News - 12.05.2026

Habib Touhami: Le panthéon «initiatique» de mon enfance

Habib Touhami: Le panthéon «initiatique» de mon enfance

Par Habib Touhami - A sa mort, quelques jours seulement avant l’indépendance du pays le 20 mars 1956, mon père nous laissa en dépôt «initiatique» à la cause nationale une série de photos accrochées au mur de sa chambre à coucher. On pouvait y distinguer les principaux «zaims» néo-destouriens du moment : Habib Bourguiba, président du parti, tout seul en haut, Salah Ben Youssef, secrétaire général du Néo-Destour, et Mongi Slim, directeur du parti à la deuxième rangée, et enfin Hédi Chaker, Farhat Hached sur la troisième.  

Le Bey de Tunis n’y figurait pas. Peut-être parce qu’il n’était ni estimé ni aimé par les Tunisiens de mon coin. Peut-être aussi parce que ma famille appartenait au çoff «Chaddad», c’est-à-dire qu’elle était «bachia» et détestait les Husseinites. Peut-être aussi parce le Bey de Tunis avait vendu Kébili, sa population comprise, aux enchères publiques un siècle auparavant. Bref, le panthéon de mon père ne comportait pas le nom du Bey du moment.

Chacun eut un destin national, allant parfois jusqu’au martyre. Mais peut-être que l’histoire officielle et même académique ont été injustes envers Mongi Slim et  Hédi Chaker. Hommes de dialogue et de conciliation tous les deux, ils ont eu à affronter les colères de Bourguiba et ses chamailleries quotidiennes à propos de tout: argent, préséance, pouvoir, leadership, etc. Et si ce n’était le calme et la pondération du directeur, Mongi Slim, le Néo-Destour aurait éclaté bien prématurément. Quant à Hédi Chaker, l’homme des missions difficiles, il rassurait, par sa seule présence, cadres et militants.

On croit que l’Histoire doit être l’affaire exclusive des universitaires et des chercheurs, et on n’a pas tort. Cela est vrai sauf qu’il existe à côté de l’histoire académique et universitaire, une histoire du pouvoir (politique) et une histoire populaire. Les trois se rejoignent parfois, s’ignorent à certains moments et se contredisent à d’autres. Mère de toutes les sciences sociales, oui, mais l’Histoire est mère aussi des troubles des mémoires collectives et source de querelles qui n’en finissent pas.

Habib Touhami