Opinions - 17.05.2012

Patrie et patrimoine

La Tunisie post-révolution 14/01 célèbre, ces jours  le mois du patrimoine. Une occasion privilégiée pour sensibiliser et enraciner  les Tunisiens  dans leur identité. Laquelle  réconciliant  les autochtones avec eux – mêmes, démontre  également, combien cette terre de Tunisie, à l'histoire plusieurs fois millénaire  aura eu le mérite de brasser diverses entités, sans perdre pour autant les spécificités de sa personnalité singulière, à l'instar des autres portions de la planète.

Il n'en demeure pas moins que cette célébration s'entache du goût de l'inachevé. Et ce pour au moins deux raisons. Premièrement, elle se caractérise par une dimension  qui ne tient pas compte de celle  anté- historique ou pré- historique. Une lacune que l'on pourrait combler par  une demande formelle ou officielle  de restitution des objets et matériaux qui meublent les musées internationaux, spoliés, notamment durant  la domination de l'empire ottoman et du  protectorat français. En effet, et à titre d'exemple le musée Topkapi, à Istanboul ou celui du musée de l'Homme à Paris renferment des pans entiers de la mémoire préhistorique du pays .Les autorités- actuelles ou futures - ne sont-elles  pas en  droit d'en réclamer la restitution, par l'entremise de l'Unesco ou le  droit international pertinent.

Deuxièment, l'historicité de la Tunisie ne débute pas avec l'arrivée des marchands phéniciens et l'idyllique Elissa. Pour établir  des comptoirs sur la cote tunisienne, ces marchands ont joué sur divers subterfuges mettant à contribution les charmes de leurs odalisques et la " corruption" des maitres autochtones  dits berbères, dans leur  variété ethnique et leur égo(humain )  de domination.

Dans ce contexte, ces berbères ont farouchement défendu l'intégrité de leur territoire, nonobstant les intrigues, la lâcheté des uns et la bravoure des autres. Est- ce un hasard si les annales  retiennent les hauts faits de  leaders comme Massinissa et  son petit fils  Jugurtha( Roi de Numidie 118-105 avant J.C.)? Malgré la trahison des siens, celui-ci avait tenu tête jusqu'au bout ,à la barbarie de l'Empire Romain. Il finit ses jours prisonnier, enchainé et affamé dans une geôle-grotte- située à la périphérie de Rome. 22 siècles plus tard, l'atmosphère  se dégageant  de cette geôle donne froid au dos au visiteur (...). Elle rappelle aussi les grandeurs et la servitude du pouvoir( politique). Et par ricochet, le souvenir  de Hannibal ,héros et guerrier tunisien de son temps qui finit fuyard en terre asiatique et celui …d'un Ben Ali, général, autant tunisien , actuel hôte( vip )du serviteur des deux saintes mosquées.

Ne serait-ce donc que sur le plan  symbolique, la Tunisie post- révolution  pourrait-elle réclamer à Paris la restitution des objets primitifs   de l'homme de l'ére capsienne et à Rome, les restes de son héros Numide?. Quant au héraut du " changement", il a encore devant lui, au moins … 20 siècles de liberté !

OH
(Journaliste)