation fort dispendieuse.

La nouvelle devise du Panem et circences(1)

On disait du temps de Rome que pour gouverner en paix, il fallait donner du pain et des jeux du cirque au peuple afin de l'occuper, le détourner du pouvoir. En Tunisie, on n'offre rien au peuple, les jeux du cirque étant ceux de ses élites occupées à s'exhiber, osant offrir du biscuit au peuple manquant de pain comme le fit une reine coupée des réalités de son peuple révolté contre ses faux seigneurs; ce qui lui valut d'avoir la tête coupée.

L'histoire ne se répète-t-elle pas? On nous dit que l'État a besoin de moyens, qu'il est au bout de la faillite. Pour cela, on l'endette encore plus et on parle de gel des augmentations de salaire. Mais que voit-on dans le même temps? L'État ne fait rien pour limiter ses somptuosités en dépenses d’apparat. On l'a déjà vu le soir de l'adoption de la constitution; et voilà qu'on nous prépare des réjouissances encore plus dispendieuses avec l'invitation de personnalités mondiales dont celles ayant snobé la fête sobre du jour d'adoption.

Encore si l'aréopage des grands de ce monde apportait quelque chose de concret pour le pays! Car la démocratie en Tunisie a bien plus besoin de réalisations concrètes que de dépenses somptuaires et de mesures consolidant sa dépendance à l'égard de l'étranger.

Je ne reviendrai pas ici sur les exigencesqu'impose le sens de l'histoire, que manifesterait une intégration digne de la Tunisie — donc en bonne et due forme — au système économique et politique de l'Occident, et de l'Europe en particulier. Je dirais juste aux amis d'Occident : que n'effaciez-vous la dette tunisienne? Que n'encouragiez-vous les jeunes tunisiens à circuler librement, ces jeunes dont la tête est pleine de projets économiques à cheval entre les deux rives de la Méditerranée,maisqu'ils ne peuvent réaliser faute de liberté de mouvement ? Du coup, vous effaceriez une clandestinité qui ne fait qu'obérer l'économie occidentale par le travail au noir outre les malheurs quotidiens qu'elle entraîne en Méditerranée.

Mais est-ce bien ce que veulent les gourous de l'économie occidentale? N'ont-ils pas besoin de trous d'illégalité dans tout système démocratique pour continuer à faire survivre le système économique actuel plein de contradictions? Au fait, ce système sous perfusion d'illégalités, jusqu'à quand survivra-t-il aux changements dans le monde?

Il est temps que l'on comprenne que le peuple de Tunisie ne peut se contenter  de la destinée qu'on veut lui imposer : celle d'un marché ouvert à tous les vents en étant un terrain réservé aux purs intérêts de l'Occident. Ce peuple rêve d'une démocratie véritable, et non à la mesure des intérêts des capitalistes nationaux et internationaux qui se satisfont d'une démocratie au rabais propice à la souplesse qu'impose un marché où se pratique encore le capitalisme sauvage qu'on croyait avoir enterré.

Comme pour les services externalisés de plus en plus hors des pays de droit, l'économie occidentale cherche des zones de non-droit, formellement démocratiques, mais juste ce qu'il faut pour continuer à donner l'illusion de la vie à un système moribond. Dans le même temps, tout en prétendant vouloir la réussite de la démocratie dans les pays du Sud, elle entend garder sous son influence, au service de ses seuls intérêts, ce Sud qu'on prend soin d'écarter du système démocratique mondial, pourtant condition sine qua non pour sa viabilité. Car aucune démocratie ne peut naître aujourd'hui dans une réserve.

La fermeture dogmatique occidentale

Une fermeture dogmatique est bien sûr là pour justifier l'injustifiable et faire taire les justes exigences taxées d'utopies. Elle a pour nom la crise économique internationale. Pourtant, si crise il y a, elle n'est que dans les têtes, les peuples continuant toujours à survivre avec les moyens du bord comme avant, et les riches, ces financiers multinationaux, ne cessant de s'enrichir de plus en plus malgré — ou grâce — à cette supposée crise.
Il est aberrant et catastrophique qu'au moment même où la fameuse fermeture dogmatique islamique est en train de disparaître à la faveur de la révolution en Tunisie, elle se déplace ainsi en Occident. N'est-ce pas le fond inconscient judéo-chrétien qui se manifeste de la sorte, amenant les dirigeants d'Occident à préférer un islam plutôt ennemi qu'ami, car commode à gérer pour ses propres penchants belliqueux— ne seraient-ils qu'inconscients — et pour les intérêts de ses marchands d'armes?

