News - 26.10.2026

Mariam Chaieb: Construire des liens entre la Tunisie et le Japon

Mariam Chaieb: Construire des liens entre la Tunisie et le Japon

Ceux qui ont visité l’exposition universelle d’Osaka 2025 au Japon et se sont rendus au pavillon tunisien ont eu l’occasion d’apprécier ses talents. Mariam Chaieb, architecte tunisienne installée à Tokyo depuis près de cinq ans, a été associée à la conception de ce projet. Une expérience enrichissante qui l’a incitée à postuler à un autre projet, cette fois-ci africain, dans le cadre de l'exposition internationale d'horticulture Green x Expo 2027 qui se tiendra à Yokohama, au Japon, du 19 mars au 26 septembre 2027.

Depuis la capitale japonaise, Mariam opère dans de nombreux pays du sud-est asiatique, mais aussi aux Etats-Unis d’Amérique, en Afrique... Elle est sollicitée pour des projets hôteliers, touristiques et autres. Les concepts qu’elle crée connaissent un réel succès. Interview.

Mon parcours a débuté à l’École nationale d’architecture et d’urbanisme de Sidi Bou Saïd, avant de se poursuivre à Paris, puis au Japon, où je me suis installée en 2021. Il m’a fallu vivre ailleurs pour commencer à regarder la Tunisie autrement.

À Tokyo, j’ai découvert une culture architecturale fondée sur la précision, la maîtrise du détail et l’attention portée aux usages. J’y ai travaillé sur différents projets et concours, notamment sur les façades et la bibliothèque d’un lycée à Shinjuku.

Le pays du Soleil levant a-t-il changé votre regard?

Le Japon a progressivement transformé ma manière d’observer et de concevoir. Il m’a appris à accorder de l’importance à ce qui ne cherche pas nécessairement à être remarqué : un seuil, une ombre, un silence, la lumière ou la manière dont un espace accompagne les gestes du quotidien.

Cette expérience m’a également permis de redécouvrir l’architecture tunisienne avec un regard différent. Je ne la perçois pas comme un simple répertoire de formes ou de signes décoratifs, mais comme une intelligence du climat, de la lumière, de l’intimité et de l’hospitalité.
Votre participation à l’Expo universelle Osaka 2025 a été significative…

Elle a marqué une étape déterminante dans mon parcours. En tant qu’architecte associée du Pavillon de la Tunisie, j’ai participé au développement architectural du projet ainsi qu’à sa coordination internationale. Cette expérience m’a placée au croisement de plusieurs cultures, institutions et disciplines. Elle a surtout renforcé mon intérêt pour les projets capables d’exprimer une identité culturelle dans un langage contemporain.

Comment s’organise votre journée?

Mon travail commence tôt le matin et s’organise autour des projets, des équipes et des échéances plutôt qu’autour d’un bureau fixe. Comme j’interviens dans plusieurs pays, une grande partie de mes réunions se déroule en ligne, avec des clients, des consultants et des collaborateurs répartis dans différents fuseaux horaires. Selon les phases du projet, je travaille depuis chez moi, depuis un café ou directement sur site pour assurer la coordination, la supervision et la livraison.

Depuis la pandémie, ma manière de travailler a évolué. Je ne considère plus qu’il soit nécessaire d’être présente dans un bureau de 9 heures à 18 heures pour être efficace. Avec mes équipes, je privilégie une organisation flexible, adaptée aux besoins de chaque projet. Chacun peut travailler avec une certaine autonomie, à condition de respecter ses responsabilités, les échéances et le niveau de qualité attendu. Dans un métier aussi exigeant que l’architecture, la flexibilité ne peut fonctionner sans rigueur ni confiance.

Votre installation à Tokyo a-t-elle été facile?

Vivre au Japon en tant qu’expatriée, c’est aussi apprendre à construire un quotidien loin de ses repères. La distance avec la famille donne une autre valeur au temps partagé, tandis que les amitiés deviennent souvent une famille choisie, composée de personnes venues d’horizons différents.

Dans un pays où le rythme professionnel peut être particulièrement soutenu, l’équilibre se trouve dans des moments simples: sortir en famille ou entre amis, marcher dans la ville, pratiquer un sport, découvrir le Japon ou retrouver le calme d’un onsen. Ces respirations permettent de ralentir dans une société où tout semble fonctionner avec précision et continuité.

Cette vie demande une adaptation permanente. Elle m’a appris la discipline et la persévérance, mais également à observer davantage, à comprendre d’autres codes et à trouver progressivement ma place sans renoncer à mon identité.

Et c’est dans cette logique que vous avez créé votre propre cabinet?

Absolument ! J’ai fondé Imari Projects, une structure internationale qui intervient dans les domaines de l’architecture, du design, de la scénographie, du consulting et du pilotage de projets. Nous travaillons aujourd’hui sur des projets au Japon, aux États-Unis, en Afrique et dans la région Mena, notamment dans les secteurs de l’hospitality, de la restauration et des environnements culturels.

Parmi les projets en cours figure PANAF, un espace de restauration et d’expérience culturelle panafricaine destiné à la GREEN×EXPO 2027 de Yokohama. Pour ce projet porté par PANAF GROUP, IMARI Projects intervient comme architecte et concepteur des espaces, en charge du design architectural et de la coordination internationale du projet.

Quel en est le concept?

Intitulé «Under the Tree – Ubuntu Garden», le concept s’inspire de l’arbre comme lieu de rencontre, de partage et de transmission dans de nombreuses cultures africaines. PANAF ne cherche pas à représenter l’Afrique par une accumulation de symboles, mais à traduire une manière d’accueillir, de se réunir et de vivre ensemble.

Cette intention prend forme à travers une canopée en lames de bois qui traverse l’espace comme un paysage intérieur. Son rythme évolue selon les usages : plus dense et dynamique dans la salle PANAF, il s’adoucit dans la zone de transition avant de devenir plus ouvert et intime vers KAFFA. La canopée module ainsi la lumière, les perspectives et l’atmosphère sans recourir à des séparations rigides.

La végétation, inspirée des paysages africains, prolonge cette structure et participe pleinement à l’expérience du lieu. L’identité culturelle ne devient donc pas un décor ajouté à l’architecture : elle se révèle dans les rythmes, les matières, l’accueil et la façon dont l’espace rapproche les personnes. 

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