Récit d’une soirée féerique: Saber Rebai ouvre en majesté le Festival de Carthage entouré de Lotfi Bouchnak et Cheb Khaled (Album photo)
L’année prochaine, Saber Rebai bouclera ses 60 ans (le 13 mars). C’est vous dire la forte symbolique que la 60ème edition du festival international de Carthage représente pour lui et pour des générations successives de chanteurs, de musiciens, de comédiens et de festivaliers. Choisi pour le spectacle d’ouverture, il en fera jeudi 16 juillet 2026 une soirée féerique, alternant récit de vie en video, temoignages d’archives (Dhekra Mohamed…), et des tours de chants qui feront vibrer ces lieux monumentaux.
Saber Rebai aura l’intelligence et la générosité d’âme d’inviter de jeunes stars, Ahmed Rebai, Molka Charni, Boutheina Nabouli et Mohamed Ali Chebil, avant de faire monter sur scènce Lotfi Bouchank et Cheb Khaled. Sous le titre de “Taht al yasmine”, un concept fort, une mise en scene mixant réel et virtuel, et un choix musical réussi qui ont garanti un succes fulgurant.
Retour sur une soirée magique
Le Théâtre romain de Carthage a retrouvé jeudi soir sa vocation première : être le sanctuaire des grandes émotions artistiques. Pour l'ouverture de la 60ᵉ édition du Festival international de Carthage, Saber Rebai a signé un spectacle d'une rare élégance, conçu comme une célébration de la chanson arabe et un hommage à tous ceux qui en ont façonné l'histoire.
Le public, venu en très grand nombre, n'a pas attendu longtemps avant de réserver une ovation à l'artiste tunisien. Dès les premières notes, Saber Rebai a imposé sa maîtrise vocale, son aisance scénique et cette proximité qui fait de chacune de ses apparitions à Carthage un rendez-vous particulier. Pendant plus de deux heures, il a alterné ses plus grands succès avec des créations plus récentes, accompagné par un orchestre parfaitement dirigé dont les arrangements ont sublimé un répertoire désormais inscrit dans la mémoire collective.
Mais le véritable fil conducteur de cette soirée résidait dans le partage. Fidèle à sa réputation de rassembleur, Saber Rebai avait imaginé une ouverture construite autour des rencontres artistiques. Plusieurs jeunes voix tunisiennes l'ont rejoint sur scène, donnant au spectacle un souffle nouveau et illustrant la volonté de transmettre un héritage musical à une nouvelle génération d'interprètes.
L'un des moments les plus émouvants fut sans conteste l'entrée de Lotfi Bouchnak. L'immense maître de la chanson tunisienne, accueilli par une standing ovation, a retrouvé Saber Rebai pour un duo qui restera parmi les images fortes de cette soirée inaugurale. Le dialogue entre ces deux grandes voix, portées par le même respect du patrimoine musical tunisien et arabe, a suscité une émotion palpable dans les gradins du Théâtre romain.
Autre surprise de la soirée, l'apparition de Cheb Khaled, chaleureusement accueilli par le public. Son arrivée sur scène, saluée par une longue accolade avec Saber Rebai, symbolisait à elle seule l'esprit de cette ouverture : celui d'une musique arabe ouverte sur toutes ses expressions, du Maghreb au Machrek. La présence du "Roi du Raï", qui devait retrouver la scène de Carthage quelques jours plus tard pour son propre concert, a constitué l'un des temps forts d'une soirée riche en surprises.
Au fil des tableaux, le spectacle a gagné en intensité grâce à une scénographie sobre mais efficace. Les projections vidéo, les jeux de lumière et la qualité de la direction musicale accompagnaient sans jamais prendre le pas sur les voix. Le choix de privilégier la musique vivante, les grands orchestres et les rencontres artistiques rappelait les heures les plus prestigieuses du Festival de Carthage.
Au-delà de la performance, cette soirée inaugurale portait un message. En réunissant plusieurs générations d'artistes autour d'un même projet musical, Saber Rebai a voulu rappeler que la chanson arabe demeure un patrimoine vivant, capable de se renouveler sans renier ses racines. Le public, qui a repris en chœur plusieurs refrains devenus emblématiques, a répondu avec enthousiasme à cette invitation au partage.
Pour cette 60ᵉ édition, le Festival international de Carthage semble renouer avec son ambition historique : faire dialoguer les grandes figures de la scène arabe avec les talents émergents, dans un esprit d'ouverture et d'excellence. L'ouverture signée Saber Rebai en a apporté une démonstration éclatante.
Malgre la chaleur d'une nuit d'été particuliere, Carthage a retrouvé ce qui fait sa singularité depuis six décennies : la capacité de transformer un concert en un moment de mémoire collective. Une ouverture à la hauteur de l'histoire du Festival, portée par une voix qui demeure l'une des plus belles ambassadeurs de la musique tunisienne et arabe.
Saber est inegale.