Si l'Occident veut vraiment la Tunisie en pays démocratique, que ne fait-il ce qui tombe sous le sens : son intégration à un espace de démocratie? Si l'Occident veut d'une Tunisie qui soit plus qu'un marché, partageant toutes ses valeurs, non seulement économiques, il doit lui proposer d'intégrer une aire de civilisation à construire de concert, où se côtoie le meilleur des valeurs occidentales et orientales.

C'est ce que commandent la raison et la logique, et c'est ce qui se fera tôt ou tard. Ainsi, l'Occident, s'il n'a pasla moindre arrière-pensée comme il le prétend, sait ce qui l'attend en assurant vouloir la réussite de la démocratie en Tunisie. Et qu'il n'excipe pas de sa classique ritournelle de la crise qui n'est que dans les têtes, se nourrissant de ses propres contradictions ! La première de ces contradictions restant, bien évidemment, la fermeture des frontières qui n'est que la concrétisation d'une fermeture dogmatique occidentale aux réalités nouvelles dans le monde qu'incarne la Tunisie.

Et que le gouvernement de M. Jomaa, la présidence provisoire, quitte à faire des dépenses pour honorer leurs hôtes, en profitent pour rappeler à leurs amis d'Occident d'être logiques avec eux-mêmes! Qu'ils demandent,au moins,à nos créanciers l'effacement immédiat et total de la dette tunisienne, une dette remontant pour l'essentiel à l'ancien régime, et donc une dette scélérate! Qu'ils fassent ce geste minimal si, de part et d'autre, on n'ose encore proposer et demander l'adhésion de la Tunisie au système occidental avec une entrée par la grande porte à l'Union européenne!

Et qu'on me permette de conclure en précisant que je n'ai vocation ni de jouer à Cassandre ni de parler dans le vide; et je m'adresse à la conscience des plus objectifs de nos politiques, les plus honnêtes, dont notamment les amis d'Occident, Pour ces derniers, ce qu'ils ont ici, c'est une parole d'un ami intime, mais exigeant.

Farhat Othman

(1) du pain et des jeux

 

Tags : d   Mehdi Jomaa   Tunisie  
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11 Commentaires
Les Commentaires
Karim - 07-02-2014 13:20

Chassons le naturel et il revient au galop et cette mascarade constitutionnelle est l'arbre qui cache en fait la forêt des vrais problemes du citoyen qui attend de vrais réponse à sa misère quotidienne !

berger - 07-02-2014 20:54

" du pain et du jeux"cette devise est en réalité une découverte et non une invention. Ce qu´on appelle "l´Etat de bien- être" ou Welfare state, c´est un problème insoluble à telle enseigne que meme les gouvernements de gauche l´on en quelque sorte abandonné. Ils tous fait pour enc oucourager et amener les enfanfs d´ouvriers de fréquenter les universities, les portes des universities sont ouvertes,il ya des bourses et toute facilité encore, mais ca ne marche pas, que finalement un de ses gouvernemnts a abandonné l´enseignement pour tous et s´est concentré a former des èlites, c´est-à-dire , ce qui necessairement les enfants de parents instruits et (riches). Et pourquoi? les Romains ongt raison: le peuple "veut",et non on donne, du pain et du jeux. c´est le peuple qui veut ca, et j´ai personnellement entendu des jeunes europeens dire qu´on a le droit de ne pas faire des études. Pouvez vous expliquer ce phénomène

adil - 08-02-2014 01:05

Bonte divine,quelle ratatouille tunisoise!Si vous comnenciez par expliciter chaque concept et chaque affirmation a l emporte piece,vous parviendrez peut etre a vous comprendre vous meme et cela nous aiderait peut a vous comprendre.Il ne suffit pas de lancer des slogans pour avoir une pensee et un discours

Pierrick Hamon - 08-02-2014 08:49

J'ai toujours pensé que les Tunisiens et les Français, dans leurs diversités, avaient beaucoup de ressemblances, y compris un auto dénigrement parfois un peu dogmatique ! Bien sur qu'il reste beaucoup à faire, mais il y a des signaux positifs et constructifs à donner, au peule tunisien comme au monde, qui peuvent être au moins aussi efficaces, et parfois beaucoup plus efficaces, que certaines dispositions concrètes qui devront ensuite les accompagner, ou être "transformées", comme on dit en rugby... Chers amis tunisiens, ne négligez pas l'impact international considérable de ce que vous venez d'engager. C'est une leçon donnée au monde et à l'Europe voisine. Bravo à tous pour cette lucidité. P.Hamon (Montreuil93-France)/Gabes)

