News - 14.03.2026

Hammam-Lif: Une ville qui cherche à retrouver son attractivité

Hammam-Lif: Une ville qui cherche à retrouver son attractivité

Entre le Jebel Boukornine et la mer, au sud de Tunis, Hammam-Lif, jadis une ville-jardin et station balnéaire en vogue, reste complexe à appréhender. Elle changera de destin, sous une urbanisation débridée, mais gardera son charme. En un siècle, elle passera de site de villégiature, de thermes et de résidence prisée en banlieue prise d’assaut. «Explorer Hammam-Lif, comprendre ce que la ville sent, pense et désire, révéler ses traits forts, ses ruptures, ses durées, ses rythmes et son empreinte» a constitué un projet ambitieux porté par Leila Ammar et une équipe composées de diverses spécialités.«Le géographe, le paysagiste, l’architecte, l’urbaniste et l’anthropologue ont mené ensemble un travail d’observation et d’analyse», souligne-t-elle. Résultat: un livre pluriel sous le titre de Hammam-Lif, formation et mutation d’une ville thermale au sud de Tunis, 1890-2020, publié avec le soutien de l’Institut français de Tunisie par AC Editions. Sous la direction de Leila Ammar, Jallal Abdelkafi, Beya Abidi, Nabila Bakli, Hanene Ben Slama, Cyrine Bouajila, Saloua Ferjani et Nawel Laroui ont apporté des éclairages croisés. C’est ainsi qu’ils ont analysé un village-agglomération disloqué, la longue histoire d’une ville thermale et balnéaire, l’histoire de l’architecture et des espaces urbains, quelques bâtiments remarquables, les potentialités et les fragilités, et la trame urbaine, avant d’évoquer l’immersion dans le quotidien et les transformations plurielles contemporaines.Au fil des pages, des éléments de réponse sont fournis à des questions essentielles: Hammam-Lif est-elle encore une ville diverse, ouverte et adaptable? Quel sera son avenir ? A-t-elle aujourd’hui les capacités de son renouveau ?

L’ancienne station thermale de l’Antiquité Naro doit la renaissance de ses thermes à Ali Bey (1735- 1756) au XVIIIe siècle en fondant son premier pavillon. Ses successeurs suivront. Dar el Bey sera une résidence hivernale prisée. Avec l’établissement du protectorat français, Hammam-Lif va connaître une évolution urbaine significative. Après de premières tentatives confiées à la Banque de Tunisie, une concession a été accordée à la Société d’Hammam-Lif, avec à la clef un lotissement comprenant 219 lots et la mise en œuvre d’un plan général. La concession porte également sur un nouvel établissement thermal (Hammam al-Souri), le casino et un ensemble d’équipements.Les développements urbains, s’ajoutant à l’ouverture de la ligne ferroviaire, feront de la station thermale une banlieue soigneusement aménagée et très agréable à vivre. Les curistes, les habitants de différentes origines, les jardins, la plage, et les festivités animeront son quotidien joyeux. Dans sa préface, Kmar Ben Dana en exprime toute la saveur.

Les séjours de la famille beylicale lui confèreront une aura particulière, notamment sous Moncef Bey, qui y recevra le 18 novembre 1942 les représentants de Hitler, en présence du Résident général de France. La ville et ses environs deviendront zone neutre et recevront l’afflux massif de dizaines de milliers de réfugiés. Puis, au fil des ans, avec l’indépendance, les nombreux départs d’habitants d’origine étrangère, Hammam-Lif entamera sa transformation et nombre de ses belles résidences perdront de leur superbe. L’analyse méticuleuse et le récit de Hammam-Lifois qui enrichissent cet ouvrage révèlent «une déroute» qui attend redressement.Un livre documenté et abondamment illustré, qui met en valeur une cité jadis attractive et nous invite à réfléchir.