News - 09.05.2026

Les mémoires de Mohamed Ennaceur traduites en arabe: Une nouvelle saveur

Les mémoires de Mohamed Ennaceur traduites en arabe: Une nouvelle saveur

Cinq ans après leur parution en langue française en mars 2021 aux Editions Leaders, les mémoires de Mohamed Ennaceur sont désormais traduites en langue arabe. L’initiative en revient à l’Institut de traduction de Tunis, relevant du ministère des Affaires culturelles. Il a missionné pour ce projet les professeurs Mohamed El Kadhi et Habib Selliti pour la traduction et Hammadi Messaoudi pour la révision. Sous le titre de Deux Républiques, une Tunisie, le lecteur arabophone savoure ainsi au fil de 600 pages, dont un album photo fourni, le récit de vie de celui qui a couronné son long parcours en assumant les fonctions de président de la République par intérim, de juillet à octobre 2019, suite au décès du président Béji Caïd Essebsi.

Que s’était-il passé au palais du Bardo, le jeudi 27 juin 2019, lorsque certains groupes parlementaires voulaient proclamer une vacance provisoire du pouvoir, suite à l’hospitalisation du chef de l’Etat, et la désignation du chef du gouvernement en tant qu’intérimaire ? Qu’avait fortement alors recommandé le ministre de la Défense nationale et comment a rapidement agi Mohamed Ennaceur pour couper court à cette manœuvre ? Puis, comment a-t-il assuré la suite, le jour du décès effectif du président Caïd Essebsi, en l’absence d’une cour constitutionnelle ? Autant de révélations qui méritent relecture. Le livre en contient beaucoup plus.

Rien ne prédestinait cet enfant d’El Jem, orphelin de père à l’âge de 8 ans, à accomplir un parcours aussi brillant. Juriste, docteur en droit, spécialisé en droit social, il sera notamment gouverneur (de Sousse), plusieurs fois ministre des Affaires sociales, président du Conseil économique et social et ambassadeur à Genève. Il est de nouveau rappelé aux Affaires sociales en 2011, puis participera à la fondation du parti Nida Tounes. Elu député à l’Assemblée nationale, il en deviendra le président, et c’est à ce titre qu’il sera président de la République par intérim.

Sa première mission sera alors d’organiser des funérailles nationales dignes du défunt, en présence de nombreuses délégations étrangères conduites par des chefs d’Etat et de gouvernement de plusieurs pays. La cérémonie restera dans les mémoires.

Une course contre la montre

Dans sa narration des évènements dès fin juin 2019, Mohamed Ennaceur restitue avec précision les péripéties de cet intérim, rappelant les manœuvres des uns et les ambitions des autres. Il rappelle combien il était attaché à respecter le délai constitutionnel des 90 jours pour organiser une élection présidentielle anticipée, et les grandes difficultés rencontrées, avec un chef de gouvernement et un ministre de la Défense, engagé dans un grand duel, et un candidat chef de parti réfugié à l’étranger. Comme pour compliquer davantage la donne, un autre candidat, chef de parti lui aussi, était placé en détention et avait réussi à franchir le premier tour pour affronter au second tour l’opposant Kaïs Saïed. Seul, reclus à Carthage avec des pouvoirs très limités, Mohamed Ennaceur devait apaiser les tensions, superviser la logistique électorale, s’assurer des bonnes conditions à réunir pour la réussite du scrutin, dans une course contre la montre.Ce rappel de l’été 2019 sera édifiant. Mais, tout un long parcours personnel et politique est évoqué par Mohamed Ennaceur dans ses mémoires. Séquence après séquence, on le revoit enfant, élève au Sadiki, étudiant, dirigeant au sein de l’Uget, membre du cabinet du ministre de la Santé et des Affaires sociales, P.D.G. fondateur de l’Office de l’emploi et de la formation professionnelle, et dans d’autres hautes charges. Il explique les fondements de la politique contractuelle, le pacte social scellé avec l’Ugtt et l’Utica, les conventions collectives et les coulisses de l’aboutissement de toutes les négociations y afférentes. Mohamed Ennaceur développe sa pensée et raconte sa démarche. Dans son ADN, une fibre sociale très forte qui marquera son action également de maire d’El Jem, de député, d’ambassadeur…La version en langue arabe a l’avantage de mettre ce précieux témoignage à la portée de ceux qui n’ont pu accéder au texte original. On découvre, redécouvre, apprend, et se surprend: on réalise alors l’ampleur de tant d’événements survenus au cours de l’histoire récente de la Tunisie. La traduction est soignée, coulant le récit dans une langue raffinée et lui gardant toute son attraction. Un document agréable à lire et à conserver.

Deux Républiques, Une Tunisie
De Mohamed Ennaceur
Traduction en arabe par Mohamed El Kadhi et Habib Selliti, révision par Hammadi Messaoudi
Institut de traduction de Tunis, 2026, 600 pages, 60 DT.