Tahar Bekri – Palmeraie: Comme une sonate de Chopin
I
Je te cherchais parmi les pétales parsemés
Dans les recoins de ma mémoire
Les cimes des arbres hautes mais pas hautaines
Tant de barques aux couleurs des arcs-en-ciel
Mêlées aux fragrances des plantes jouxtant la mer
Luzerne henné feuilles de corète et lavande
Je te cherchais parmi les plumes libres
Nul oiseau dans les cages malgré les pièges
Les rouges-gorges et le chant sonore
Je te cherchais loin du soufre des fumées toxiques
Le ciel alourdi par les particules sombres
L’air plaintif et le nuage dans l’asphyxie
II
Je revenais à toi les étés léger et lourd
La canicule dans la réminiscence alerte
Le granit rose aveuglant mes paupières
Je te revoyais comme toujours
Chaque fois pour la première fois
Les rues menant à tes vagues proches
Leurs sels libérant mon écume
Tant de grains de sable sur les rivages
Se souvenant des insouciances juvéniles
Le soleil brûlant et ton amour !
III
Il y avait des murs blanchis par l’absence
Près du vénérable mausolée
L’épicier de fortune
Vendait pétrole thé huile bonbons et rêves démunis
Il y avait la petite fontaine
Sous le figuier aux feuilles de lait
Assaillie par les jeunes filles et leurs jarres
Les rires moqueurs dans la cohue
Cette odeur acre d’eau boueuse
Serpentant jusqu’aux parcelles minuscules
Près de là le grenadier fier de ses fruits
IV
C’était le temps des tablettes coraniques
Les plumes de roseau les récitations chaotiques
La course aux sourates chevauchée sans brides
Effacer écrire effacer réécrire réécrire
Apprendre est retenir
Il y avait la mer haute pour t’accueillir
Loin de l’école citadelle à conquérir
Vous étiez miens et j’étais vôtre
Tant de retrouvailles émues pour mûrir
Les grains de raisins acides et suaves
Les jours pressés dans la mélancolie
Tahar Bekri
(Extraits) Copyright.