L’an 1952, le premier recours de la Tunisie à l’ONU
C’est un «acte d’Etat» où la Tunisie s’est mise pour la première fois en parité avec la France, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, pour dénoncer la colonisation et revendiquer sa pleine souveraineté. Le 14 janvier 1952, deux ministres du gouvernement M’hammed Chenik, Salah Ben Youssef et Mohamed Badra, déposent au secrétariat général des Nations unies, siégeant au Palais Chaillot à Paris, une «requête du gouvernement tunisien au sujet d’un différend qui l’oppose au gouvernement de la République française.» La surprise est totale. La «question tunisienne» engage son internationalisation et ouvre le premier débat au Conseil de sécurité sur la décolonisation.
Non seulement elle fera date, mais elle pave la voie à une revendication profonde de lutte pour l’indépendance en Afrique, mais aussi en Asie. C’est le récit minutieux de cette initiative tunisienne mûrement réfléchie et soigneusement préparée depuis des années et de son contexte arabe et international que nous livre l’ambassadeur Ahmed Ounaïes, dans un ouvrage abondamment documenté. Sous le titre de «L’an 1952, le premier recours de la Tunisie à l’ONU», publié par Beït al-Hikma, sur plus de 700 pages, l’auteur restitue «l’esprit d’une époque» et rapporte des documents édifiants puisés notamment dans les archives des Nations unies. On y apprend non seulement une partie peu connue de ce premier recours devant le Conseil de sécurité, mais aussi les changements qui finiront par s’imposer à l’ONU et la succession rapide des indépendances. L’analyse des procédures, des débats et des résolutions constitue également un précis de diplomatie.