News - 12.09.2026

La rentrée scolaire à l’ère de l’IA: quelle école pour les élèves tunisiens de demain?

La rentrée scolaire à l’ère de l’IA: quelle école pour les élèves tunisiens de demain?

Par Mohamed Taieb Habaieb

Une rentrée dans un nouvel environnement numérique: La rentrée scolaire 2026-2027 intervient dans un environnement profondément transformé par l’intelligence artificielle générative. En Tunisie comme ailleurs, les élèves peuvent désormais utiliser des outils capables d’expliquer une notion, résumer un cours, traduire un texte, produire une rédaction ou résoudre un problème en quelques secondes. L’enjeu n’est donc plus de savoir si l’IA entrera dans l’éducation : elle y est déjà. La question est de savoir comment l’école tunisienne doit s’adapter pour que cette technologie reste un outil d’apprentissage et ne devienne pas un substitut à l’apprentissage.

Le devoir à la maison ne sera plus tout à fait le même

Pendant des décennies, le devoir à la maison a permis de vérifier la compréhension et l’autonomie de l’élève. Avec l’IA générative, cette logique est fragilisée. Un élève peut obtenir une rédaction structurée, une explication ou une solution en quelques secondes. Le sujet n’est donc plus seulement de détecter l’utilisation de l’IA, mais de repenser ce que l’on souhaite réellement évaluer: la restitution d’une réponse ou la capacité à raisonner, vérifier, argumenter et créer.

Interdire l’IA ne suffira pas

Les élèves continueront à rencontrer ces technologies dans leur vie quotidienne, leurs études supérieures et leur futur environnement professionnel. L’enjeu est donc celui de l’accompagnement et de l’éducation à l’IA. En septembre 2026, plus de 25 ministres de l’Éducation et représentants officiels réunis à l’UNESCO ont appelé à une intégration de l’IA fondée sur la gouvernance, la responsabilité publique et le respect des droits des apprenants et des enseignants.

L’enseignant reste au centre

L’IA peut aider à préparer des exercices, reformuler une explication ou proposer des ressources différenciées. Elle ne remplace toutefois ni la relation pédagogique, ni la connaissance des élèves, ni le jugement professionnel de l’enseignant. L’UNESCO a publié un référentiel de compétences en IA pour les apprenants afin d’aider les systèmes éducatifs à préparer des utilisateurs responsables et des cocréateurs de l’IA.

Apprendre à vérifier devient aussi important qu’apprendre

L’une des difficultés majeures de l’IA générative tient à sa capacité à produire des réponses convaincantes mais parfois erronées. L’élève doit donc apprendre à vérifier une information, identifier une source, comparer des réponses, repérer les biais et protéger ses données personnelles. L’éducation à l’IA devient ainsi une composante de l’esprit critique.

La question tunisienne: quelles compétences pour demain?

La Tunisie vient de présenter les grandes lignes de sa Stratégie nationale d’intelligence artificielle 2026-2030. Le gouvernement met notamment en avant les compétences académiques et d’ingénierie du pays, ainsi que l’ambition de développer l’IA dans un cadre respectueux de la vie privée et de la souveraineté nationale. Le plan de développement 2026-2030 prend également en compte l’accélération de la transformation numérique et de l’usage de l’IA.

Éviter une nouvelle fracture numérique

L’intégration de l’IA doit également être pensée sous l’angle de l’équité. L’accès aux outils, à une connexion de qualité et à l’accompagnement pédagogique n’est pas nécessairement identique pour tous les élèves. Une politique éducative fondée sur l’IA ne devrait donc pas accentuer les écarts entre territoires, établissements ou familles. La technologie ne constitue pas à elle seule une politique éducative: elle doit être intégrée à une vision pédagogique et sociale.

La prochaine étape pour l’école tunisienne

La question n’est finalement pas de savoir combien d’élèves utiliseront ChatGPT, Gemini ou d’autres outils. Elle est de savoir si l’école tunisienne saura préparer une génération capable de vivre et de travailler dans un monde où l’intelligence artificielle sera devenue une infrastructure ordinaire.

La rentrée 2026 peut ainsi être l’occasion d’ouvrir un débat plus large sur l’école tunisienne de demain. Il faut apprendre aux élèves à utiliser l’IA, mais surtout à comprendre ce qu’elle produit, à en vérifier les limites, à l’utiliser avec responsabilité et à conserver ce que la technologie ne peut pas remplacer: la curiosité, le jugement, la créativité, l’empathie et la capacité de penser par soi-même.

La question centrale n’est donc plus : «L’IA va-t-elle changer l’école ?» Elle l’a déjà commencé. La vraie question est désormais: «Quelle école voulons-nous construire pour que les élèves tunisiens puissent pleinement prendre part à la société qui vient?»

Mohamed Taieb Habaieb

Sources principales

• Ministère de l’Éducation tunisien — rentrée scolaire 2026-2027 et inscriptions à distance.

• Présidence du Gouvernement tunisien — Stratégie nationale d’intelligence artificielle 2026-2030 et plan de développement 2026-2030.

• UNESCO — Semaine de l’apprentissage numérique 2026 et déclaration ministérielle sur l’IA dans l’éducation.

• UNESCO — Référentiel de compétences en IA pour les apprenants.