News - 23.02.2013

Dora Latiri: L'amoureuse de tn

Son père feu Mokhtar Latiri, le plus illustre des polytechniciens tunisiens, avait lui aussi le bon réflexe de se promener toujours, bien avant l’ère du numérique, avec son appareil photo au poing. Et voilà sa fille Dora, qui en hérite beaucoup mais cultive sa différence, entretenir la même passion de figer l’instant fugace et de l’accompagner par un texte aussi expressif. Professeur de littérature à Brighton où elle vit depuis plusieurs années après avoir sillonné longtemps le monde arabe, elle avait repris le chemin de Tunis après la révolution. Un retour ému dans son pays natal, dans la maison familiale, à la recherche de ce qui est resté et surtout de ce qui est en train de changer. Texte et photo, son carnet de voyage qu’elle vient de publier aux éditions Elyzad sou le titre de «Un amour de tn» est exceptionnel.

Dora a beaucoup travaillé dans ses recherches universitaires sur la langue et les questions interculturelles ainsi que sur les migrations, les minorités et leurs représentations au cinéma et dans la littérature. Sa relecture de la Tunisie post-révolution ne peut qu’être nourrie de tout cela, pour mieux restituer ses évocations, ses émotions et surtout son regard. Pour un premier texte littéraire qu’elle publie, elle surprend le lecteur par un verbe ciselé, sous une plume raffinée et fluide.  A lire absolument.

Un amour de tn
de Dora Latiri
Editions Elyzad, janvier 2013, 114 pages, 11D900

Bonnes feuilles

«Je suis revenue vers tn et l’amour de tn, retour vers les rêves des dix-sept ans. Celle qui est partie, celui qui est resté, comme si la Révolution allait permettre un recommencement au point de départ. Nous comparons encore les trajectoires et les points d’intersection : qu’est-ce qui m’aura tant manqué pour que je parte, qu’est-ce que tn lui aura tant donné pour qu’il reste ? Coût de l’exil. Prix de l’enracinement. «????? ???? ???????? ?????...???? ??????? ???? ?????» Bagdad je viens vers toi comme un vaisseau épuisé… Je cache mes blessures derrière mes vêtements.» Blessures vs Bâillonnements. J’ai évoqué les blessures avant le retour, il a dit fech 9am il n’ya pas de raison. Il ne veut pas trop savoir, il a décidé que j’allais bien, que j’étais la plus forte, en position de donner à boire. Il avait raison. La mère à l’hôpital demande si elle va mourir, elle a encore quelques mois à vivre, le médecin lui dit aussi fech 9am, ça l’avait rassurée.

Sous Zaba, bâillonnements, résistances, petits accommodements pour tenir, petites humiliations de chaque jour qui s’accumulent, le bâillon serre, on dit beaucoup de gros mots, ça racle dans le sens contraire de la censure, on fume pas mal, souvent on mange trop aussi. Les marchands de bouffe partout, une abondance étalée, pas pour tous, au marché une dame en sefsari achète juste une aile de poulet».


 

Tags : Tunisie  
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