bouzaiane Mohamed - 08-02-2014 10:10

Tous les pays de la planète ont vécu et vivent actuellement selon la logique de la nature qui est celle de la loi de jungle basée sur le prince de survie qui fait apparaître la proie et son prédateur. Or, les proies humaines que certains appellent Ghanima ne sont autre que ses biens matériels et immatériels. Les plus forts et les plus rusés localisent leurs proies(marchés, affaires)et exercent leurs pressions pour sucer le maximum du patrimoine de la victime. Or,la particularité de l'homme est sa possibilité de mémoriser et de se transformer de situation de proie à celle de prédateur. C'est banalement l'histoire des hommes et des civilisations.Malheureusement les musulmans prédateurs d'hier se sont transformés depuis le quatorzième siècle en proie de plus en plus incapable de se défendre devant les ruses de ceux qui veulent la dévorer.La première attaque qui correspondait à la première morsure, a touché la Palestine qui est resté plaie ouverte et douloureuse.Les prédateurs chacun à sa taille a localisé la portion qui lui convient et continue à la consommer à sa guise. Chaque opération a son temps et chaque proie qui veut s'échapper se trouve la première dans une assiette pour être préparée à la consommation ou à la congélation.C'es la loi de la nature,il faut simplement comprendre les ficelles des marionnettes, comprendre le système et faire des compromis pour éviter le pire. La Tunisie est une proie comme toutes les autres mais reste encore peu consistante pour les plus gros prédateurs.Nos yeux doivent être orientées sur les autres et sur leurs marionnettes locales corrompus. Amour et sincérité à notre Chérie Tunisie pour que les inévitables morsures ne lui fassent pas de mal et que son système immunitaire puisse réparer les dégâts. (A SUIVRE)

Béchir Toukabri - 08-02-2014 10:18

Bravo Monsieur Farhat Othman. Pour votre lucidété. Vous avez saisi la vérité des pays occidentaux. Sous couvert de slogans hypocrites et des pièges à con qu'ils répandent partout, comme la liberté individuelle,la démocratie..etc, et auxquels nos élités y croient aveuglement, ces "grandes puissances ne cherchent que leurs intérêts et à nous asservir. Si vous consacrez vos prochains articles à dénoncer cette attitude des pays occidentaux, peut être que vous ouvrirez les yeux de nos élites et de la majorité de notre peuple. Et vous rendrez un grand service à notre pays

Mohamed Najib Abdelkefi - 08-02-2014 12:11

Je suis tellement étonné, content, et satisfait que je ne trouve pas les mots pour remercier ce premier tunisien qui ose dire ¨au lion que son haleine est fétide, selon notre proverbe populaire. Voilà enfin un audacieux qui s'exprime clairement et bien fort comme le souhaitaient et le souhaitent encore les citoyens qui, comme ¨ce serveur¨(selon l'expression espagnole) vivent en occident. Il est temps de dire les 4 vérités. Bravo cher ami et on peut être tranquile sur l'avenir de la petite grande tunisie tant qu'elle engendre encore des hommes et des femmes comme vous. Bravo encore

Observateur - 08-02-2014 19:14

Avec cette nouvelle constitution, les Tunisiens et les Tunisiennes ont franchi une étape importante et ils sont en droit de fêter même si les choses ne sont pas rose, car on bâtit sur ce qui est postif. Le succès invite le succès. Peut-être que M. Othman et ses semblables auraient bien aimé que l'on ne réussisse pas. La critique est facile dans ce cas.

Lotfi Ben Mrad - 08-02-2014 20:59

Lorsque vous voulez affaiblir un individu (ou une commnauté d'individus), commencez par l'isoler lentement et surement de tous ses amis et de tous ses appuis pour en faire même des ennemis. Une fois seul, il est suffisemment fragilisé pour le neutraliser et en faire un pantin d'aumone. En politique, toutes les stratégies destructrices de ce type sont monnaie courante. Continuez à insulter le monde, puis vos amis qui vous ont soutenu, puis vos appuis, puis votre propre frère...et vous irez bien loin, oui loin... du nombril

Vita Bruno - 10-02-2014 14:19

je suis d'accord avec Observateur! Mr. Othman radote toujours les mêmes choses avec la même hargne, insouciant des lois économiques et du fait qu'annuler la dette veut dire ne plus trouver de crédit la fois suivante!

bounab - 14-02-2014 19:01

En reponse à vos observationssur le comportement des hommes politiques de tous bords, internationals, à l'heurs acctuele dans tous les pays du monde aucun homme politique ne posséde une conscience, ni valeur morale ils ne pensent qu'a se remplire les fouilles c'est la raison pour laquelle les citoyens das tous les pays fuient les urnes, oubien, se révoltent oubien encore votre pour l'extreme.

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