Édito - Tunisie: Demain a déjà commencé
Que produira la Tunisie dans dix ans pour ses propres besoins et à l’exportation ? La réponse à cette question cruciale remet en cause l’ensemble du modèle économique hérité des années 1980-1990, aujourd’hui arrivé à obsolescence. Le retour des États-puissance et la domination des géants technologiques font émerger un monde auquel nous sommes mal préparés.
Pouvons-nous continuer à penser avec les outils d’hier face à une mondialisation fracturée, un protectionnisme agressif et une compétition sans merci ? Mondialisation ouverte, libre-échange imposé, primauté des marchés et chaînes de valeurs captées : la Tunisie peine aujourd’hui à s’adapter à un ordre multipolaire, plus dur et plus conflictuel.
Une réflexion de rupture devrait émerger du plan économique et social 2026-2030. Les grands choix du plan et les projets prioritaires devraient bientôt être dévoilés. La tenue du Tunisia Investment Forum, les 25 et 26 juin, sera l’occasion pour dessiner les contours d’une stratégie d’avenir. L’objectif est de renforcer la compétitivité (réformes et opportunités) et d’ouvrir une porte d'entrée vers l'Afrique. A la clé, le lancement d’une plateforme numérique des projets à consulter.
La tendance dans le monde est au retour massif à l’industrie, aux investissements accrus dans la technologie et la recherche. La priorité est à la création de valeur ajoutée dans tous les domaines. Il n’y a de place que pour ceux qui réussissent.
L’impact de la crise économique mondiale et de la guerre en Iran, la faible croissance et le service de la dette se font ressentir dans le pays. La période exige des décisions fortes, mais aussi un effort collectif pour amortir le choc économique et social.
La conjoncture risque encore de se durcir dans les mois à venir. Par une politique publique perspicace et un engagement citoyen responsable, ses effets pourraient être amortis, surtout en faveur des plus démunis.
Le retour de l’Etat stratège est urgent. Ni dépendance extérieure, ni logiques anciennes, ni de lourds boulets du passé: la Tunisie est capable de se forger une nouvelle stratégie, arrimée au nouveau monde. Nouvelle doctrine industrielle, percée dans l’IA, montée en gamme de la production, diplomatie économique offensive : le pays doit reconstruire ses fondations stratégiques autour de l’innovation et du savoir.
Nos choix doivent être irréversibles: réformes structurelles, rééquilibrage des finances publiques, soutien à l’agriculture et à l’industrie, accélération de la transition énergétique, et cap sur l’innovation. Numérique et énergie sont désormais au cœur de la puissance mondiale. Aucun pays ne peut rester à l’écart. Au même titre que la sécurité alimentaire, l’éducation, la santé et l’emploi ou la défense-sécurité, la technologie est un facteur essentiel.
A voir tant d’entrepreneurs, hommes et femmes, réussir un peu partout dans différentes régions du pays, on reprend espoir et confiance. Le tissu économique est riche d’entreprises qui rivalisent d’ingéniosité et d’efforts pour s’implanter solidement sur le marché intérieur, comme pour exporter. Il s’agit parfois de petites niches qui finissent par s’élargir, résister aux aléas de la conjoncture, et assurer rentabilité. De nouveaux métiers émergent et des talents se confirment. L’effort paye.
Ce dont la Tunisie a le plus besoin, c’est une croissance plus soutenue, au-delà de 3%, des emplois plus nombreux, une capacité d’innovation plus forte et des ressources humaines encore plus qualifiées.
Dans dix ans, elle devra produire et exporter davantage d’intelligence, de technologie, d’énergie et de valeur ajoutée.
Demain a déjà commencé !
Taoufik Habaieb