News - 12.09.2026

Trois questions à Dr Hamdi Mbarek, membre du conseil scientifique de l’OMS

Trois questions à Dr Hamdi Mbarek, membre du conseil scientifique de l’OMS

Quelle contribution comptez-vous apporter aux travaux du Conseil?

Surtout une expertise à l’interface de la génomique, de la médecine de précision, de l’intelligence artificielle et des données de santé à grande échelle. Ces domaines évoluent à une vitesse exceptionnelle et vont profondément transformer la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies.

Ma contribution sera aussi de porter une attention particulière à une question qui me tient à cœur : comment faire en sorte que ces avancées bénéficient réellement à toutes les populations, y compris celles qui restent aujourd’hui sous-représentées dans la recherche scientifique mondiale? Le défi n’est plus seulement de produire de nouvelles connaissances, mais d’anticiper leur impact, d’encadrer leur utilisation et de les traduire en politiques de santé utiles, responsables et équitables.

Je souhaite également contribuer aux travaux de prospective scientifique du Conseil, afin d’aider l’OMS à identifier suffisamment tôt les innovations susceptibles de transformer la santé dans les prochaines années, et à préparer les États membres aux opportunités mais aussi aux risques qu’elles peuvent engendrer.

Quelles sont les avancées majeures que vous avez accomplies dans ce domaine de pointe?

Mon parcours scientifique s’est construit progressivement, depuis la génétique moléculaire jusqu’à la génomique des populations et aujourd’hui la santé de précision à grande échelle.

J’ai contribué à de nombreux travaux internationaux sur la génétique des caractères complexes, la santé mentale, les addictions, la reproduction, les maladies métaboliques, l’immunogénétique et la diversité génétique des populations. Mes travaux ont donné lieu à plus de 130 publications scientifiques co-signées, souvent dans le cadre de grands consortiums internationaux, avec des articles publiés dans certaines des revues les plus reconnues en génétique et en médecine, notamment Nature Reviews Genetics, Cell, Nature Medicine, Nature Genetics et The American Journal of Human Genetics.

Parmi les travaux auxquels je suis particulièrement attaché figure l’identification de facteurs génétiques associés à la gémellité dizygote, publiée dans The American Journal of Human Genetics, qui avait suscité une importante couverture internationale. Plus récemment, nos travaux sur les populations arabes ont permis de mieux caractériser leur diversité génétique, les variants cliniquement pertinents et plusieurs déterminants de maladies, contribuant ainsi à combler un déficit historique de représentation dans les grandes études génomiques mondiales.

Notre récent article dans Nature Reviews Genetics illustre également l’évolution de ma réflexion scientifique. Nous y proposons de ne plus considérer uniquement la diversité du système immunitaire comme un catalogue d’allèles, mais de chercher à la quantifier en termes de diversité fonctionnelle, afin de mieux comprendre ses implications pour l’immunité, les infections, les vaccins, le cancer et la médecine personnalisée. Pour moi, c’est une étape importante: passer de l’accumulation de données à de nouvelles façons de penser et d’exploiter la diversité biologique humaine.

Quels sont vos nouveaux défis?

Nous entrons dans une période où la génomique, l’intelligence artificielle, les données multi-omiques et les dossiers médicaux vont progressivement converger. Cette convergence peut permettre de mieux prédire les risques de maladie, personnaliser la prévention et les traitements, et comprendre beaucoup plus finement les mécanismes biologiques. Mais elle pose également des questions majeures de gouvernance, de protection des données, d’équité et de confiance dans la science.

Un autre défi qui me tient particulièrement à cœur est celui de la diversité scientifique mondiale. Une grande partie des connaissances génomiques actuelles provient encore d’un nombre limité de populations. Si nous ne corrigeons pas ce déséquilibre, la médecine de précision risque de reproduire, voire d’accentuer, certaines inégalités de santé. Les populations arabes, africaines et de nombreuses autres régions du monde doivent être pleinement représentées dans la science de demain.

Enfin, à titre personnel, ce nouveau rôle au sein du Conseil scientifique de l’OMS m’amène à élargir encore mon regard : ne plus seulement réfléchir à la prochaine découverte ou au prochain projet de recherche, mais à ce que la science doit devenir dans dix ou vingt ans et à la manière dont elle peut réellement améliorer la vie des populations partout dans le monde. 

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